Affichage des articles dont le libellé est wahhabisme. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est wahhabisme. Afficher tous les articles

samedi 1 octobre 2016

Zaïm Khenchelaoui - «On assiste à une déspiritualisation de l’islam»

http://www.elwatan.com


Mustapha Benfodil

Zaïm Khenchelaoui est anthropologue des religions et fin connaisseur du soufisme. Dans cet entretien, il revient sur les derniers attentats revendiqués par Daech en désignant le wahhabisme comme matrice idéologique commune à toutes ces sectes exterminatrices. Le chercheur établit un lien très étroit entre wahhabisme et terrorisme.

«Le wahhabisme, c’est du terrorisme spéculatif», dissèque-t-il. Zaïm Khenchelaoui rappelle que les premières victimes de cette «internationale wahhabite» sont d’abord les musulmans et souligne l’urgence de s’attaquer au discours takfiriste inhérent à cette doctrine et répercuté à travers les mosquées, les chaînes de télévision et internet.

Nous vivons une séquence terrifiante avec ce chaos destructeur qui est en train de ravager le monde sous la bannière de Daech. Vous avez régulièrement pointé du doigt le wahhabisme comme matrice doctrinale commune à toutes ces phalanges mortifères, qu’elles s’appellent Daech, Al Qaîda ou Boko Haram. Pour vous, il est important de ne pas se tromper de diagnostic et de nommer clairement la doctrine wahhabite comme préalable catégorique si on veut sortir de cette spirale de terreur…

Ces désignations sont, en réalité, des franchises d’une même marque de fabrication qui s’appelle le wahhabisme dont il est la matrice, le foyer et le fondement théorique. Toutes ces pratiques déviantes se réclament indûment de l’islam. Mais en vérité, je vous le dis, cette guerre est menée contre l’islam. Et le point commun entre toutes ces organisations criminelles, c’est la doctrine wahhabite.

Ce phénomène ne concerne que ladite secte. On n’a pas vu des sunnites dans le sens orthodoxe du terme se faire exploser, encore moins des soufis. Bientôt va s’écrire dans les larmes et le sang le troisième centenaire de cette nouvelle religion dont la date fondatrice remonte à 1744. Dans son livre Le Pacte de Nadjd (Le Seuil, 2007), l’islamologue tunisien Hamadi Redissi explique très bien comment cette secte s’est substituée à l’islam.

Quant au géopolitologue français Jean-Michel Vernochet, il n’a pas tort de se poser cette question dans son livre Les égarés : le wahhabisme est-il un contre Islam ? (Sigest, 2013). Maintenant, nous sommes face à une Internationale wahhabite qui échappe désormais à tout contrôle. Avec le temps, cette mouvance est devenue une forme de religion autocéphale disposant de son livre sacré : le Tawhid (Kitâb at-Tawhîd de Mohammad Ibn Abd Al Wahhâb, ndlr) qui a supplanté même le Coran.

C’est un livre qui met hors la loi tous les musulmans qui n’adhèrent pas au dogme wahhabite, lequel dogme abomine tous ceux qui croient en cette forme de vénération, de respect et de considération que l’ensemble des musulmans manifestent à l’égard de leur Prophète, et qui, aux yeux des tenants du wahhabisme, constitue une forme de polythéisme blâmable en raison de leur incapacité cérébrale à faire une lecture allégorique qui est largement développée chez les autres obédiences de l’islam, notamment les soufis. L’approche littéraliste et superficielle des wahhabites a même fini par produire une sorte d’anthropomorphisme qui va à l’encontre du principe monothéiste du tawhid dont ils se targuent outrageusement.
Si je devais faire la synthèse de ce phénomène, je le formulerais ainsi : le wahhabisme, c’est du terrorisme spéculatif ; le terrorisme, c’est du wahhabisme opératif. La doctrine de cette secte est basée essentiellement sur le takfir et donc sur l’excommunication de tout le monde, à commencer par les musulmans qui sont les premières cibles à abattre du point de vue wahhabite.

Or, l’islam est pluriel depuis son apparition et cette pluralité constitue un fait historique. Il n’est pas question ici de prêcher une forme monolithique de l’islam ou une lecture unilatérale du Coran. Ces différents courants de pensée ont coexisté et continuent à coexister ; ils ne jettent pas l’anathème les uns sur les autres. Ils ont de ce fait apporté beaucoup de richesse intellectuelle, non seulement à l’islam mais aussi aux traditions judéo-chrétiennes.

Quand on voit les échanges qui avaient eu lieu à Cordoue, à Baghdad ou à Damas, entre les différentes communautés religieuses, même en dehors de l’islam, on se pose légitimement la question : que reste-il de cette coexistence ? Que se passe-t-il aujourd’hui avec cette secte - parce qu’il faut quand même l’appeler par son nom. Je dirais même que c’est la secte la plus dangereuse qu’ait connue l’histoire de l’humanité, et dont on continue malheureusement à en minimiser la portée.

C’est une secte d’autant plus ubiquiste qu’elle est présente partout, non seulement dans nos mosquées mais jusqu’à nos salles de sport. On voit d’ailleurs que le discours religieux ambiant dans le monde arabe est fondamentalement calqué sur cette secte. Donc, lorsqu’un jeune se fait exploser quelque part, il est lui-même une victime, il est programmé, manipulé par l’imam qui prêche le vendredi près de chez nous…

Je ne comprends d’ailleurs pas comment se fait-il qu’on ait mis la secte de scientologie ou encore celle du Temple solaire sur la liste des sectes prohibées en France et pas le wahhabisme. Toutefois, il convient de préciser que cette secte est interdite dans certains pays, comme c’est le cas dans la Fédération de Russie où l’on essaie de protéger l’islam, pas seulement avec des sermons politico-religieux mais aussi par la force de la loi.

Justement, comment empêcher concrètement le wahhabisme d’agir sur les esprits ?

Cela passe par la proscription de leur propagande dont la toxicité n’est plus à démontrer, et qui envahit de plus en plus nos mosquées et rallie davantage nos imams, que ce soit par un livre, un article, un enregistrement sonore ou visuel, un site internet ou quelque autre support que ce soit, pour peu qu’il prêche l’exclusion de l’autre. Je ne parle même pas de terrorisme.

Un jeune, s’il est imbibé de cette culture xénophobe, comment l’empêcher par la suite de mettre en application ce qui lui a été théoriquement inculqué dans le prêche du vendredi ? Une fois qu’il est excité contre telle ou telle communauté religieuse, le mal est fait. Il faut agir en amont, de façon unanime et à l’échelle internationale. Il faut trouver des méthodologies…

Quand je dis proscription, je pense aussi au versant constructif en remettant en valeur les enseignements traditionnels de l’islam qui existent et qui ont toujours existé. Il ne s’agit pas d’innover. C’est un enseignement qui est resté enfoui sous des siècles de poussière, et qu’il convient de remettre au goût du jour. C’est le cas par exemple du soufisme qui prône l’acceptation de l’autre dans sa différence et s’applique le devoir de miséricorde, «rahma», envers toutes les créatures, une notion cardinale en islam.

C’est la clé même du Coran qui est dit et annoncé au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Donc, tout ce qui se fait au nom de l’islam devrait, en principe, se faire dans la compassion. Dieu possède au moins 99 noms sublimes, selon la tradition, mais il se trouve qu’Il S’est choisi en premier lieu l’attribut de miséricorde, de rahma, auquel certains «musulmans» ne prêtent malheureusement plus attention.

Vous préconisez donc de réactiver et de promouvoir cet enseignement inspiré de la tradition soufie ?

Certainement. Il faut noter tout de même que le soufisme n’est pas une philosophie importée comme on voudrait le faire croire aujourd’hui. C’est l’islam originel, celui de nos ancêtres qui nous ont transmis cet héritage et cette sagesse. Nous avons toujours vécu dans cette rahma. On dit d’ailleurs dans notre langage quotidien «qalbû mâ fihsh er-rahma» pour désigner un musulman dépourvu de miséricorde, une façon de le déshumaniser. Un bon musulman ne doit pas marcher sur terre avec orgueil, mais avec humilité.

