L'Alchimiste, années 1640 (David Teniers l'Ancien)
بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ السلام عليكم و رحمة الله و بركاته
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jeudi 17 août 2017
vendredi 28 avril 2017
Grillot de Givry - Anthologie de l'occultisme
La découverte de la Table d'Hermès dans l’Aurora consurgens
Grillot de Givry - Anthologie de l'occultisme
vendredi 29 janvier 2016
mercredi 13 janvier 2016
mardi 18 février 2014
John Dee et les Propædeumata Aphoristica - Les fondements rationnels de l’astrologie
John Dee et les Propædeumata Aphoristica - Les fondements rationnels de l’astrologie
Article paru dans Le Miroir d'Isis n°16 (2010).
A.
A.
Introduction
Remarques préliminaires
La
figure de John Dee reste encore très largement méconnue du
public de langue française. A l’exception de la Monade Hiéroglyphique,
aucune de ses oeuvres n’a été traduite en français, et
aucune biographie digne de ce nom n’est disponible dans notre langue.
Alors que le lecteur anglophone a aujourd’hui la possibilité d’étudier la vie
et l’oeuvre de ce « mage élisabéthain »10 en se référant tout au moins à un
nombre sans cesse croissant d’ouvrages d’érudition, le lecteur francophone n’a à
sa disposition que de bien maigres ressources parmi lesquelles prédominent
largement quelques récits plus ou moins romancés où l’équipée en Europe
centrale avec Kelly et les « conversations avec les esprits » jouent un rôle
prépondérant. Il nous a paru intéressant, par conséquent, de contribuer un tant
soit peu à mieux faire connaître cet homme hors du commun. Nous avons choisi de
donner ci-dessous un aperçu du premier de ses ouvrages qui nous a été conservé,
les Propædeumata Aphoristica. Cet ouvrage a connu deux éditions, la première en 1558, la
seconde – qui comporte
de nombreuses corrections – en 1568. Ces deux dates ne sont
pas indifférentes, parce qu’elles encadrent la date de publication
de la Monas Hieroglyphica (Anvers, 1564). Or si la Monas a
pour objet premier l’alchimie et les Propædeumata l’astrologie,
les deux traités ne sont pas sans présenter quelques liens
entre eux, à commencer par le fait que le symbole de la Monade figure
dès 1558 en frontispice des Propædeumata.
10
Peter J. French : John Dee. The World of an Elizabethan Magus (Routledge, 1972)
constitue une bonne introduction.
mercredi 4 décembre 2013
« Grillot de Givry » - Témoin de l’Esotérisme Chrétien
Aucun livre, si ce n’est celui de Grillot de Givry
réédité aujourd’hui, ne rappelle autant l’adage latin : « habent sua fata
libelli » (les livres ont leur destin). Remarquons qu’il ne s’agit là que d’un
simple constat. Comment expliquer, en ce qui nous concerne, qu’un ouvrage aussi
important que « Lourdes » (paru en 1902) ait attendu plus d’un demi siècle pour
n’être réédité par son éditeur initial seulement en 1959 ? Il se trouve que les
deux dates encadrent remarquablement la période de la publication des œuvres de
René Guénon, que « Lourdes » annonçait d’une certaine façon. L’explication de
cette insigne mauvaise fortune de Grillot de Givry tient vraisemblablement au
caractère prématuré ou, mieux encore, intemporel de ces considérations.
Le rapprochement des deux noms de Grillot de Givry et
de René Guénon n’est ni insignifiant ni fortuit. Dès 1930, suite à la
réorganisation du « Voile d’Isis », René Guénon, devenu entre autre
l’inspirateur de cette revue, y fait reparaître[1] une étude ancienne de
Grillot de Givry : « Les foyers de mysticisme populaire », initialement publiée
dix années plus tôt dans la même revue (février 1920). Le texte y est, cette
fois, précédé d’un avant-propos de Marcel Clavelle (connu sous le pseudonyme de
« Jean Reyor »), avant-propos probablement conseillé par René Guénon lui-même.
Dans le numéro de juin 1930[2], en publiant une étude : « A propos des
pèlerinages » René Guénon rend d’entrée un hommage « au remarquable article de Grillot
de Givry » qu’il venait de republier.
Les Editions Chacornac rééditent « Lourdes » en 1959.
