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samedi 28 juin 2014

Les mois sacrés en Islam




Dieu dit dans le Coran : « Le nombre des mois pour Dieu est douze dans le Livre de Dieu le jour où Il créa les cieux et la terre. Parmi eux quatre mois sont sacrés. Telle est la religion dans toute sa rectitude. N’y portez aucun tort à vous-même… »[1]




Al-Bukhârî (3167) et Mouslim (1679) ont rapporté d’après Abou Bakrata que le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Le temps a repris son cours tel qu’il était quand Allah créa les cieux et la terre : l’année compte douze mois dont quatre mois sacrés ; les trois se succèdent et ont pour nom Dhoul-Qi’ada, Dhoul-Hijja et Mouharram et le quatrième Rajab qui est intercalé entre Joumâda et Cha'baane.»

Il a été rapporté de façon authentique d’après le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) que le jeûne effectué pendant Mouharram est le meilleur après celui de ramadan. A ce propos, Abû Hourayra a dit : « Le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « le meilleur jeûne après celui du ramadan est le jeûne effectué pendant le mois d’Allah Mouharram. Et la meilleure prière faite après la prière obligatoire est celle effectuée dans la nuit» (rapporté par Mouslim, 1163).

Le jeûne est recommandé dans les mois sacrés en vertu du hadîth d’Al-Bâhilî, à qui le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit : «Jeûne et mange pendant les mois sacrés.» (rapporté par Abû Dâwûd)

Les mois sacrés en Islam sont : Muharram, Radjab, Dhu-lqi‘da et Dhul-hidjja.
Les grands événements selon le calendrier musulman sont:

*Le 1er du mois sacré de Muharram: correspond au nouvel an islamique/ 1er jour de l’Hégire (ce jour a coïncidé avec le 16 juillet 622 de l'ère chrétienne) : le nouvel an islamique célèbre le départ (l’émigration) de Muhammad (paix et salut sur lui) de la Mecque pour Médine, en 622.

*Le 10éme jour du mois sacré de Muharram dit le jour de ‘âshûrâ : évoque plusieurs événements historiques (entre autre c’est le jour où Nûh (Noé) (sur lui la paix) fut sauvé avec les croyants du déluge, et c’est le jour où Dieu donna la victoire à Moïse (sur lui la paix) et aux fils d’Israël sur Pharaon et ses hommes…). C’est un jour où le jeûne est méritoire. Il est très apprécié et préférable de se montrer généreux envers les gens de sa maison ce jour là. Il est méritoire aussi de jeûner le 9 Muharram (de le jeûner en plus du 10 Muharram pour se distinguer des juifs entre autre).

Le Prophète (paix et salut soient sur lui) dit: «Je compte sur Allah pour que le jeûne observé le jour d'Arafa expie les péchés commis pendant l'année précédente et l'année suivante et pour que le jeûne du jour d'Ashoura expie les péchés commis pendant l'année précédente. »(Rapporté par Mouslim,1162.)
Dans le Hadîth rapporté par Ibn 'Abbâs: quand le Prophète (paix et salut sur lui) jeûna le jour de 'Ashoura et recommanda de le jeûner, on lui dit: "ô messager de Dieu, c'est un jour vénéré par les juifs et les chrétiens". Il dit alors : « Si je suis encore vivant l'année prochaine, et si Dieu le veut, je jeûnerai aussi le 9ème de Muharram ». (Mais notre bien aimé prophète décéda avant). (Rapporté par Muslim, hadîth 2661.)

Comme rapporté dans plusieurs ouvrages tel que le Sharh de Mayyâra sur le matn d'Ibn 'Ashir concernant le 10éme jour de Muharram ('Ashoura),le Prophète (paix et salut sur lui) a dit :

« quiconque fait preuve de largesse (Wassa‘a) à l'endroit de sa famille (envers les gens de sa maison) le jour d'Achoura, Allah lui accordera des largesses le reste de l'année » [2]
*Le 12éme jour du mois de Rabî‘ I : correspond à la naissance du dernier messager Muhammad (paix et salut sur lui) : pendant tout le mois de Rabî‘ I, et dans plusieurs pays musulmans, on célèbre la naissance de Muhammad (paix et salut sur lui), par la lecture du Coran, de la biographie du Prophète (paix et salut sur lui), les invocations et les chants faisant l’éloge du Prophète (paix et salut sur lui).