Il y a lieu de méditer ce verset ô combien caractéristique de cette attitude, et qui n’est jamais évoqué dans nos mosquées : «Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur terre, qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent : Paix.» (sourate 25, verset 63) Il faut méditer aussi cet autre verset qui dit : «Et Nous ne t’avons envoyé que par compassion pour l’univers.» Les exégètes précisent que dans ces univers (au pluriel), il y a les musulmans et les non-musulmans, les humains et les autres créatures visibles et invisibles, le règne animal, végétal, etc. Dans cette acception, la nature elle-même est sanctifiée.

Elle devient le reflet de Dieu, un rayon de Sa lumière et un signe de Sa présence, tout comme l’âme humaine, d’où le verset qui proclame : «Celui qui a tué une âme, c’est comme s’il avait tué tous les hommes.» Ce verset est précurseur de la doctrine des droits de l’homme. Selon l’exégèse soufie, le mot «nafs» cité dans ce verset désigne le souffle de Dieu.

Comme le souffle de Dieu est consubstantiel, il est présent dans chaque être humain à part égale. Par conséquent, tuer un seul homme, c’est comme tuer l’humanité entière. L’âme humaine étant indivisible, commettre un tel acte équivaut à tuer Dieu Lui-même. Vous imaginez la gravité de la chose aux yeux du musulman non-wahhabite ?

Il est frappant de constater que c’est tout de même l’autre discours qui continue à fasciner et à mobiliser des contingents entiers de «militants takfiristes» et pas cette parole-là ; pourquoi ?

Parce que cette parole, avouons-le, a l’air quelque peu périmée, vieillotte, aux yeux des jeunes. Parce que les autres ont bien compris l’importance des nouvelles technologies plus que les soufis, qui eux sont restés en retrait par rapport aux choses de ce monde.

La mouvance soufie n’est pas agressive en ce sens qu’elle ne prône pas le prosélytisme et le matraquage acharné, comme c’est le cas pour le wahhabisme. L’islam est un voyage spirituel qui doit conduire l’itinérant à la présence divine. C’est aussi un voyage vers soi-même. Il s’agit donc d’un cheminement purement initiatique. Le soufisme voudrait que le disciple fasse lui-même le pas vers son Seigneur, sans contrainte, et donc personne ne vient vous chercher pour vous contraindre ou même vous convier à faire ce pas.

Or, à l’autre bord, on note un zèle redoutable doublé d’un pouvoir financier démesuré. Il faut savoir qu’il y a quand même beaucoup d’argent qui est investi dans cette «religion virtuelle» qui fait la guerre à l’ensemble de l’humanité, à commencer par les musulmans. D’ailleurs, je conteste la formule «terrorisme islamiste». Il s’agit d’abord et toujours de «terrorisme wahhabite», et ce terrorisme est présent d’abord sous la forme d’un discours théorique.

Il est un fait à première vue paradoxal, à savoir que cette organisation terroriste a frappé même à Médine. Comment expliquez-vous cela sachant que le wahhabisme est la doctrine officielle de l’Arabie Saoudite ?

Pour les profanes, cela peut paraître effectivement paradoxal mais pour les spécialistes, c’est tout à fait dans la logique des choses. Le fondateur de cette religion (Ibn  Abd Al Wahhâb) a toujours été contre la vénération du Prophète et contre le culte des saints de façon générale.

C’est une forme de dévotion condamnable à ses yeux. Il a toujours été question pour cette secte de démolir le fameux Dôme vert qui surplombe le mausolée du Prophète ou, à tout le moins, le déplacer ailleurs et le réenterrer dans l’anonymat, comme ce fut le cas pour le cimetière de Djennet el baqî, réduit en poussière après l’effondrement du califat en 1924 suite à de nombreuses campagnes militaires menées par Constantinople contre les adeptes d’Ibn Abd Al Wahhâb au prix de plus d’un demi-million de morts.

Lors de nos échanges électroniques préalablement à cet entretien, vous dénonciez une forme de complicité mondiale avec cette secte. Comment s’exprime cette complicité des puissances mondiales avec l’Internationale wahhabite ?

Nous observons à cet égard une certaine complicité ou du moins un silence coupable, voire une instrumentalisation irresponsable et une manipulation tout à fait malsaine. Quand on persiste à parler de «terrorisme islamiste» alors que les premières victimes du terrorisme sont des musulmans, il y a matière à s’interroger.

A un moment donné, il faut appeler un chat un chat et dire que l’humanité entière est en guerre menée non pas par l’islam mais contre l’islam.
Il faut prendre compte de cela si on veut prétendre à chercher des solutions ou des possibilités de sortie de cette crise mondiale sans précédent qui devrait pouvoir, au lieu de nous diviser, nous rendre solidaires. Il y a eu certes des attentas condamnables à Paris, à Bruxelles, à Munich, qui nous ont plongés tous dans la peine et la détresse. Mais que dire des attentas qui ont frappé Istanbul, Ankara, Kaboul, Islamabad, Bagdad et Tunis ? Sans parler de ce que ce qui se passe avec Boko Haram en Afrique.

Peut-on rationnellement qualifier de terrorisme islamiste les mosquées explosées dans le Caucase, les manuscrits de Tombouctou incendiés, le tombeau du Prophète profané à Médine, les sanctuaires soufis démolis en Syrie et les mausolées chiites dynamités en Irak ? Avec tout ça, peut-on honnêtement parler de terrorisme islamiste ?      
   
Dans cette gamme-là qu’on a parfois du mal à cerner en parlant du spectre islamiste, le wahhabisme représente un mouvement complètement à part, selon vous, qui se distingue y compris de ce qu’on appelle le salafisme, avec toutes ses variantes ?

A mon sens, le wahhabisme, c’est la version moderne du salafisme lequel date d’Ibn Taymiyya ; donc, c’est un courant plus ancien mais qui était resté marginal, honni par le peuple et étroitement surveillé par les souverains éclairés de l’islam médiéval. Aujourd’hui, on a en face de nous un néo-salafisme conquérant, parrainé et soutenu financièrement et militairement par des Etats, ce qui n’était pas le cas dans le passé.

Un salafisme qui, on le voit, est très offensif et avec lequel on n’a rien à négocier. Les salafistes d’avant se contentaient d’une forme passive de ségrégationnisme envers les non-salafistes. Aujourd’hui, on assiste à une forme active de ce dogme fatal qui consiste à ôter la vie d’abord aux musulmans qui ne sont pas wahhabites, puis aux non-musulmans tout court. Par conséquent, personnellement je ne fais pas de différence entre salafisme et wahhabisme.

Quelle appréciation faites-vous de la réponse antiterroriste apportée par les pays occidentaux, je pense particulièrement à la campagne militaire engagée contre Daech en Irak et en Syrie ?

Il s’agit tout au plus d’un antalgique qui peut durer un certain temps, puis la crise finit toujours par refaire surface. On gagne peut-être un combat dans un endroit, mais le mal reprendra à un autre endroit. La doctrine wahhabite est plus que jamais à l’œuvre. Elle est à l’œuvre dans les mosquées, dans les écoles, dans les médias, dans les chaînes de télévision, sur internet. Bref, il y a un travail d’endoctrinement qui se fait à grande échelle et au grand jour.

Cela se fait à visage découvert et personne n’ose arrêter cette machine infernale. La formation au wahhabisme est omniprésente partout dans le monde. Il y a beaucoup d’argent qui est investi dans ce terreau. Prenez le cas des Balkans.

C’est une région qui était très ancrée dans la tradition soufie. Observons ce qui se passe au Kosovo, où l’on commence à assister à un sérieux conflit de génération entre les jeunes wahhabisés et les anciens qui étaient plutôt de sensibilité soufie. Le même phénomène s’observe chez les musulmans d’Asie centrale qui n’étaient pas, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, infectés par ce virus.

Cela touche plus les jeunes qui sont en relation avec les nouvelles technologies. Le wahhabisme est une religion de type pavlovien. Et ça marche ! C’est parce qu’il y a un recul des valeurs culturelles et spirituelles. Il y a tout cet aspect des choses qui a fait que les jeunes se replient sur une manière de faire très mécanique.