La revue des « Etudes traditionnelles » (qui avait pris la suite du « Voile
d’Isis) publie, dans son numéro 352[3], un compte rendu substantiel dû à Jean
Reyor. Celui-ci pose plusieurs questions importantes : la signification de
l’ouvrage (sans doute oublié depuis 1902), la « biographie spirituelle » de
l’auteur et la disproportion entre les deux périodes de ses travaux. En effet,
durant quelques années d’une étonnante fertilité (à la sortie de l’adolescence),
il accomplit une œuvre considérable, à la fois personnelle et en tant que
traducteur du latin des anciens hermétistes… suivies de deux décennies
d’apparente stérilité. Curieusement, Jean.Reyor évoque l’hypothèse d’une
possible rupture avec le Centre initiatique, qui avait initialement alimenté et
soutenu son inspiration d’hermétiste.
Autre remarque significative : le peu d’intérêt
manifesté pour les traditions orientales, ce qui n’avait pas dissuadé René
Guénon de souhaiter la collaboration active de Grillot de Givry au « Voile
d’Isis »[4]. Collaboration rendue, hélas, impossible du fait de son décès
prématuré en 1929, à l’âge de 55 ans. René Guénon suggère que ce décès aurait
vraisemblablement infléchi l’orientation future de la revue[5], bien plus marquée
dorénavant par les traditions orientales que par celles de l’Occident. La
Providence en avait décidé ainsi !
Voici donc la réédition d’une œuvre, qui ne se
manifeste qu’une fois chaque demi-siècle environ, mais qui, tout de même,
suscite l’enthousiasme du nombre modeste de lecteurs à l’attention desquels
elle avait été écrite. Après ma réaction de scepticisme, je me demande
aujourd’hui ce qu’il faut admirer le plus : le courage de l’éditeur ou la
qualité intrinsèque et irremplaçable de cette œuvre importante ?
Nous sommes assez bien renseignés sur le personnage de
Grillot de Givry, grâce à deux notices de Jean Reyor : la première, publiée
quelques semaines après son décès sous la forme d’un hommage[6] et, la seconde,
en 1959[7]. Elles nous présentent un homme en tous points exceptionnel.
Musicien accompli, tant dans la composition que dans l’exécution, il s’était
aussi révélé précocement érudit dans le domaine de l’ésotérisme : remarquable
latiniste et étonnant détenteur d’une profonde tradition hermétiste, deux
qualifications dont la réunion est assez rare chez un même individu. Ces
qualités lui avaient permis de réaliser les traductions de difficiles traités
des hermétistes du Moyen-Âge et de la Renaissance, de Saint-Thomas d’Aquin à Postel,
John Dee et surtout les œuvres de Paracelse... Jean Reyor met l’accent sur le
caractère ardu de ce genre de travaux, qui exigent une égale connaissance de ce
latin fort particulier et, pour comble, des arcanes de l’Hermétisme.
Durant la décennie du XIXème siècle, Grillot de Givry
s’est trouvé en relation intime avec les plus érudits et les plus sérieux des
occultistes de l’époque. Certains appartenaient au rite de Memphis-Misraïm,
qu’ils entendaient ressourcer par l’étude des textes anciens de l’ésotérisme
occidental. L’un d’entre eux, René Philipon (Tabris)[8], disposait d’une
fortune personnelle lui permettant de financer la publication de la célèbre «
Bibliothèque Rosicrucienne », publication passablement confidentielle. De plus,
les textes publiés ainsi n’avaient jamais été traduits dans les langues
modernes : c’est au tout jeune traducteur de Grillot de Givry qu’on les devait.
Parmi les titres, on remarque un traité de cabbale
chrétienne, provenant de l’immense « Kabbala denudata »[9] de Knorr de Rosenroth.
Rappelons qu’une future équipe des « Etudes Traditionnelles »,
vraisemblablement sous l’impulsion de Jean Reyor, publiera une longue série
d’autres extraits traduits de Knorr de Rosenroth de 1950 à 1960[10].
Il faut maintenant rappeler le rôle de quelques
libraires-éditeurs spécialisés, entre les dernières années du XIXème siècle et
la guerre de 1914, dans le genre assez nouveau de la littérature occultiste.
Citons les éditeurs Chamuel et Chacornac, nous devrions plutôt dire : la dynastie
des Chacornac. Rappelons aussi la présence de la célèbre Librairie du
Merveilleux de Pierre Dujols.