*La Nuit du 27 du mois sacré de Radjab: correspond selon certains à l’événement miraculeux de Al-isrâ’ et Al-mi`râj :

Al-isrâ’ : veut dire le voyage nocturne du Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) qui l'a conduit de la Mecque à Jérusalem.

Al-mi`râj : veut dire l’ascension du Prophète (paix et salut sur lui) jusqu’au « Lotus de la limite » (Sidrat Al-Muntahâ).

Il s’agit donc du voyage nocturne de Muhammad (paix et salut sur lui) qui l'a conduit de la Mecque à Jérusalem d'où il s’est élevé dans les cieux : le Prophète parvient d’abord au 1er ciel de la lune et des étoiles où il salue au passage Adam, père du genre humain. Dans les six autres cieux, Il rencontre ses pères spirituels et frères, les Prophètes, Noé, Yusuf, Moïse, Idriss et Jésus. Au 7ème ciel il trouve l’ami de Dieu, Ibrahim Al Khalil, à « Al-Beit Al-Ma’mur ». Le Prophète est ensuite transporté vers le « Lotus de la limite » (Sidrat Al-Muntaha) qui est à la droite du Trône de Dieu et au-delà delaquelle personne ne sait ce qu’il y a. Le Coran dit à ce sujet dans la Sourate An-najm : « Par l’étoile à son déclin, votre concitoyen ne s’égare et n’erre pas. Il ne parle pas selon son impulsion, ce qu’il relate est uniquement une révélation inspirée que lui a enseigné [L'Ange Gabriel] un être d’une force prodigieuse, doué de sagacité; c'est alors qu'il se montra sous sa forme réelle [angélique], alors qu’il était à l’horizon supérieur. Puis l’être s’approcha et demeura suspendu à la distance d’une portée d’arc ou moins encore. Dieu révéla ainsi à son serviteur ce qu’il révéla. Le cœur n’a pas menti en ce qu’il a vu. Le prendrez-vous à partie parce qu’Il voit ? Et certes, Il l’a vu une autre fois près du Lotus de la limite, non loin de l’asile paradisiaque. Lorsque le Lotus fut couvert par ce qui le couvre ! Le regard ne dévia point et n’outrepassa point. Des signes de Son seigneur, il vit les plus grands ».

C’est dans cette nuit à l’endroit sublime que Dieu lui donna l’ordre d’exiger des croyants 50 prières par jour, réduites progressivement à cinq par jour, mais comptées 50 prières en mérite… Ensuite le Prophète redescend sur Beit Al Maqdis (à Jérusalem), enfourche à nouveau la monture ailée et de là rentre à la Mecque.

Cet événement a eu lieu le 27 du mois de Radjab de l’année 620 (un an et demi avant l’hégire). L’événement se place après « L’Année du Chagrin » (619-620) (‘âm Al-Huzn) (en l’an 10 de la mission du Prophète) année au cours de laquelle le Prophète perdit ses meilleurs soutiens, son épouse Khadija, mère des croyants et son oncle et protecteur Abû Tâlib. Après avoir passé trois années d’exclusion et de réclusion durant lesquelles il a souffert de famine et de privations.

*Laylat al qadr/ la nuit de la valeur : c’est la nuit de lacélébration de la révélation du Coran à Muhammad (paix et salut sur lui), une nuit équivalente à plus de mille mois dans son mérite. Elle a lieu dans la dernière décade du mois béni de Ramadan.

*Le 1er du mois de Chawwâl: correspond à ‘Îd al-Fitr/Petite Fête : c’est la fête de la fin du mois béni de Ramadan. Après une prière matinale à la mosquée, la famille, les voisins, les amis échangent des cadeaux et partagent des repas festifs.

Voir aussi le chapitre sur la Zakât al-Fitr.