C’est une forme d’automatisme qui plaît aux jeunes et aux adolescents. On assiste présentement à un phénomène nouveau qui consiste à voir des jeunes s’autoproclamer bombes humaines sans même avoir à suivre un cursus «djihadiste», quoique je n’aime pas le mot «djihadiste» qui est utilisé à tort et à travers dans une certaine terminologie occidentale.
Car si djihad il y a, il ne doit s’appliquer qu’aux Palestiniens qui mènent une résistance légitime pour leur liberté face à une force d’occupation qui pratique le terrorisme d’Etat, un conflit qui, non seulement alimente l’instabilité dans le monde mais justifie la rhétorique des marchands de la mort. Il y a ainsi une récupération de ces termes à laquelle je n’adhère pas du tout. C’est simpliste et réducteur. Ça veut dire quoi «radicalisation» ? Moi je dirais «wahhabisation», point barre.

Un autre mot d’ordre revient régulièrement, c’est «réformer l’islam». Qu’en pensez-vous ?

A bien y regarder, c’est le wahhabisme qui représente l’islam réformé ou plutôt «déformé», et c’est le retour à la tradition musulmane ancestrale qui nous serait salutaire. Cette tradition qui n’a pas été corrompue, n’a pas été contaminée par ce système de pensée basé sur l’exclusion de l’autre qui est venu avec cette réforme déviante de l’islam qui a égaré des générations de musulmans.

Ce qu’il faut, c’est un retour au fond de la tradition spirituelle. Aujourd’hui, on assiste à une «déspiritualisation» de l’islam voire une déshumanisation de celui-ci. D’ailleurs, l’islam n’est plus une religion dans le sens propre du terme.

Dans nos mosquées, ce n’est plus l’islam qui est pratiqué mais plutôt la religion wahhabite qui est pompeusement célébrée. Il y a un recul de la spiritualité, il y a une fétichisation, une pavlovisation des rites et des pratiques. La religion devient une idéologie qui donne lieu à un phénomène nouveau qui est le terrorisme transfrontalier, et qui ne ménage pas les musulmans, je le dis et je le répète, lesquels sont les premières victimes de cette Internationale salafiste. Il faut opérer un retour aux valeurs originelles de l’islam qui est une religion de paix, de miséricorde et de douceur. Il suffit de méditer notre formule de salutation (salâm) qui consiste à offrir la paix à son interlocuteur pour s’en convaincre.

Vous être membre fondateur de l’Union mondiale du soufisme, créée à l’issue du Congrès mondial sur le soufisme qui s’est tenu récemment à Mostaganem. Vous nous disiez en marge d’un colloque sur Ibn Arabi que le soufisme était le meilleur vaccin pour s’immuniser contre le terrorisme. Comment la pensée soufie peut-elle contribuer à stopper cette déferlante de violence ?

Ce n’est pas un hasard si l’Union mondiale du soufisme a vu le jour en Algérie. Notre pays dispose d’un patrimoine soufi particulièrement important et très anciennement enraciné. L’Union espère, pour ainsi dire, apporter une réponse positive aux divisions qui tourmentent le monde musulman en proposant un discours fédérateur et unificateur, lequel discours s’inscrit naturellement dans un esprit soufi qui est par essence transdoctrinaire puisqu’il est présent dans pratiquement toutes les obédiences de l’islam. Lors de ce congrès, il y avait les représentants d’une quarantaine de pays musulmans, y compris chiites, sans discrimination aucune.

C’est une initiative œcuménique louable qui a une portée très symbolique et très bénéfique à long terme. C’est une manière de dire qu’en Algérie nous voulons construire et non démolir, rassembler et non diviser. Les soufis sont présents partout dans le monde, mais c’est la première fois dans l’histoire que l’occasion leur est offerte pour se fédérer et se constituer en réseau mondial.

Cela étant dit, les soufis ne se réunissent contre personne, mais agissent en faveur de tout le monde. Le but n’est pas de combattre qui que ce soit ni d’exclure personne. Le soufisme est un espace qui accueille l’autre, y compris les égarés. Il ne fonctionne pas dans une logique d’exclusion ou d’élimination. Cette structure internationale initiée et présidée par le Dr Chaâlal, par ailleurs président de l’Union nationale des zaouïas d’Algérie (UNZA), représente une lueur d’espoir.

L’Union mondiale du soufisme se veut une invitation aux gens bien-intentionnés pour qu’ils se rassemblent autour d’un principe fondamental qui est celui de la quête de Dieu. Car, il est vrai qu’on a souvent tendance à oublier Dieu dans toute cette affaire. Le wahhabisme ne parle pas de Dieu, il n’y est question que d’anathème et de condamnation. Comment fractionner la communauté humaine quand le Coran s’adresse à l’humanité toute entière ?

Cette dimension universelle, on l’avait presque perdue. Heureusement, le soufisme est là pour nous le rappeler en se posant au chevet de l’islam pour répondre aux défis de l’heure avec sagesse et délicatesse. Il y a tout un travail qui se fait pour sensibiliser les jeunes aux valeurs humanistes qui sont remises en cause partout dans le monde avec, à la clé, la banalisation de la mort. Notons que ceux qui font ébranler la planète sont des jeunes adolescents ayant grandi avec des jeux vidéo d’une extrême violence tels que «Meurtre à la tronçonneuse». Il est important de bien analyser les causes de ce mal profond.

Il convient d’y apporter des réponses sociologiques, psychologiques, éducatives, spirituelles, et essayer de renouer les liens entre les générations. Il y a une nette rupture générationnelle observée partout de par le monde. C’est sur les causes qu’il convient de se pencher et non pas sur les conséquences. Je n’exclue pas bien entendu la réponse sécuritaire qui est, certes, nécessaire mais pas suffisante si elle n’est pas accompagnée d’une réflexion profonde et sincère sur la logique et le fonctionnement de ce phénomène.

Les éditions Alem El Afkar viennent de rééditer Chajarat el Kawn (L’Arbre du monde) d’Ibn Arabi, un travail éditorial que vous avez accompagné d’une introduction. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur Ibn Arabi et l’Algérie ? Comment rendre son œuvre plus accessible chez nous ?

Il y a eu, souvenez-vous, ce colloque organisé à Alger à l’occasion du 850e anniversaire de la naissance d’Ibn Arabi, événement célébré par les éditions Librairie de philosophie et de soufisme. C’était le jaillissement de cet élan envers un personnage qui est à certains égards algérien et bien de chez nous puisqu’il était de mère tlemcénienne et son épouse était issue d’une famille bougiote établie à Séville. Ibn Arabi considérait par ailleurs Sidi Boumediène comme son maître spirituel.

D’ailleurs, la raison de sa première venue en Algérie était de pouvoir le rencontrer, mais Sidi Boumediène était déjà mort. Il a séjourné à Béjaïa, et là il eut des révélations et des éclosions spirituelles qui, par la suite, ont donné lieu à cette prodigieuse somme ésotérique qui est Al Futûhat Al Mâkiyya composée de treize volumes et rédigée sur 40 ans. Six siècles plus tard, l’Emir Abdelkader, dernière grande figure de cette Ecole akbarienne, quand il arrive à Damas, demande à séjourner dans la demeure d’Ibn Arabi et à être enterré près de sa tombe.

L’Emir prend l’initiative d’envoyer une mission scientifique pour faire établir le manuscrit des Futûhat qui était conservé à Konya. Et c’est grâce à lui que la première édition post-mortem des Futûhat a vu le jour en Egypte en 1911, financée par ses soins.

Par ailleurs, il faut considérer Kitab El Mawakif (Le Livre des Haltes) de l’Emir Abdelkader comme un condensé précieux des Futûhat. A la lumière de ces faits, l’Algérie est tout à fait dans son droit de se réclamer du patrimoine spirituel d’Ibn Arabi qui est un patrimoine étonnant pour les non-musulmans de par son ouverture d’esprit, sa tolérance et sa modernité, quoique je n’aime pas trop le mot «tolérance».