C’est en 1890, que la librairie Chacornac inaugure la
publication de la revue « Voile d’Isis », devenue au début des années 1930 «
Etudes Traditionnelles ». Durant presque un siècle, elle jouera un rôle
providentiel dans la connaissance de la pensée traditionnelle. Elle subira,
toutefois, de longues mutations, puisqu’elle se présentait initialement comme
la « Revue mensuelle de Haute Science », ayant pour but « l’étude de la
Tradition et des divers mouvements du spiritualisme ancien et moderne » (à
l’adresse des frères Chacornac, animant une « librairie générale des sciences
occultes » !). Le « Voile d’Isis » ne verra sa publication interrompue que
pendant la « grande guerre », après laquelle elle reparaîtra. Il n’y aura pas
de changement notable, jusqu’à la visite timide d’un certain Monsieur René
Guénon à la boutique du quai Saint-Michel, un jour de janvier 1922 : souvenir
évoqué par Paul Chacornac dans un numéro spécial d’hommages des « Etudes
Traditionnelles »[11].
C’était manifestement avec réserve, que René Guénon
avait commencé à apporter sa collaboration au « Voile d’Isis » et donné
quelques études, jusqu’aux années 1928- 1929. C’est donc au lendemain du décès
de Grillot de Givry, que René Guénon prend la direction effective et renouvelle
l’esprit du « Voile d’Isis », bientôt transformé en « Etudes Traditionnelles ».
De l’ancienne équipe des occultistes du « Voile d’Isis », seuls deux
collaborateurs avaient assez de qualités et de rectitude pour en émerger : nous
pensons à Tamos (Georges-Auguste Thomas) et Grillot de Givry, détenteurs d’un
dépôt initiatique réel.
Il est remarquable que René Guénon, dans ses premiers
comptes-rendus d’ouvrages antérieurs à 1930, n’avait distingué que ceux de
Grillot de Givry et O.V. de L. Milosz. De ce dernier, il avait surtout remarqué
la publication, en 1928, de son poème « Les Arcanes », suivi de longs et riches
commentaires. Dans le « Voile d’Isis », entre octobre 1928 et octobre 1930, le
Dr Delobel, René Guénon lui-même et finalement Jean Reyor s’y réfèrent. En juin
1930, dans son étude « A propos des Pèlerinages », René Guénon cite un long
fragment de O.V. de L. Milosz sur la notion des « Nobles Voyageurs » : c’est la
plus longue citation empruntée par René Guénon à un auteur contemporain.
Ajoutons, que nous avons le témoignage de la relation personnelle entre les
deux auteurs, à cette époque de leur vie[12]. Quant à Grillot de Givry, si son
décès met fin à sa collaboration, son souvenir et sa présence se perpétueront
au sein de la Maison Chacornac et des « Etudes Traditionnelles ».
Après ce bref contexte de « fin de siècle » de
l’occultisme, nous pouvons mieux comprendre l’importance de la première
publication de « Lourdes » en 1902, au creux de cette période assez terne.
Plusieurs remarques s’imposent à la lecture de ce
texte. Premièrement, à l’encontre de l’ensemble des publications catholiques
relatives à l’histoire de Lourdes et des apparitions mariales, l’étude de
Grillot de Givry ne se situe pas sur le plan religieux : d’emblée, elle le
transcende et se place sur celui du « Sacré » et de l’ésotérisme. Le domaine simplement
chrétien est toujours replacé dans une perspective de « l’unité transcendante
des Traditions ». Mais, notons-le bien, sans que le contenu théologique
chrétien ne soit jamais ni contredit ni nié. Deuxièmement, l’éclairage de ce
texte de 1902 résulte manifestement de la reconnaissance implicite d’un «
ésotérisme chrétien », dont Louis Charbonneau-Lassay sera le premier à en faire
état dans ses études de la revue « Regnabit », environ vingt-cinq ans plus
tard.
Ainsi, cette publication de « Lourdes » en 1902 ouvrait
la série des manifestations d’un « ésotérisme chrétien » depuis longtemps mis
en hibernation, semble-t-il, et comme oublié sous une gangue d’apologétique
catholique. On comprend mieux l’occasion et la signification de la deuxième
publication de « Lourdes » en 1959, dont nous rappelons les faits. Après la
disparition de René Guénon, en 1951, la revue des « Etudes Traditionnelles »
avait été manifestement dirigée par une équipe de collaborateurs appartenant
majoritairement à des courants de l’ « ésotérisme chrétien »… jusqu’en fin
1959, début 1960, où une nouvelle équipe dirigée par Michel Valsan prendra le
relais et maintiendra la revue dans le domaine de l’ésotérisme islamique.