*Dhul-hidjja :

C’est l'un des mois du grand pèlerinage (hadjj) à la Mecque.
Les 10 premiers jours de ce mois sacré sont les jours où les actes sont les plus récompensés, Dieu a même juré dans le Coran (sourate Al-fajr) par ces 10 nuits.
Ibn 'Abbâs rapporte: « Le Prophète - Paix et salut d’Allah sur lui - a dit : « Il n’y a pas d’œuvres meilleures que celles faites en ces 10 jours. » Les Compagnons dirent : « Même pas le Jihâd ? » Il dit : « Même pas le Jihâd, sauf un homme qui sortirait risquant sa vie et ses biens et qui ne reviendrait avec rien (càd. qu’il y perdrait sa vie et sa fortune). »
Rapporté par Al-Bukhârî.
*Le 9éme jour du mois sacré Dhul-hidjja : c’est le jour de la station de ‘Arafât : le pilier le plus important du grand pèlerinage : il est très méritoire de jeûner ce jour (pour les non pèlerins).

Le Prophète (paix et salut soient sur lui) dit: «Je compte sur Allah pour que le jeûne observé le jour d'Arafa expie les péchés commis pendant l'année précédente et l'année suivante et pour que le jeûne du jour d'Ashoura expie les péchés commis pendant l'année précédente. »(Rapporté par Mouslim,1162.)
*Le 10éme jour du mois sacré Dhul-hidjja : correspond à ‘Îd al-Adhâ/la fête du sacrifice : Cette grande fête est célébrée dans tout le monde musulman et indique la fin du pèlerinage à la Mecque; on sacrifie une bête (un mouton ou un caprin ou un bovin ou un camélidé) et on donne de la viande aux pauvres.
Il est recommandé pendant ce jour de fête et les deux jours qui le suivent de multiplier les invocations: entre autre dire Allahu akbar (3 fois après la fin de chaque prière pendant les trois jours) et invoquer la gloire et la louange du Seigneur...Ainsi il est méritoire le Takbîr (3 Allahu Akbar) après chaque fin de prière obligatoire durant les quatre jours de la fête : le dixième (à partir du Zuhr), le onzième, le douzième et après le Subh du treizième du dernier mois de l’hégire : à savoir que les dix premiers jours du mois sacré de Dhul-Hidja sont bénis et il convient de faire pendant ces jours plus d’actes méritoires et d’invocations.

Il est recommandé aussi de montrer les signes de joie et du bonheur et de les partager avec la famille, les proches et les voisins… Les visites mutuelles pour augmenter l'amour et consolider les liens, sont aussi très recommandées pendant cette fête....
Notez bien: il est interdit de jeûner le jour du Îd al-Adhâ/la fête du sacrifice et les deux jours qui le suivent et il est interdit aussi de jeûner le jour de ‘Îd al-Fitr/la Petite Fête.

Notes et références:

[1] Sourate 9, verset 36.

[2]Ce Hadîth est considéré comme Sahîh (authentique) par l'Imâm As-sayûtî dans son oeuvre « Al-jâmi'a as-saghîr ». Al-hâfiz Al-'irâqî a dit que ce Hadîth est Hasan (bon), At-tabarânî et al-bayhaqî l'ont rapporté aussi en disant quant à eux que sa chaîne de transmission est faible.


Source : DOCTRINE MALIKITE

vendredi 30 mai 2014

A propos du récit de l'ouverture de la poitrine du Prophète SAWS





Sagesses et leçons du récit de l’ouverture de sa poitrine[1]

     1- Le grand savant Ibn al-Munayyar a dit : « L’ouverture de sa poitrine – sur lui la grâce et la paix – et sa capacité à endurer cela est du même ordre que l’épreuve que Dieu infligea à celui qui fut offert en sacrifice[2] et qui endura celle-ci. Ce fut même plus pénible et plus éprouvant car le sacrifice ne fut que symbolique, tandis que l’ouverture de la poitrine s’est effectivement réalisée. De plus, elle s’est répétée à plusieurs reprises et s’est produite quand il était petit, orphelin et loin des siens.

