vendredi 1 juin 2012

Ibn ‘Arabî – La vivification des œuvres.







 




[Ibn ‘Arabî, Futûhât chap.532. Extrait traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.XV de son livre L’Esprit universel de l’Islam, p.136-138. Les annotations entre crochets […] ne sont pas du traducteur.]



Allâh a prescrit les œuvres d'adoration (1) à Ses serviteurs, non pour qu'ils se contentent d'en réaliser la forme extérieure, mais pour qu'elles soient des symboles conduisant à Lui ; par là, Dieu Lui-même leur octroie une connaissance dont Il est l'objet. Le Savant (par Allâh) insuffle dans la forme de l'œuvre un « esprit » qui la vivifie (2), mais il ne peut le faire qu'avec la « permission de son Seigneur » (3), conformément an verset : « et lorsque tu as créé d'argile comme la forme apparente d'un oiseau... » (4). Bien qu'il se fut mis ainsi dans le cas ceux qui « créent des formes » (5), (Jésus) – sur lui la Paix ! – n’encourut aucun blâme, car il avait agi avec la permission d'Allâh ; Celui-ci dit ensuite : « ... puis tu as insufflé en lui afin qu'il devienne oiseau avec la permission d'Allah » (6). Il cessa alors d'être une « apparence d'oiseau » pour devenir un « oiseau (véritable) ». Il en va de même pour l'œuvre [‘amal] du serviteur : si celui-ci l'accomplit avec Foi, et pour obéir à l'ordre divin (7), il est autorisé à créer cette forme ; dans le cas contraire, II rejoint, non seulement les « créateurs de forme » pour avoir créé d'argile comme une forme apparente d'oiseau, mais aussi les hypocrites. Ceux-ci n'ont aucunement été autorisés à créer de cette façon la forme des œuvres ; Allâh en a ordonné l’accomplissement uniquement aux croyants. Le croyant est sur le même pied que l'hypocrite pour ce qui concerne la forme extérieure, mais il est seul à insuffler à cette dernière un esprit au moyen de sa Foi, et à la rendre vivante. Dès lors elle n'a plus d'yeux que pour lui : il la trouvera vivante au Jour de la Résurrection ; elle intercèdera pour lui et le prendra par la main. L'hypocrite la trouvera morte ; on lui dira alors : « Vivifie-la ! » et il en sera incapable (8) ! Pourtant, cette forme est bien vivante, mais elle l'est uniquement par la vivification de Dieu. Allâh empêchera l'hypocrite de percevoir leur vie réelle, tout comme Il empêche nos regards de voir la vie de ce qu'on appelle les minéraux et les végétaux (9) ; nous savons pourtant parfaitement, tant par l'intuition que par la Foi, qu'ils sont vivants : ils célèbrent la transcendance d'Allâh par Sa propre Louange (musabbihu bi-hamdi-Hi) (10) ce que peul seul faire un vivant doué de parole (nâtiq) (11). [Et Allâh dit al-haqq et c'est Lui qui guide (en indiquant) le chemin] (12).

(1) [al-‘ibâdât].
(2) [rûhan tahyî bihi].
(3) [bi-idhni rabbihi].
(3) [Cor. 5, 110 : wa idh takhluqu mina-t-tîni ka-hay’ati-t-tayri].
(5) Au sens péjoratif. Allusion à l'interdiction faite aux musulmans de chercher à reproduire des formes vivantes. Il faut rappeler cependant que l'ihsân prescrit d'adorer Dieu « comme si tu Le voyais ». Dès lors, il apparaît que la création imaginaire et intérieure des formes est, non seulement permise, mais recommandée. Seule est interdite en réalité la création de formes appartenant à l’ordre corporel et sensible (Cf. Kitâb al-Mawâqif, Mawqif 8).
(6) [Cor. 5, 110 : fa-tanfukhu fîhâ fa-takûnu tayran bi-idhnî].
(7) [al-Haqq amarahu bi-dhâlika-l-‘amal].
(8) Allusion à des hadiths concernant ceux qui auront façonné des formes d'êtres vivants. Le Prophète – sur lui la Grâce et la Paix – a dit : « Ceux qui les auront faites seront châtiés au Jour de la Résurrection ; on leur dira : « Vivifiez donc ce que vous avez créé ! » » ; et encore : « Celui qui aura représenté une forme, Allah le punira jusqu'à ce qu'il lui insuffle l'Esprit, ce qu'il sera à tout jamais incapable de faire. »
(9) [akhadha-Llâhu bi-absârinâ ‘an idrâk al-musammâ bi-jamâdan wa nabâtan].
(10) Allusion à Cor., 17, 44.
(11) Allusion à Cor., 41, 21.
(12) [Verset du Coran (33, 4) qui clôt souvent les chapitres des Futûhât : wa-Llâhu yaqûlu-l-haqq wa yahdî ilâ-s-sabîl].

[Ibn ‘Arabî, Futûhât chap.532. Extrait traduit et noté par Charles-André Gilis dans le chap.XV de son livre L’Esprit universel de l’Islam, p.136-138. Les annotations entre crochets […] ne sont pas du traducteur.]

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