Orientation, certes légitime, mais exercée de manière plutôt exclusive.
Remarquons que, dès le début de l’année 1951, les «
Etudes Traditionnelles » publient, sur trois fascicules consécutifs, le texte
du « Traité des sept causes secondes » de l’Abbé Trithème : un des très rares
textes chrétiens du début du XVIème siècle traitant d’eschatologie et de
cyclologie. A l’évidence, cette publication avait été décidée avec l’aval de
René Guénon dès 1950. Elle reprend celle qui en avait été donnée dans la
célèbre « Bibliothèque Rosicrucienne » de René Philipon[13], enrichie d’une vie
de l’Abbé Trithème, d’une préface et de notes, le tout non signé mais dû
manifestement à Grillot de Givry. On sait que Paul Chacornac a publié lui aussi
un ouvrage sur l’Abbé Trithème.
Les rééditions de « Lourdes » en 1959, précédée du «
Traité des Sept Causes Secondes » en 1951 et suivie de celle du « Grand Œuvre »
en 1960, peuvent raisonnablement être considérées comme une manifestation
délibérée du courant ésotérique chrétien, qui avait pris la direction des «
Etudes Traditionnelles » après le décès de René Guénon. Durant presque dix
années, la revue avait publié un ensemble important de textes appartenant au
domaine de la cabbale chrétienne. Citons : la réédition des textes de Mgr
Devoucoux, les traductions de nombreux fragments des « Loci communes
qabbalistici » de la « Kabbala denudata » de Knorr de Rosenroth, annonçant les
travaux de l’Abbé Nicolas Boon, dont l’édition posthume du volume « Au cœur de
l’Ecriture – Méditations d’un prêtre catholique »[14] constitue la dernière
manifestation publique d’un véritable cabaliste chrétien.
Il est temps de présenter le texte réédité de « Lourdes
».
Commençons par rappeler que l’ouvrage, dans l’esprit de
son auteur, devait constituer le premier volet d’une longue série centrée sur
l’étude d’une « géographie sacrée ». Les volumes suivants devaient traiter de
sept autres « villes initiatiques » : Paray-le-Monial[15], Saint-Jacques de
Compostelle, Sienne, Jérusalem, La Mecque, Bénarès et Lhassa. Ce projet
ambitieux avait été confié à Jean Reyor, qui nous l’a rapporté dans son
important compte-rendu sur « Lourdes » de 1959[16]. De plus, Grillot de Givry
lui-même en avait exposé les linéaments dans son article[17] publié sous le
titre « Les foyers de mysticisme populaire ». La nouvelle équipe de la revue,
sous la direction de René Guénon, prend l’initiative de le rééditer dans le
numéro de mars 1930[18], enrichi cette fois d’une longue introduction de Jean
Reyor[19], qui expose les points de convergence d’une « géographie sacrée »
avec certains évènements d’une histoire cryptique. Il est évident qu’une
réédition de « Lourdes » devait être complétée par ce texte d’introduction au
projet initial. C’est à ce titre, qu’il est repris ici. Curieusement, Grillot
de Givry n’utilise jamais l’expression de « géographie sacrée », que nous
attendrions aujourd’hui dans ce genre d’études. On constate, à ce propos, à
quel point nous sommes redevables du vocabulaire rigoureux, que nous avons reçu
de la lecture de René Guénon.
On doit remarquer enfin, que la principale qualité de
son étude sur « Lourdes » tient au fait qu’il replace et considère le contexte
religieux des « apparitions mariales » dans une dimension métaphysique. On ne
peut pas ne pas évoquer ici la « Shakti » de la tradition hindoue, l’aspect
féminin issu du Principe divin transcendant, la « part féminine de Dieu »… non
plus que la notion qabbalistique de la « Shekhinah », « Demeure » et « Présence
» du transcendant dans l’immanent.
Une dernière remarque, parmi bien d’autres qui se
présentent à l’esprit d’un lecteur moderne de « Lourdes » : la constatation
d’une « crise du monde moderne », sensible en Occident depuis la fin de notre
moyen âge, exactement vingt-cinq années avant la publication de l’ouvrage de
René Guénon sur ce thème (1902-1927). Un seul « bémol » in fine : reconnaissons
que le style, dans lequel l’œuvre a été composée, « date » curieusement avec
son parfum d’ « écriture artiste » inaugurée par Huysmans. Il est probable que
Grillot de Givry aurait donné une facture tout autre à une réédition de son
texte initial, durant les dernières années de son existence.