     2- On interrogea le « Cheikh al-Islam » Abū al-asan al-Subkī - que Dieu lui fasse miséricorde au sujet du morceau coagulé noir (alaqa sawdā) qui fut extrait du cœur du Prophète lors de louverture de sa poitrine, et de la parole de l’Ange : « Ceci est la part [d’influence] du diable sur toi ». Il répondit :

     « Dieu a créé dans le cœur de tous les hommes ce morceau (‘alaqa) qui les rend vulnérable (qābilatan) à ce que le diable y insuffle, tandis quil fut enlevé du cœur du Prophète, ne laissant plus aucun moyen au diable d’y insuffler quoi que ce soit. Tel est le sens du adīth. Le diable neut alors plus aucune influence sur lui. Quant à la chose que lAnge a expulsée, elle concerne la nature humaine en tant que telle. La partie vulnérable (qābil) fut retirée, et pourtant sa présence nimpliquait pas nécessairement la projection de suggestions diaboliques dans son cœur. » On lui demanda : « Mais pourquoi Dieu a-t-il créé cette partie vulnérable dans ce noble être, alors quil aurait tout aussi bien pu ne pas la créer en lui ? » Il répondit :

     « - Elle est une composante de l’être humain ; elle a été créée pour compléter la structure humaine et elle a donc sa place nécessaire. Son extraction relève d’un miracle seigneurial survenu inopinément.
     Un autre a dit : Si Dieu avait créé Son Prophète ainsi, les êtres humains n’auraient pas eu connaissance de sa réalité intérieure – sur lui la grâce et la paix. Dieu l’a donc remis aux mains de Gabriel (Jibrāīl) afin quils réalisent la perfection de son intérieur tout comme leur apparaissait la perfection de sa forme extérieure.

     3- Le Cheikh Abū Muammad b. Abī Jamra[3] a dit : « La sagesse contenue dans le récit de louverture de sa poitrine, en considérant que son cœur aurait pu se remplir de foi et de sagesse sans cette ouverture, est de renforcer sa certitude, car il reçut l’assurance, en voyant l’ouverture de sa poitrine sans en être affectée, d’être protégé de tous les périls ordinaires. C’est pourquoi il était le plus courageux des hommes en acte et en parole, et c’est pour cela que le Très-Haut l’a décrit de la manière suivante : « Le regard ne se détourna point et ne trahit point » [53 :17].

     4- Concernant la leçon à retirer du fait que cet évènement ce soit produit plusieurs fois, le āfi Ibn ajar [al-‘Asqalānī] que Dieu lui fasse miséricorde a dit, après avoir mentionné la première, la troisième et la quatrième ouverture : « En chacune des trois, il y a une sagesse. La première eut lieu lors de son enfance pour qu’il grandisse dans les plus parfaits états d’impeccabilité à l’égard du diable ; ensuite, cela se produisit au début de sa mission prophétique, pour l’honorer davantage et afin qu’il reçoive ce qu’il lui était révélé avec un cœur fort, dans les plus parfaits états de purification ; enfin cela se produisit juste avant l’ascension céleste pour qu’il se prépare à l’aparté [avec Dieu].

     Le āfi al-Shāmī a dit : « On minterrogea au sujet de la sagesse contenue dans la deuxième [ouverture de sa poitrine] malgré le fait qu’il [Ibn ajar al-‘Asqalānī] lait déjà mentionnée de manière catégorique dans le Kitāb al-tawīd [de son Fat al-bārī]. On peut faire lhypothèse suivante : Lorsquil eut atteint l’âge de huit ans, qui est l’âge de raison et des responsabilités religieuses, sa poitrine – sur lui la grâce et la paix – fut ouverte et sanctifiée, afin qu’il ne soit pas entaché de quelque vice qu’on attribue au commun des hommes, et Dieu est plus savant. »

     Le āfi Ibn ajar – que Dieu lui fasse miséricorde – a dit : « Il est probable que le sens profond (littéralement : la sagesse) du lavage [de sa poitrine] soit d’affirmer avec plus de force la perfection de la purification, qui se réalise à la troisième fois, comme le veut sa Loi – sur lui la grâce et la paix ».[4]

     Ibn Abī Jamra que Dieu lui fasse miséricorde - a aussi dit : « Le lavage de son cœur qui était déjà sanctifié et apte à recevoir le bien qui devait y être projeté, et qui avait déjà été lavé une première fois et débarrassé du morceau [impur] quand il était enfant – fut opéré par vénération pour lui et en préparation pour ce qui allait lui être révélé là-bas – c’est-à-dire lors de l’ascension céleste. On retrouve cette sagesse dans d’autres situations, comme les ablutions avant la prière rituelle pour ceux qui disposent d’un point d’eau, car en vérité les ablutions ne sont rien d’autre qu’une vénération et une préparation à se tenir devant le Très-Haut et à s’entretenir avec lui. C’est pour cela qu’on ajoute [un troisième lavage des membres] après le premier et le deuxième, bien qu’un seul lavage soit suffisant pour rendre l’ablution valide : la troisième fois est une marque de vénération. C’est pour la même raison que l’intérieur [du Prophète] fut lavé. 