Dans l’islam, il est plutôt question de reconnaissance de l’autre alors que le mot «tolérance» suggère qu’on puisse accepter ce que l’on devrait normalement refuser. Pour le soufisme, l’autre c’est notre propre miroir. On y trouve aussi cette théorie de l’homme accompli qui englobe toutes les différences et les contradictions. De ce fait, l’autre devient nous et on n’a pas à le tolérer puisqu’on ne peut pas se «tolérer» soi-même. L’autre étant considéré comme une parcelle de Dieu, toutes ces individualités procèdent au final d’une même nature, ce manteau de Dieu dont parlent les maîtres de la sagesse (El kawn khil‘ât Allah).

Pour revenir à ce travail éditorial qu’on a commencé initialement avec les éditions Librairie de philosophie et de soufisme, là on touche d’autres éditions comme celle de Alem El Afkar qui s’est inscrite dans cette heureuse dynamique et qui veut reprendre et rééditer à son tour les œuvres d’Ibn Arabi, d’El Ghazâli et d’autres grandes figures du soufisme parues au début du siècle dernier avant de tomber dans l’oubli, afin de permettre au lecteur algérien d’avoir la possibilité de lire autre chose qu’Ibn Taymiyya (un personnage inconnu de nos parents et de nos grands-parents) et de susciter ainsi une certaine pluralité du discours. Il y a un vide déplorable qui a été rempli par une littérature qui n’est même pas de chez nous, je le dis sans chauvinisme aucun.

Mais on devrait quand même pouvoir se lire avant de lire les autres ne serait-ce qu’à titre comparatif et commencer par diffuser la parole d’Ibn Arabi, de l’Emir Abdelkader, ou encore celle de Sidi Boumediène. Par bonheur, les poèmes de Sidi Boumediène, qui sont toujours chantés dans la musique andalouse, vont paraître prochainement dans une luxueuse édition de la Librairie de philosophie et de soufisme.

Citons aussi la poésie de Sidi Lakhdar Benkhelouf, chantre du Prophète et saint-patron de Mostaganem. Il y a donc quelque chose qui a échappé à cette nébuleuse wahhabite et il faut bien reconnaître que c’est la culture populaire qui a pris en charge notre culture spirituelle, celle-ci étant censurée dans les mosquées qui avaient opté pour un discours inféodé à la propagande wahhabite. Contrairement à ce soi-disant islam savant, il y a heureusement notre islam populaire qui est resté fidèle à l’esprit du Coran.
Je termine, si vous le permettez, par un mot sur la symbolique de Chajarat el Kawn. Elle est importante dans la mesure où cet arbre cosmique incarne cet élan de rahma dont nous parlions un peu plus haut. Il n’y en a pas deux, il y a un seul arbre avec son versant opposé vers le bas. C’est l’arbre primordial. Sous cet arbre mohamadien, il y a de la place pour tout le monde. Ibn Arabi, l’Emir Abdelkader ont porté ces valeurs universelles avant l’heure. Ils étaient dans une démarche humaniste, œcuménique, conformément à l’enseignement spirituel du Prophète. Ils étaient ouverts sur le monde et portaient un message fédérateur, pas sectaire. On gagnerait beaucoup à les connaître.

En témoignent les fameux vers d’Ibn Arabi dans Torjoumane El Ashwâq : «Mon cœur devient capable de toute image / Il est prairie pour les gazelles / Couvent pour les moines / Temple pour les idoles / Mecque pour les pèlerins / Tablettes de la Torah et livre du Coran / Je suis la religion de l’amour / Partout où se dirigent ses montures / L’amour est ma religion et ma foi.» 

Bio express

Docteur d’Etat en anthropologie des religions, Zaïm Khenchelaoui est diplômé de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris). Il est directeur de recherche au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques d’Alger (CNRPAH), membre du comité de rédaction du Journal of the History of Sufism (Paris), de la revue Occidentalisme (Beyrouth), ainsi que de la revue Problèmes de la philosophie orientale de l’Académie nationale des sciences d’Azerbaïdjan. Il a travaillé au Centre de recherches sur l’histoire, l’art et la culture islamiques à Istanbul (Organisation de la coopération islamique), participe en tant qu’expert international auprès d’organisations mondiales dans le dialogue des cultures et des civilisations.


Il est l’auteur de plusieurs articles portant sur le soufisme et les religions comparées, publiés dans des revues spécialisées de renommée mondiale, ainsi que plusieurs travaux scientifiques édités aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. Zaïm Khenchelaoui est également membre fondateur de l’Union mondiale du soufisme.


jeudi 15 septembre 2016

Actualité - Poutine veut en finir avec l’Arabie saoudite








http://lesobservateurs.ch


Michel Garroté - Pas un mot dans "notre" presse (qui d'ailleurs n'est plus la notre depuis fort longtemps). Pourtant l'évènement est de la plus haute importance : une conférence s’est tenue à Grozny, en Tchétchénie, du 25 au 27 août. Cette conférence marque très clairement le rapprochement entre la Russie et l'Egypte en vue de neutraliser l'islam extrémiste de l'Arabie saoudite.

-
La conférence s'est déroulée sous l’égide conjointe de Vladimir Poutine et du président d'Egypte le maréchal Sissi, avec la présence du Grand Imam d’al-Azhar, du grand mufti d’Egypte, du conseiller de la présidence égyptienne, du représentant de la commission des affaires religieuses du Parlement égyptien, du grand mufti de Damas, du président tchétchène Ramzan Kadyrov (un soufi), du prédicateur yéménite Ali al-Jiffri.
-
Il y avait ainsi, à la conférence de Grozny, 200 dignitaires religieux, oulémas et  penseurs islamiques, venus d'Égypte, de Syrie, de Jordanie, du  Soudan et d'Europe.
-
L'un des  buts de la conférence était de réunir le plus grand nombre possible de responsables musulmans pour condamner le wahhabisme saoudien qui conduit au terrorisme. Le but de la conférence était aussi de définir la véritable identité de la communauté sunnite. Une liste des mouvements authentiquement sunnites a été dressée, liste de laquelle est exclu le wahhabisme d’Arabie saoudite.
-
Exclusion motivée par la nécessité, pour l’idéologie officielle d’Arabie saoudite, de cesser sa façon de dénaturer la vraie signification du sunnisme, sachant que ce concept a subi, en Arabie saoudite et ailleurs, une déformation dangereuse, notamment avec les efforts déployés par les extrémistes saoudiens pour vider le sunnisme de son sens, pour le récupérer et pour le réduire à leur perception, avec les dérives terroristes que l'on sait.
-
La conférence a proposé la création - en Russie - d’une chaîne de télévision qui concurrencera al-Jazira, qui transmettra le vrai message de l’islam sunnite et qui combattra l’extrémisme et le terrorisme. La conférence a également proposé la création d’un centre scientifique en Tchétchénie pour surveiller et étudier les groupes contemporains, pour réfuter et critiquer scientifiquement la pensée extrémiste.
-
La conférence a insisté sur la nécessité de revenir aux écoles de grande connaissance, en clair aux institutions religieuses sunnites telles que l'université d'Al-Azhar en Égypte,  l'université Qarawiyin au Maroc, l'université Zaytouna en Tunisie et l'université Hadramawt au Yémen. La conférence a exclu les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l'Université islamique de Médine.
-
Une des recommandations adressées par la conférence  aux institutions sunnites a été d'offrir des bourses à ceux qui s'intéressent aux études de la charia, afin de contrer les études menées par l'Arabie saoudite qui promeut le takfirisme. La conférence a en outre rappelé que le wahhabisme s'inspire de la pensée d'Ibn Taymiyya, qui est mort en prison en 1328, après avoir été déclaré déviant par les érudits sunnites de son temps.
-
La conférence a également dénoncé Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab, qui avait fait couler le sang des musulmans, en ressuscitant la doctrine taymiyienne au XVIIIe siècle. Son mouvement avait été immédiatement condamné par l'ensemble du monde sunnite comme une résurgence du kharidjisme, en clair, une déviance extrémiste.











samedi 22 février 2014

« Nous croyons tous au même Dieu » - Farid-hadhrat Salman



La mosquée Qolşärif (également appelée Qol Sharif, Kol Sharif, Qol Sherif, en tatar : Колшәриф мәчете et Kul Sharif, en russe : мечеть Кул-Шариф)  est un édifice religieux de la ville de Kazan en Russie.  Source Wiki

Interview par Daria Gonsales, La Russie d’Aujourd’hui


Farid-hadhrat Salman, chef du Conseil des oulémas (théologiens musulmans) du Muftiat russe, évoque les moyens pour lutter contre la propagande du wahhabisme ainsi que les litiges entre les communautés des islamistes russes et le Tatarstan, une république musulmane située au cœur d’un État orthodoxe.