Un témoignage tardif de son propre fils[20] nous
éclaire sur l’évolution du style (de vie et d’écriture) de son père. De manière
amusante, il donne une idée de la transformation profonde de la personnalité de
son père après 1920. On lit : « Il changea alors son propre aspect et abandonna
les modes anciennes de façon radicale ; il supprima non seulement le port de la
barbe, à l’instar de la foule d’alors, mais aussi les vêtements de style
artiste ou esthète… ».
Francis Laget
Pour en savoir plus sur les travaux de Grillot de Givry :
John Dee - La Monade Hiéroglyphique (Traduit et annoté par Grillot de Givry)
Le Christ et la patrie
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Voir aussi À propos des pèlerinages de René Guénon
[2] Pp. 413-421.
[3] Mars-avril : pp. 93-99.
[4] Voir le compte rendu de Jean Reyor en annexe.
[5] « Voile
d’Isis » et « Etudes Traditionnelles ».
[6] « Voile
d’Isis » de mars 1929 : N° 111, pp. 166-168.
[7] Op. cit.
[8] J.P. Laurant « René Philipon… », in « Les Marges du
Christianisme » sous la direction de J.P. Chantin, pp. 196, 197, éditions
Beauchesne 2001.
[9] Dans l’édition de Sulzbach, 1677, le mot « Kabbala
» est écrit avec un K initial. On écrit aussi maintenant le plus souvent «
Cabbale » avec un C. En réalité, la transcription la plus fidèle d’après la
langue hébraïque commanderait « Qabbala » avec un Q (lettre hébraïque « Qoph
»).
[10] « Le symbolisme des lettres hébraïques » et « Le
symbolisme des Noms divins hébraïques ».
[11] Numéro
spécial consacré à René Guénon, juillet / novembre 1951 : N° 293, 294 et 295,
pp. 193-354.
[12] « Milosz entre ésotérisme et poésie » : cahier N°
31 / 32 de l’Association des amis de Milosz, 1993.
[13] Première série, N° 1.
[14] Editions Dervy, 1987.
[15] On relève dans le « Voile d’Isis » de septembre
1911, p. 213, un compte-rendu signé des seules initiales « E.B. » (
probablement Ernest Bosc) du volume de Grillot de Givry : « Le Christ et la
Patrie », la note suivante : « … Il se propose de donner dans « Paray-le-Monial
» la synthèse complète de ce que fut la personnalité de Jésus et, dans l’«
Introduction à l’étude de la Kabbale », la révélation intégrale du mystère du
Verbe apocalyptique… » (sic) S’agit-il d’une confidence de Grillot de Givry à
Ernest Bosc ? Nous l’ignorons.
[16] E.T. : mars / avril 1959, N° 352, p. 95.
[17] « Voile d’Isis » d’avril 1920, pp. 273-286.
[18] Pp. 182-199.
[19] Pp. 182-186.
samedi 19 octobre 2013
À propos des pèlerinages - René Guénon
Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage,
tome 1, René Guénon, éd. Éditions Traditionnelles, 1971
À PROPOS DES PÈLERINAGES*
[*] Publié dans « Voile d’Isis », juin 1930.
La récente reproduction, dans le Voile d’Isis, du
remarquable article de M. Grillot de Givry sur les lieux de pèlerinages nous
amène à revenir sur cette question à laquelle nous avons déjà fait ici quelques
allusions, ainsi que M. Clavelle le rappelait dans sa présentation de cet
article.