     Dieu a bien dit : « Celui qui prend en haute considération les prescriptions divines (sha‘āir Allāh) : Cela fait partie de la piété des cœurs. » [22:32]. Or le lavage pour le Prophète était de cet ordre-là, et une indication par laction pour sa communauté de prendre en haute considération les prescriptions de Dieu, comme Il le leur avait spécifié par la parole.

     Al-Burhān al-Numānī - que Dieu lui fasse miséricorde - a dit : « Sil est bon daccomplir la purification par lavage (ġusl) avant dentrer dans le Territoire sacré de la Mecque, que dire de l’entrée dans la Présence Sainte ? Ainsi, puisque le Territoire sacré de la Mecque fait partie du monde physique (‘ālam al-mulk), qui est la face extérieure des choses créées, la purification par lavage s’applique à l’extérieur du corps, dans le monde des relations [avec les humains]. Et puisque la Noble Présence est du domaine du Monde spirituel (‘ālam al-malakūt), qui représente la face intérieure des choses créées, la purification par lavage sapplique à l’intérieur du corps, dans les réalités spirituelles. Le Prophète fut élevé au ciel pour que [les modalités de] la prière rituelle lui soient montrées, et pour qu’il l’accomplisse avec les Anges des cieux ; or, la purification fait partie des conditions de la prière rituelle, c’est pourquoi il fut sanctifié extérieurement et intérieurement. Maintenant, si tu dis : « Dieu le Très-Haut l’a créé en tant que lumière passant de prophètes en prophètes, or la pureté de la lumière implique qu’elle se passe de la purification extérieure ; le premier lavage n’avait-il pas été suffisant pour purifier l’intérieur, pour qu’il y ait nécessairement en lui après l’avènement de la prophétie une chose qui nécessite [un autre lavage], alors qu’il est exempt des souillures humaines ? » Je répondrai ceci : La première fois fut pour la science de la certitude, la seconde pour l’œil de la certitude et la troisième pour la vérité de la certitude. »

     5- Al-Suhaylī a dit : « Lor (ahab) a été choisi[5] en raison de la relation existant entre cette matière et le sens qu’il vise : si l’on considère le mot ahab (« or »), on s’aperçoit qu’il est en correspondance avec al-ahāb (« sen aller, disparaître »). Dieu voulu ainsi faire disparaître toute souillure du Prophète et le purifier parfaitement. Si l’on considère maintenant le sens et les qualités de l’or (ahab), on s’aperçoit qu’il est la matière la plus propre et la plus pure. »

     6- Du lavage de son cœur – sur lui la grâce et la paix – avec l’eau de zamzam, on déduit qu’elle est la meilleure eau. L’imam al-Bilqīnī laffirme de manière catégorique.

     Ibn Abī Jamra a dit : « Sil na pas été lavé par leau du paradis, cest seulement parce que l’eau de zamzam provenait [elle-même] du Paradis avant d’avoir été amenée sur terre ; le but étant de souligner par là la permanence de la bénédiction du Prophète sur la terre. »

     D’autres que lui ont dit : « L’eau de zamzam fut à l’origine léguée à Ismāīl sur lui la paix et il fut élevée avec elle ; son cœur et son corps grandirent nourris de cette eau si bien quil en devint le gardien, ainsi que le gardien de cette Ville bénie. Pour cette raison, il convenait quil en soit de même pour son descendant, le sincère et le digne de confiance. Et pour indiquer que cette charge serait toujours spécialement associée à Ismāīl, lorsque lautorité revint au Prophète lors de la conquête de la Mecque, il confia à al-Abbās et à ses descendants la charge d’abreuver les pèlerins, tandis qu’il confia la charge de couvrir la Ka‘ba à ‘Umān b. Abī Shayba et à sa postérité jusquau Jour de la Résurrection. » 