Peut-on dire que la confrontation entre les musulmans et les chrétiens orthodoxes s’intensifie ces derniers temps en Russie ?

Jugez vous-même : la télévision russe a récemment annoncé que 20% des habitants d’ethnie russe du territoire de Stavropol (sud) ont quitté cette région. En outre, des non-musulmans quittent la république du Daghestan (Caucase du Nord). Je ne voudrais pas que la même situation se reproduise au Tatarstan. Si cela arrive, notre pays s’effondrera.

Au Tatarstan, tout est calme, et le secret est dans la mentalité nationale du peuple tatar, qui est connu pour sa tolérance. Nous avons toujours été de paisibles voisins pour les chrétiens orthodoxes comme pour les juifs. Mais ces derniers temps les jeunes perdent cette tolérance. Pour le voir, il suffit de jeter un regard sur les sites web consacrés à l’islam. Pour un site « traditionnel » sur l’islam, vous trouverez plus d’une vingtaine de sites des wahhabites et des salafistes.

Comment les islamistes radicaux ont-ils pénétré le Tatarstan ?

C’est un problème de l’ensemble de la Russie : des adeptes de l’islam radical affluent vers notre pays. Il s’agit principalement des travailleurs migrants, qui arrivent chez nous des ex-républiques soviétiques : Tadjikistan, Ouzbékistan, Kirghizstan ou Kazakhstan. Leur migration vers la Russie n’est pas contrôlée car il n’y a pas longtemps nous étions tous membres de l’URSS et les frontières ne nous séparaient pas. Lors des manifestations des islamistes radicaux au Tatarstan, je voyais beaucoup de gens qui brandissaient les drapeaux noirs des islamistes, et ce n’étaient pas des Tatars ou des Russes, mais des Tadjiks et des Ouzbeks.

Cependant, une interdiction d’entrée pour les ressortissants d’Asie centrale ne permettrait pas de résoudre la crise.

Par exemple, le Tadjikistan pourrait bientôt devenir un centre de l’islamisme radical. Le pays a déjà commencé à « flirter » avec le Qatar, un fournisseur très puissant du radicalisme vers de nombreuses régions du monde. Le Qatar a notamment investi plusieurs millions d'euros dans le développement des infrastructures des banlieues parisiennes. Les immigrés venus des pays musulmans subissent à Paris la propagande des prêcheurs qataris. Cela pourrait représenter une menace pour nous, car le Qatar débloque des fonds importants pour financer des écoles et exporter de la littérature salafiste vers l’Europe, en particulier vers l’Espagne, l’Italie et la France. La Russie ne peut pas résoudre toute seule ce genre de problèmes.

Quelles contradictions surgissent au sein des communautés musulmanes et pourquoi ?

Il existe une question théologique très délicate, qui surgit tôt ou tard chez toutes les confessions dans notre pays : doit-on utiliser durant les cérémonies la langue russe ou la langue arabe ? Selon le dogme, nous devons utiliser dans nos sermons la langue maternelle du pays où l’on prêche.

Les Tatars étaient le premier peuple musulman sur le territoire de notre pays. C’est pourquoi, il y a une tradition ancienne selon laquelle les musulmans de toute la Russie – de Kaliningrad à Sakhaline – utilisaient la langue tatare. Tout d’abord, c’est le tatar, puis c’est la langue officielle du pays. Rien de nouveau : dans la Mosquée Baitul Futuh, par exemple, les imams donnent les sermons en arabe, puis en anglais.

Actuellement, à la suite de la migration interne et externe, la composition ethnique et confessionnelle des musulmans russes a considérablement changé.

Je travaillais comme mufti sur la péninsule de Yamal (nord), la moitié des musulmans locaux sont des Tatars, et les autres sont des Caucasiens. Les Caucasiens ne comprennent pas des sermons en tatar. Alors actuellement, quelques années après mon départ, presque toutes les villes de la péninsule, sauf deux ou trois peut-être, ont arrêté d’utiliser le tatar dans les cérémonies. Dans plusieurs régions russes, le sermon ne se fait plus en tatar et c’est une violation des dogmes.

En même temps, il y a maintenant beaucoup de muftis et d’imams qui estiment qu’il faut faire les sermons uniquement en russe. Cela peut provoquer des contradictions au sein des communautés musulmanes, un problème non pas ethnique, mais mental, théologique.

Les muftis qui décident eux-mêmes de la langue à utiliser pour les sermons, qui les contrôle ?

Dans l’islam traditionnel, il existe un modèle très concret : il y a un mollah, imam ordinaire, qui se subordonne à un ecclésiastique de rang supérieur, qui est à son tour subordonné au mufti principal.

Les islamistes radicaux croient que l’imam peut être choisi par la foule. Et le choix de la foule se base rarement sur la raison et la logique.

Quelles sont vos prévisions sur les relations entre les confessions ?

L’année dernière, j’ai pris part à une conférence internationale consacrée à la persécution des chrétiens au Moyen-Orient et au Proche-Orient. Personnellement, je n’approuve pas les musulmans qui se convertissent au christianisme, mais c’est leur affaire privée. Un Pakistanais chrétien m’a raconté durant la conférence que les islamistes radicaux éliminent les chrétiens au Pakistan. C’est absolument inacceptable !

Le Prophète, que la prière et la paix d'Allah soient sur lui, a prédit qu’avant la fin du monde, la maladie entrerait dans chaque famille arabe (à l’époque, l’islam n’était répandu que parmi les Arabes). Mais il ne parlait pas d’un virus ou d’une infection, il s’agissait d’une maladie idéologique. Les gens se détourneront de la vérité et adopteront des positions radicales. Ce sera une impasse. Pour l’éviter, il faut comprendre : nous tous croyons en Dieu de différentes manières, mais nous croyons tous au même Dieu. 

Farid-hadhrat Salman, chef du Conseil des oulémas (théologiens musulmans) du Muftiat russe


lundi 13 mai 2013

Les Ijazas de Ibn Baz et de Al-Albani - Sheykh Nuh Ha Mim Keller


 


 


Par Sheykh Nuh Ha Mim Keller

 

Question :

Les Salafis affirment que Ibn Baz et Al-Albani ont des ijazas [1] provenant de grands shouyoukh [2]. Ils disent que Al-Albani a obtenu une ijaza de certains shouyoukh en Syrie, avez-vous des informations à ce sujet?

Réponse :

Notre professeur de hadith, Sheykh Shu‘ayb al-Arna’ut, nous a dit, à ma femme et à moi-même, que Sheykh Nasir al-Albani a appris sa science du hadith à partir des livres et des manuscrits de la Bibliothèque Dhahiriyya à Damas, et suite à ses longues années de travail sur les livres de hadith. Il n'a obtenu aucune part significative de ses connaissances à partir de savants du hadith vivants. Selon Sheykh Shu'ayb, c’est pour la bonne raison qu'il n'y avait personne à Damas à l'époque qui connaissait bien le hadith, et qu’il n'a voyagé nulle part ailleurs pour apprendre. J'ai entendu des Salafis dire qu’il avait reçu une ijaza d'une personne en Syrie, mais cela ne peut venir (selon Sheykh Shu'ayb) que d'une personne ayant une connaissance beaucoup moins importante que la sienne.