Notons tout
d’abord que le mot latin peregrinus, d’où vient « pèlerin », signifie à la fois
« voyageur » et « étranger ». Cette simple remarque donne lieu déjà à des
rapprochements assez curieux : en effet, d’une part, parmi les Compagnons, il
en est qui se qualifient de « passants » et d’autres d’« étrangers », ce qui
correspond précisément aux deux sens de peregrinus (lesquels se trouvent
d’ailleurs aussi dans l’hébreu gershôn) ; d’autre part, dans la Maçonnerie,
même moderne et « spéculative », les épreuves symboliques de l’initiation sont
appelées « voyages ». D’ailleurs, dans beaucoup de traditions diverses, les
différents stades initiatiques sont souvent décrits comme les étapes d’un
voyage ; parfois, c’est d’un voyage ordinaire qu’il s’agit, parfois aussi d’une
navigation, ainsi que nous l’avons signalé en d’autres occasions. Ce symbolisme
du voyage est peut-être d’un usage plus répandu encore que celui de la guerre,
dont nous parlions dans notre dernier article ; l’un et l’autre, du reste, ne
sont pas sans présenter entre eux un certain rapport, qui s’est même traduit
parfois extérieurement dans les faits historiques ; nous pensons notamment ici
au lien étroit qui exista, au moyen âge, entre les pèlerinages en Terre Sainte
et les Croisades. Ajoutons encore que, même dans le langage religieux le plus
ordinaire, la vie terrestre, considérée comme une période d’épreuves, est
souvent assimilée à un voyage, et même qualifiée plus expressément de
pèlerinage, le monde céleste, but de ce pèlerinage, étant aussi identifié
symboliquement à la « Terre Sainte » ou « Terre des Vivants »1.
L’état d’« errance », si l’on peut dire, ou de
migration, est donc, d’une façon générale, un état de « probation » ; et, ici
encore, nous pouvons remarquer que tel est bien en effet son caractère dans des
organisations comme le Compagnonnage. En outre, ce qui est vrai à cet égard
pour des individus peut l’être aussi, dans certains cas tout au moins pour des
peuples pris collectivement : un exemple très net est celui des Hébreux errant
pendant quarante ans dans le désert avant d’atteindre la Terre promise .
[1] Pour ce qui concerne le symbolisme de
la « Terre Sainte » nous renvoyons à notre étude sur le Roi du Monde, et aussi
à notre article paru dans le numéro spécial du Voile d’Isis consacré aux
Templiers.
[Note de l’Éditeur : Voir aussi le chapitre
III de Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien et le chapitre XI de Symboles
fondamentaux de la Science sacrée.]
Il faut
d’ailleurs faire ici une distinction, car cet état, essentiellement
transitoire, ne doit pas être confondu avec l’état nomade qui est normal à
certains peuples : même arrivés à la Terre promise, et jusqu’au temps de David
et de Salomon, les Hébreux furent un peuple nomade, mais, évidemment, ce
nomadisme n’avait pas le même caractère que leur pérégrination dans le désert1.
Il y a même lieu d’envisager un troisième cas d’« errance », que l’on peut
désigner plus proprement par le mot de « tribulation » : c’est celui des Juifs
après leur dispersion, et aussi selon toute vraisemblance, celui des Bohémiens
; mais ceci nous entraînerait trop loin, et nous dirons seulement que ce cas
aussi est applicable également à des collectivités et à des individus. On voit
par là combien ces choses sont complexes et combien il peut y avoir de
distinctions à faire parmi des hommes se présentant extérieurement sous les
mêmes apparences, confondus avec les pèlerins au sens ordinaire de ce mot,
d’autant plus qu’il faut encore ajouter ceci : il arrive parfois que des
initiés, parvenus au but, des « adeptes » même, reprennent, pour des raisons
spéciales, cette même apparence de « voyageurs ».
Mais revenons aux pèlerins : on sait que leurs signes
distinctifs étaient la coquille (dite de saint Jacques) et le bâton ; ce
dernier, qui a aussi un étroit rapport avec la canne compagnonnique, est
naturellement un attribut du voyageur, mais il a bien d’autres significations,
et peut-être consacrerons-nous quelque jour à cette question une étude
spéciale.
[1] La distinction des peuples nomades
(pasteurs) et sédentaires (agriculteurs), qui remonte aux origines mêmes de
l’humanité terrestre, a une grande importance pour la compréhension des
caractères spéciaux des différentes formes traditionnelles.
Quant à la
coquille, en certaines régions, elle était appelée « creusille » et ce mot doit
être rapproché de celui de « creuset » ce qui nous ramène à l’idée d’épreuves,
envisagée plus particulièrement selon un symbolisme alchimique, et entendue
dans le sens de la « purification », la Katharsis des Pythagoriciens, qui était
précisément la phase préparatoire de l’initiation1.