     7- Le lavage de sa poitrine avec de l’eau provenant de la neige et de la glace – outre le fait qu’elle est un remède et qu’elle n’est pas troublée par des morceaux de terre, celle-ci étant le lieu des souillures et des impuretés – est un signe que l’époque allait devenir brillante pour lui et sa communauté, et propice au rayonnement de sa Loi éclatante et de sa Sunna. C’est aussi une allusion à la « fraîcheur de son cœur »[6] – c’est-à-dire à son épanouissement - découlant du triomphe et de la victoire sur ses ennemis, et un signe annonciateur de la douceur de son cœur – ou de son caractère pacifique - envers sa communauté, [qu’il manifestera] en leur pardonnant et en passant outre leurs fautes.

     Ibn Duayya a dit : « Son cœur fut lavé avec de la neige pour indiquer la transmission de la fraîcheur de la certitude dans son cœur. Le Prophète avait l’habitude de dire, entre la formule d’entrée en prière (takbīr) et la récitation [de la Fātia], l’invocation suivante : « Ô mon Dieu, lave-moi de mes fautes par la neige et la glace. » Le Très-Haut voulut donc que son cœur soit lavé avec une eau en provenance du Paradis, dans une bassine d’or contenant la foi et la sagesse, afin que son cœur connaisse le parfum du Paradis et découvre sa saveur, et qu’il soit ainsi plus détaché à l’égard de ce bas monde et plus soucieux d’appeler les créatures au Paradis. De plus, ses ennemis répandaient des propos infondés sur son compte, c’est pourquoi Dieu voulut chasser loin de lui les affectations liées à la nature humaine comme l’oppression du cœur et les mauvaises paroles proférées par ses ennemis ; alors son cœur fut lavé pour que sa poitrine s’en trouve élargie et que l’oppression le quitte, comme Il l’a dit dans Son Livre : « Nous savons que ton cœur est oppressé à l’audition de leurs propos. » [15:97]. Puis son cœur fut lavé une autre fois et il atteignit l’état qui lui fit dire, alors qu’il était frappé, blessé à la tête ou les dents cassées – comme le jour de Uud : « - Ô mon Dieu ! Pardonne à mon peuple car ils ne savent point. »

     8- Les savants ont divergé sur la signification de la « sagesse » (ikma) [dans ce adīth] : Certains ont dit quelle désigne la science qui inclut la connaissance divine, lacuité de la vue intérieure, l’éducation de l’âme et la réalisation de la Vérité pour lappliquer et délaisser son contraire ; le sage est celui qui acquiert cela. L’imam al-Nawawī a dit : « Cest la meilleure définition qui nous soit parvenue dentre de nombreuses paroles. »
     La sagesse peut aussi être un synonyme du Coran, qui englobe toutes ces choses mentionnées, comme elle peut aussi être un synonyme de la prophétie, ou elle peut désigner seulement la science, ou seulement la connaissance, ou autre chose.

     Le āfi Ibn ajar a dit : « Le plus juste qui a été dit à ce sujet est qu’elle désigne le fait de mettre chaque chose à sa place, ou bien la compréhension du Livre de Dieu. » Dans la première explication la sagesse peut exister sans la foi, tout comme elle peut ne pas exister (sans elle]. Dans la seconde, elles doivent être à priori étroitement liées parce que la sagesse est un signe de la foi.  
    

    


[1] Extrait des Dhakhâ'ir al-Muhammadiyya du Cheikh Muhammad ibn 'Alawî al-Mâlikî.
[2] Allusion à Ismā‘īl qui fut sur le point d’être sacrifié par son père Ibrāhīm sur ordre de Dieu.
[3] Soufi andalou enterré à Qarāfa, en face de la tombe du célèbre soufi Ibn ‘Aā Allāh.
[4] De même que les ablutions (wuū) sont rendues plus parfaites en lavant trois fois les membres du corps, la purification du cœur du Prophète fut parachevée par le lavage à trois reprises.
[5] La bassine dans laquelle le morceau noir fut lavé était faite d’or.

[6] ulūj adrihi.