Je crois Sheykh Shu'ayb à ce sujet, parce que sa famille, comme celle de Sheykh Nasir (Al-Albani), étaient des Albanais ayant émigré à Damas lors de la chute de l'Empire Ottoman, et ils se connaissent tous assez intimement. Le sentiment que l’on a, est que le père de Sheykh Nasir, Sheykh Nuh al-Albani, était un Hanafi à ce point strict qu'il fit naitre une sorte de réaction excessive chez Sheykh Nasir Al-Albani, non seulement contre Abu Hanifa et son madhhab, mais également contre les shouyoukh Islamiques traditionnels. Selon Sheykh Shu'ayb, Sheykh Nasir (Al-Albani) a étudié le Tajwid (récitation du Coran) et peut-être le livre de fiqh hanafite élémentaire Maraqi al-falah [l'ascension au succès] avec son père Sheykh Nuh al-Albani et il reçu (éventuellement) d'autres enseignements en fiqh Hanafite de Sheykh Muhammad Sa'id al-Burhani, qui enseignait à la mosquée Tawba, dans le quartier des Turcs du côté du Mont Qasiyun, près de la boutique du père de Sheykh Nasir (al-Albani). Par la suite, Sheykh Nasir (al-Albani) constata que son temps pourrait être dépensé de façon plus rentable au côté des livres et des manuscrits de la Bibliothèque Dhahiriyya et dans la lecture d’ouvrages à des étudiants, il n'assista plus alors à aucun autre cours.

Quant à son ijaza ou « certificat d'apprentissage », Sheykh Shu‘ayb nous dit qu'elle fut obtenue lorsqu’un savant du hadith d'Alep, Sheykh Raghib al-Tabbakh, était en visite à la Bibliothèque Dhahiriyya à Damas, et que le Sheykh Sheykh Nasir (al-Albani) lui fut signalé comme un étudiant du hadith prometteur. Ils se sont alors rencontrés et ont discuté. Le Sheykh l’a alors autorisé « dans toutes les chaînes de transmission qu’il a été autorisé à rapporter », c'est-à-dire une ijaza générale, bien que le Sheykh Nasir n'ait jamais assisté aux enseignements du Sheykh ou lu des livres de hadiths avec lui. Sheykh Raghib al-Tabbakh possédait des chaînes de shouyoukh remontant aux principaux ouvrages de hadith, tels que Sahih al-Bukhari, les Sunan d'Abou Dawoud, et avait donc une chaîne remontant de manière ininterrompue jusqu’au Prophète pour ces livres. Mais c'était une autorisation (ijaza) de tabarruk, ou « pour la bénédiction », et non pas un « certificat d'apprentissage », car Sheykh Nasir (Al-Albani) n’est pas allé à Alep pour étudier auprès de lui et Sheykh Raghib al-Tabbakh n'est pas venu à Damas pour lui donner des cours.

Ce type d'autorisation (ijaza), de tabarruk, est une pratique de certains savants traditionnels : donner une autorisation afin d'encourager un étudiant qu’ils ont rencontré et apprécié, qu'ils trouvent doté de bonnes connaissances, ou qu’ils espèrent voir devenir savant. La raison pour laquelle je connais l'existence de telles ijazas, c’est parce que j'en possède une du savant Mecquois du hadith Sheikh Muhammad ‘Alawi al-Maliki, qui m'autorise à rapporter « toutes les chaînes de transmission que moi-même [Muhammad ‘Alawi al-Maliki] j'ai été autorisé à rapporter par mes shouyoukh »,ce qui inclue les chaînes de transmission remontant aux Imams du hadith : Malik, al-Bukhari, Muslim, Abu Dawud, at-Tirmidhi, an-Nasa’i, Ibn Majah (La Mecque : Muhammad ‘Alawi al-Maliki, 1412/1992). Bien que mon nom soit sur l'autorisation, et qu'elle soit signée par le Sheykh, cela ne fait pas de moi un savant du hadith comme lui, parce qu'en dehors de certains de ses cours publics, ma connaissance dans le hadith ne vient pas de lui, mais de Sheikh Shu‘ayb, avec qui j'ai effectivement étudié. Plus exactement, Sheikh al-Maliki connaît mes shouyoukh à Damas, il sait que je suis le traducteur de ‘Umdat al-salik [Support du Cheminant] dans le Fiqh Shaféite, nous nous connaissons depuis un certain temps, et il approuve ma méthode. La valeur scientifique de telles ijazas est simplement d'attester du fait que nous nous sommes rencontrés. »

Quant à Ibn Baz, je ne sais pas avec qui il a étudié, mais de par ses émissions diffusées à la radio, je serais très surpris qu’il n’ait jamais étudié avec quelqu'un de non engagé dans ce que lui et ses collègues appellent la da'wa ou « la propagation », c'est-à-dire les révisions de l’Islam prônées par Muhammad ibn 'Abd al-Wahhab.

Comme il est illégal de dire quoi que ce soit de détesté à propos d’un musulman, sauf dans le cadre d’un intérêt admis par la Loi Sacrée, la discussion qui suit ne sortira pas du cadre (a) de chercher à savoir si ces révisions constituent une exagération sectaire se différenciant de l'Islam traditionnel, et (b) s’il est avéré qu’elles sont sectaires, comprendre comment cela influence les déclarations sur lesquelles Sheykh Ibn Baz et Nasir Al-Albani pourraient par ailleurs être suivis.

Je vous mentionne cela, parce que comme vous le savez, certaines personnes s’offensent de l’utilisation du mot Wahhabi et ils ont de bonnes raisons si l'on entend par là qu’ils n'aiment pas l'Islam, ou ne cherchent pas à le pratiquer au mieux de leur compréhension et de leur capacité. Je crois que cela est vrai pour pratiquement tous les groupes séparatistes depuis le début de l'Islam. Pour autant qu'ils ne contredisent pas quelque chose de nécessairement connu dans la religion (nécessairement connu signifiant que n’importe quel musulman saurait répondre si on lui posait la question), on peut dire de tous ces groupes qu’ils ont essayé de comprendre et d'appliquer le Coran et la Sunna, bien que leur compréhension les ait amené à une conclusion erronée. C'est pourquoi les manuels de Shari’a disent des choses comme :

Ils [ceux qui se soulevèrent contre le calife] dépendent des lois Islamiques (parce qu'ils n'ont pas commis un acte qui les met en dehors de l'Islam, ce qui ferait qu’on les considérerait alors comme non-Musulmans. Ils ne sont pas non plus considérés comme moralement corrompus (fasiq), car se rebeller n'est pas une limite critique, mais il s’agit plutôt de leur compréhension qui est erronée), et les avis de leur juge Islamique sont considérés comme juridiquement valides (à condition qu'il ne déclare pas légal d’ôter injustement la vie des Musulmans) si ces avis sont tels qu’on les considérerait comme valides s’ils étaient émis par notre propre juge (Reliance of the Traveller, 594).

Le fait que ces personnes puissent considérer les Musulmans qui ne font pas partie de leur secte comme des non-Musulmans - ce qui est la marque de fabrique des sectes hétérodoxes (Batil) de tout temps et en tous lieux - ne change pas les avis cités ci-dessus, et le calife ou son représentant peut utiliser la force nécessaire pour mettre fin à la discorde. Voici ce que l’on trouve dans Hashiya radd al-muhtar ‘ala al-Durr al-mukhtar sharh Tanwir al-absar [3], dont chaque mot est considéré comme un des éléments déterminants (nass) dans l'école Hanafi :

(Al-Haskafi) : Ceux qui se révoltent contre l'obéissance à l'Imam [c'est-à-dire le calife ou son représentant] sont de trois types :

1/ Les bandits de grand chemin, et leur statut est connu [c'est à dire la peine de mort, s'ils ne se livrent pas avant d'être capturés];

2/ Les rebelles (bughat) contre le califat, dont le statut sera discuté ci-dessous [c'est-à-dire qu'ils sont combattus avec autant de force que nécessaire pour les faire cesser, comme indiqué dans Reliance plus haut];

3/ Les kharijites, c’est-à-dire des hommes avec une force militaire qui se révoltent contre l'Imam en raison d'une interprétation scripturaire erronée (ta'wîl), estimant qu'il est dans un égarement digne de la mécréance (kufr) ou dans la désobéissance à Allâh (ma'siya) qui nécessite qu’ils le combattent, ceci selon leur interprétation erronée des Écritures et qui considèrent comme légitime de prendre nos vies, nos biens, nos femmes comme esclaves et qui considèrent les Compagnons de notre Prophète comme des mécréants. Leur statut est le même que celui des rebelles (bughat) contre le califat: [voir n° 2 ci-dessus] par consensus unanime des savants du fiqh.