La coquille étant regardée plus spécialement comme
l’attribut de saint Jacques, nous sommes amenés à faire à ce propos une
remarque concernant le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Les routes
que suivaient autrefois les pèlerins sont souvent appelées, aujourd’hui encore,
« chemins de saint Jacques » ; mais cette expression a en même temps une tout
autre application : le « chemin de saint Jacques », en effet dans le langage
des paysans, c’est aussi la Voie Lactée ; et ceci semblera peut-être moins
inattendu si l’on observe que Compostelle, étymologiquement, n’est pas autre
chose que le « champ étoilé ». Nous rencontrons ici une autre idée, celle des «
voyages célestes » d’ailleurs en corrélation avec les voyages terrestres ;
c’est encore là un point sur lequel il ne nous est pas possible d’insister
présentement, et nous indiquerons seulement que l’on peut pressentir par là une
certaine correspondance entre la situation géographique des lieux de
pèlerinages et l’ordonnance même de la sphère céleste ; ici, la « géographie
sacrée » à laquelle nous avons fait allusion s’intégrera donc dans une
véritable « cosmographie sacrée ».
Pièce de monnaie découverte en Calabre (Italie) lorsque celle-ci faisait partie de la Grande-Grèce (-480 avant JC)
[1] On pourra se reporter ici à ce que
nous avons dit dans Le Roi du Monde sur la désignation des initiés, dans des
traditions diverses, par des termes se rapportant à l’idée de « pureté ».
[1] Les Horreurs de la Guerre, pp. 145,
147 et 167.
trace de ces légendes, de ces farces, et un certain nombre de termes
appartenant en propre aux Poitevins »1. Si nous citons cette dernière phrase,
c’est que, outre qu’il y est fait mention de ces légendes dont nous parlions
tout à l’heure, elle soulève encore une autre question en liaison avec ce dont
il s’agit ici, celle des origines du théâtre : celui-ci, tout d’abord, fut
d’une part essentiellement ambulant, et d’autre part revêtu d’un caractère
religieux, au moins quant à ses formes extérieures, – caractère religieux qui
est à rapprocher de celui des pèlerins et des gens qui en prenaient les
apparences. Ce qui donne encore plus d’importance à ce fait, c’est qu’il n’est
pas particulier à l’Europe du moyen âge ; l’histoire du théâtre dans la Grèce
antique est tout à fait analogue, et l’on pourrait aussi trouver des exemples
similaires dans la plupart des pays d’Orient.
Mais il faut nous borner, et nous envisagerons
seulement encore un dernier point, à propos de l’expression de « nobles
voyageurs » appliquée aux initiés, ou tout au moins à certains d’entre eux,
précisément en raison de leurs pérégrinations. Là-dessus, M. O. V. de L. Milosz
a écrit ce qui suit : « Les « nobles voyageurs », c’est le nom secret des
initiés de l’antiquité, transmis par la tradition orale à ceux du moyen âge et
des temps modernes. Il a été prononcé pour la dernière fois en public le 30 mai
1786, à Paris, au cours d’une séance du Parlement consacrée à l’interrogatoire
d’un accusé célèbre (Cagliostro), victime du pamphlétaire Théveneau de Morande.
[1] Ibid. p. 173.
Les pérégrinations des initiés ne se distinguaient des
ordinaires voyages d’études que par le fait que leur itinéraire coïncidait
rigoureusement, sous ses apparences de course aventureuse, avec les aspirations
et les aptitudes les plus secrètes de l’adepte. Les exemples les plus illustres
de ces pèlerinages nous sont offerts par Démocrite, initié aux secrets de
l’alchimie par les prêtres égyptiens et le mage Ostanès, comme aux doctrines
asiatiques par ses séjours en Perse et, selon quelques historiens, aux Indes ;
Thalès, formé dans les temples d’Égypte et de Chaldée ; Pythagore, qui visita
tous les pays connus des anciens (et très vraisemblablement l’Inde et la Chine)
et dont le séjour en Perse fut marqué par les entretiens qu’il y eut avec le
mage Zaratas, en Gaule par sa collaboration avec les Druides, enfin en Italie
par ses discours à l’Assemblée des Anciens de Crotone. À ces exemples, il
conviendrait d’ajouter les séjours de Paracelse en France, Autriche, Allemagne,
Espagne et Portugal, Angleterre, Hollande, Danemark, Suède, Hongrie, Pologne,
Lithuanie, Valachie, Carniole, Dalmatie, Russie et Turquie, ainsi que les
voyages de Nicolas Flamel en Espagne, où Maistre Canches lui apprit à
déchiffrer les fameuses figures hiéroglyphiques du Livre d’Abraham Juif. Le
poète Robert Browning a défini la nature secrète de ces pèlerinages
scientifiques dans une strophe singulièrement riche d’intuition : « Je vois mon
chemin comme l’oiseau sa route sans trace ; quelque jour, Son jour d’heur,
j’arriverai. Il me guide, Il guide l’oiseau. » Les années de voyage de Wilhelm
Meister ont la même signification initiatique »1. Nous avons tenu à reproduire
ce passage en entier, malgré sa longueur, en raison des exemples intéressants
qu’il renferme ; sans doute pourrait-on en trouver encore beaucoup d’autres
plus ou moins connus, mais ceux-là sont particulièrement caractéristiques,
encore qu’ils ne se rapportent peut-être pas tous au même cas parmi ceux que
nous avons distingués plus haut, et qu’il ne faille pas confondre les « voyages
d’études », même réellement initiatiques avec les missions spéciales des
adeptes ou même de certains initiés d’un moindre degré.