(Ibn 'Abidin) : Ses paroles « et qui considèrent les Compagnons de notre Prophète comme des mécréants » ne font pas partie des conditions qui déterminent qu’une personne est un kharijite, mais c’est plutôt une simple clarification sur ce qu’on fait ceux qui se révoltèrent contre 'Ali . Autrement, il suffit d'être convaincu qu’ils considèrent mécréant ceux contre qui ils se battent, comme cela s'est produit de nos jours avec les disciples de [Muhammad ibn] 'Abd al-Wahhab, qui sortirent du Najd en révolte, et prirent les sanctuaires de la Mecque et de Médine. Ils suivaient l'école Hanbalite, mais pensaient qu’ils [eux-mêmes] étaient LES musulmans et que ceux qui croyaient différemment d'eux étaient polythéistes (mushrikin). Sur cette base, ils jugèrent légal de tuer des Musulmans Sunnites (Ahl al-Sunna) ainsi que leurs savants religieux, jusqu'à ce qu'Allâh le Très-Haut mette en déroute leurs forces et que les armées Musulmanes attaquent leurs bastions et les humilient en 1233 A.H. [1818] (Hashiya radd al-muhtar, 4.262).

Le mufti Shafe'ite de la Mecque, Ahmad ibn Zayni Dahlan (m. 1304/1886), historien et savant, a écrit l'histoire de la prise de pouvoir des lieux saints par les Wahhabites dans un certain nombre d’ouvrages, dont l'un, son livre d’histoire en deux volumes intitulé al-Futûhât al-Islamiyya [Les conquêtes Islamiques], donne la description suivante de ce qui est probablement devenu le plus célèbre et certainement le plus meurtrier de leur ijtihad, à savoir que la Sunna du Tawassul (invoquer Allâh par l’entremise de) [4] constitue de la mécréance (shirk) :

Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab a affirmé que son but dans cette école de pensée qu’il a innové était de purifier la croyance en l'unicité d'Allâh (Tawhid), et d'abjurer l’adoration de fausses divinités (shirk) et [de démontrer] que les Musulmans avaient adoré de fausses divinités depuis six cents ans et qu'il leur avait restitué leur religion. Il interpréta les versets Coraniques révélés au sujet des adorateurs de faux dieux (polythéistes) comme se référant à ceux qui adorent Allâh seul, comme [par exemple] la parole d'Allah le Très-Haut :

 

« Y a-t-il un être plus égaré que ceux qui invoquent, en dehors de Dieu, des divinités qui n'exauceront jamais leurs prières jusqu'au Jour de la Résurrection, qui sont totalement insensibles à leurs invocations » [5]

 

Ainsi que Sa Parole :

 

« N'invoque pas, en dehors de Dieu, ce qui ne peut ni te faire du bien ni te nuire, sinon tu serais du nombre des injustes ! » [6]

 

Il y a beaucoup de versets similaires dans le Coran ; ainsi Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab a dit que quiconque cherche l'aide du Prophète ou d'autres personnes parmi les prophètes, les amis d'Allâh (awliya) ou les vertueux, ou bien fait appel à lui ou lui demande d'intercéder, est comme ces adorateurs de faux dieux et donc est inclus dans la généralité de ces versets. Il croyait la même chose à propos du fait de visiter la tombe du Prophète et de tous les autres des prophètes, ainsi que celles des amis d'Allâh, ou encore celles des saints. Il a dit à propos de la Parole d'Allâh le Très-Haut citant les dires des idolâtres à propos du culte de leurs idoles,

« Nous ne les adorons que pour qu'elles nous rapprochent davantage de Lui » [7]

que les gens qui prient Allâh par le biais d'un intermédiaire (Tawassul) sont comme ces adorateurs de faux dieux qui disent : « Nous ne les adorons que pour qu'ils nous rapprochent davantage de Lui ».Il a déclaré que les adorateurs de faux dieux ne croyaient pas leurs idoles capables de créer quoi que ce soit mais plutôt que le Créateur était Allâh le Très-Haut, comme indiqué par la parole d'Allâh : « Et si vous leur demandez qui les a créés, ils diront : ‘Allâh’ » [8]

Et,

«Si jamais tu leur demandes qui a créé les Cieux et la Terre, ils répondront sûrement : ‘Allâh’ » [9]

de telle façon qu’Allâh ne les avait pas jugé pour avoir commis de la mécréance et avoir adoré de fausses divinités, mais plutôt par rapport à leur parole, « que pour qu'ils nous rapprochent davantage de Lui », et qu’en conséquence ces gens [Musulmans qui font le Tawassul] sont comme eux.

Et cela est tout simplement faux, car les Musulmans croyants ne prennent pas les prophètes (Paix sur eux) ou les amis d'Allâh comme des dieux ni n’en font des associés (shuraka’) d'Allâh, mais plutôt ils croient qu'ils sont des esclaves créés qui appartiennent à Allâh et qui ne sont pas dignes d’être adorés.

Quant aux adorateurs de faux dieux à propos desquels ces versets du Coran ont été révélés, ils croyaient que leurs idoles étaient des dieux, et les vénéraient comme tels, même s’ils reconnaissaient qu'ils n'avaient pas créé quoi que ce soit - tandis que les croyants eux, ne soutiennent pas que les prophètes ou les awliya sont dignes d’adoration ou de la divinité et ne les vénèrent pas avec la révérence due exclusivement au Seigneur. Plutôt, ils croient qu'ils sont les serviteurs d'Allâh et Ses bien-aimés, ceux qu'il a élus et choisis et croient que par Les bénédictions qu’Il leur accorde (baraka), Il fait preuve de miséricorde envers Ses serviteurs. Leur intention dans la recherche de bénédictions à travers eux est une miséricorde d'Allâh le Très-Haut, et les preuves qui attestent de la validité de cela sont nombreuses dans le Coran et la Sunna.

Le credo des Musulmans est que le Créateur - Celui qui afflige, Celui qui avantage, Celui qui mérite d'être adoré - est Allâh seul. Ils ne croient pas que quelqu'un d'autre soit Puissant (capable) et ils croient que les prophètes et awliya ne créent rien, ne possèdent aucune capacité de favoriser ou de nuire, mais simplement que par la grâce qu'Allâh leur accorde (baraka), Il fait montre de miséricorde envers les serviteurs créés.

C’est la « croyance » des adorateurs de faux dieux selon laquelle leurs idoles méritaient l’adoration et la divinité qui les rendaient coupable d'associer à Allâh (shirk) des copartenaires et non simplement leur parole : « Nous ne les adorons que pour qu'elles nous rapprochent davantage d’Allâh ». Car c'est seulement lorsqu’il leur fut prouvé que leurs idoles ne méritaient pas d'être adorées, ce qu’ils croyaient pourtant, qu’ils dirent alors pour se trouver une excuse: « Nous ne les adorons que pour qu'elles nous rapprochent davantage de Lui ».

Alors comment Ibn ‘Abd al-Wahhab et ses partisans peuvent-ils considérer que les croyants qui reconnaissent le Tawhid dans son ensemble puissent être comparables à ces adorateurs de faux dieux qui croyaient en la divinité de leurs idoles? Aucun croyant n’est concerné par tous les versets cités ci-dessus, ni par ceux qui comme eux font explicitement référence à des non-Musulmans et aux adorateurs de fausses divinités.

L’Imam Al-Bukhari rapporte de 'Abdullâh ibn ‘Umar (qu'Allâh soit satisfait du père et du fils) qui a relaté que le Prophète a dit lors de sa [prédiction de la] description des Kharijites qu'ils « se serviraient des versets révélés au sujet des non-Musulmans et qu’ils les appliqueraient aux croyants ».

Et dans un autre hadith, également d'après Ibn ‘Umar, le Prophète a dit : « Ce que je crains le plus pour ma Oumma, c’est un homme qui interprète le Coran et l’utilise hors de son contexte » ; ces deux hadiths sont applicables à cette secte.

Si le fait que des croyants invoquent Allâh à travers un intermédiaire (Tawassul) était considéré comme de l’adoration de fausses divinités, cela n'aurait pas été fait d'abord par le Prophète lui-même , ni par ses Compagnons, ni par la Umma Musulmane, du premier au dernier [10].