Pythagore
Pour en revenir à l’expression de « nobles voyageurs »,
ce sur quoi nous voulons surtout attirer l’attention, c’est que l’épithète «
nobles » semble indiquer qu’elle doit désigner, non pas toute initiation
indistinctement, mais plus proprement une initiation de Kshatriyas, ou ce qu’on
peut appeler l’« art royal » suivant le vocable conservé jusqu’à nos jours par
la Maçonnerie. En d’autres termes, il s’agirait alors d’une initiation se
rapportant, non à l’ordre métaphysique pur, mais à l’ordre cosmologique et aux
applications qui s’y rattachent, ou à tout ce qui en Occident, a été compris
sous l’appellation générale d’« hermétisme »2. S’il en est ainsi, M. Clavelle a
eu parfaitement raison de dire que, tandis que saint Jean correspond au point
de vue purement métaphysique de la Tradition, saint Jacques correspondrait
plutôt au point de vue des « sciences traditionnelles » ; et, même sans évoquer
le rapprochement, cependant fort plausible, avec le « maître Jacques » du
compagnonnage, bien des indices concordants tendraient à prouver que cette
correspondance est effectivement justifiée.
le pharaon Amasis aurait dit que personne n'était en mesure de savoir quelle était la hauteur de la Grande Pyramide et Thalès aurait relevé le défi en calculant le rapport entre son ombre et celle d'un corps de référence, au moyen d'un gnomon ou d'un bâton : « Ainsi, vous, Thalès, le roi d'Égypte vous admire beaucoup, et, entre autres choses, il a été, au-delà de ce qu'on peut dire, ravi de la manière dont vous avez mesuré la pyramide sans le moindre embarras et sans avoir eu besoin d'aucun instrument. Après avoir dressé votre bâton à l'extrémité de l'ombre que projetait la pyramide, vous construisîtes deux triangles par la tangence d'un rayon, et vous démontrâtes qu'il y avait la même proportion entre la hauteur du bâton et la hauteur de la pyramide qu'entre la longueur des deux ombres. » (Source Wiki)
[1] Les Arcanes, pp. 81-82.
[2] Sur la distinction des deux
initiations sacerdotale et royale, nous renverrons à notre dernier livre,
Autorité spirituelle et pouvoir temporel.
C’est bien à ce domaine, que l’on peut qualifier d’«
intermédiaire », que se réfère en effet tout ce qui s’est propagé par la voie
des pèlerinages, aussi bien que les traditions du Compagnonnage ou celles des
Bohémiens. La connaissance des « petits mystères », qui est celle des lois du «
devenir », s’acquiert en parcourant la « roue des choses » mais la connaissance
des « grands mystères », étant celle des principes immuables, exige la
contemplation immobile dans la « grande solitude », au point fixe qui est le
centre de la roue, le pôle invariable autour duquel s’accomplissent, sans qu’il
y participe, les révolutions de l’Univers manifesté.
Mihrâb de la Grande Mosquée de Kairouan
Décor de coquille en marbre sculpté du Mihrâb de la Grande Mosquée de Kairouan
Trompes cannelées en forme de coquille de la coupole du mihrab (vers 836) dans la Grande Mosquée de Kairouan
La mosquée de Tinmel (Maroc) . 1153
Mihrâb du Mausolée de Sayyida Ruqayya , fille d' ‘Alî (Paix sur eux), Le Caire, Égypte (1133)
Mosquée de Cordoue
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