Ce passage nous montre pourquoi les Wahhabis ont été considérés comme des Kharijites, des hommes qui, comme le note Al-Haskafi ci-dessus, se sont révoltés contre l'imam « en raison d'une interprétation scripturaire erronée (ta'wîl), » estimant qu'il « est dans un égarement digne de la mécréance (kufr) ou dans la désobéissance à Allâh (ma'siya) nécessitant qu’ils le combattent ».

Ce qui met principalement en difficulté leur théorie selon laquelle le Tawassul revient à adorer de faux dieux, c'est le fait qu'il a été enseigné à la Oumma par le Prophète , ce qui explique peut-être pourquoi personne dans les onze siècles de science Islamique qui ont précédé Muhammad ibn 'Abd al-Wahhab n’avait considéré cela comme de la mécréance.

À cet égard, il est impensable que Ibn 'Abd al-Wahhab n'ait pas été informé du fait que son propre Imam [ndt : celui qu’il prétendait suivre], Ahmad ibn Hanbal, ait enjoint son élève le plus remarquable, Abu Bakr Ahmad ibn Muhammad al-Marrudhi (m. 275/888) de faire Tawassul par le Prophète . Al-Marrudhi rapporte le Tawassul du hadith du Compagnon (Sahabi) 'Uthman ibn Hunayf qui contient les paroles : « Ô mon Seigneur ! Je Te demande et je me dirige vers Toi par Ton Prophète Mohammed, le Prophète de la miséricorde. Ô Mohammed ! Je me dirige par ton intermédiaire vers ton Seigneur pour mon besoin afin qu’il soit comblé », que al-Marrudhi rapporte de Ahmad ibn Hanbal, à partir du « chapitre des supplications » de son Kitab al-mansak [Livre de la Umra et du Hajj]. Cela est mentionné par Ibn Taymiya [11] que j'ai plutôt tendance à croire à ce sujet, car il a essayé de réfuter les propos de son Imam à propos du caractère Sunna de cette pratique, mais sans la considérer comme de l’idolâtrie (shirk) ou de la mécréance (kufr), ce que les Wahhabis ont fait quatre siècles plus tard.

Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhab a aujourd'hui disparu, avec les fatwas qu’il a émis et dont le résultat à été les attaques contre la Mecque, Taïf, et Médine dès 1205/1790 par les « réformateurs » qui croyaient que la vie, les femmes et l'argent des Musulmans Sunnites ordinaires qui ne considéraient pas le Tawassul comme du shirk pouvaient légalement être pris par ceux qui le considéraient comme tel. Il n'y a plus de Wahhabites de ce type. Comme l’a dit le roi Fahd (qui, dans l'ensemble, a eu une influence modérée positive) il y a quelques années dans un discours, « Nous ne sommes pas Wahhabites, nous sommes Hanbalites ».

Pourtant, si la « révolte » (selon les propos d’Al-Haskafi) s’en est allée, la « mauvaise interprétation des textes » demeure et son influence intellectuelle reste forte sur tous les aspects de l'institution religieuse en Arabie Saoudite. Bon nombre des idées agressives [ndt : en provenance d’Arabie Saoudite] sont emballées et exportées vers d'autres pays Musulmans sous l'égide d'Ibn Baz et l’accréditation donnée par le soutien de Sheykh Al-Albani et de ceux qui le suivent.

Il s’agit de « révisions » qui visent à changer l'Islam traditionnel et si beaucoup de Musulmans ordinaires ont oublié cela, c'est en raison de l’ampleur avec laquelle ils [les Wahhabis] ont réussi, encouragés par des subventions importantes [ndt : grâce au pétrodollar] et le manque actuel de savants traditionnels ('Ulama) pour enseigner la vérité aux Musulmans. Pourtant, on sent bien qu’ils marquent une phase transitoire, car Allâh a promis de protéger la religion (din) et si les réfutations des savants classiques ont été entendues, ces innovations disparaitront comme neige au soleil. En attendant, les Wahabbis ont programmé des pseudos réformes pour les trois piliers du din, à savoir : l’Islam (la Shari’a), l’Iman ('Aqida), et l’Ihsan (Tariqa). À partir de ces catégories, les « réformes» peuvent être résumées ainsi :

1) L'Islam (Shari’a) : À leur crédit, le mouvement dont nous parlons a ravivé l'intérêt pour le hadith parmi les érudits musulmans du bord opposé. Mais l'accent mis sur hadith et ses disciplines connexes, à l'exclusion des autres sciences Islamiques toutes aussi indispensables à la compréhension de la révélation, telles que la méthodologie du fiqh, ou le conditionnement du hadith selon les principes généraux exprimés dans le Coran, a créé une fausse division dans l’esprit de nombreux musulmans entre le fiqh et le hadith. Et c'est une innovation (bida'a) intellectuelle de l'espèce la plus menaçante pour l'Islam dans lequel n'a jamais accepté l'ijtihad [12] provenant de non-mujtahids [13], ou quoi que ce soit présentant une insuffisance en fiqh (littéralement : la compréhension des points subtils) du hadith.

Une des tristes conséquences de la division faite entre le fiqh et le hadith est la renaissance de la pensée Dhahirite dont nous avons parlé plus haut, avec « l’invalidité de son littéralisme mal placé » dans l'interprétation des textes scripturaires primaires. Un tel littéralisme se produit nécessairement sur une personne formée seulement au Hadith (comme le Sheykh Al-Albani) [notamment] si elle essaie de déduire des avis Juridiques Shari’a sans posséder la maîtrise des outils d'interprétation nécessaires pour relever les défis auxquels sont confrontés les mujtahids, par exemple, dans le raccordement d’entre un certain nombre de hadiths sur une question particulière qui pourtant semble contradictoire, ou encore en ce qui concerne les nombreux autres problèmes intellectuels inhérents à l'ijtihad. Cet ardent Dhâhirisme - en particulier chez les adeptes de Sheykh Al-Albani - a incité certains Musulmans contemporains à croire sérieusement qu’il faille choisir entre suivre « le Coran et la Sunna », et suivre l'une des écoles des Imams Mujtahid [14].

Si le grand mensonge a aujourd'hui gagné en crédibilité c’est uniquement parce que très peu de musulmans comprennent ce qu’est un ijtihad et comment il se fait. Je pense que le remède à cela consiste à familiariser les Musulmans avec des exemples concrets sur la façon dont les Imams Mujtahids arrivent à dériver des avis juridiques de Shari’a spécifiques à partir du Coran et des Hadith. En premier lieu, démontrer l'étendue de leurs connaissances dans le Hadith (Muhammad ibn 'Ubayd Allah ibn al-Munadi [m. 272/886] rapporte que Ahmad ibn Hanbal a déclaré qu'avoir mémorisé trois cent mille hadiths ne suffisait pas pour être un mujtahid), puis en second lieu, démontrer leur maîtrise des principes déductifs qui permettent de joindre entre eux tous les textes primaires. Jusqu'à ce que cela soit fait, les partisans de ce mouvement continueront probablement à suivre l'ijtihad de non-mujtahids (les Shouyoukh qui inspirent leur confiance), sous le slogan « le Coran et la Sunna », comme si l’obligation de les suivre était une notion étrangère aux véritables mujtahids. Les disciples [de cette doctrine] peuvent à la rigueur ne pas être blâmés, car [selon l’expression] « pour quelqu'un qui n'a jamais voyagé, sa mère est l’unique cuisinière ». Mais j’impute la responsabilité aux Shouyoukh qui, quelles que soient leurs motivations, écrivent et parlent comme s'ils étaient les uniques cuisiniers.

2) L’Iman ('Aqida) : L'acceptation et l’adhérence aveugle des opinions d’Ibnou Taymiya et d’Ibn al-Qayyim al-Jawziyya dans la ‘Aqida ont abouti à un certain nombre de conséquences :

L’une d’entre elles est le rejet par Ibn Taymiya de toute expression figurative (majaz) dans le Coran. C’est ce que nous avons nommé plus haut : « littéralisme mal placé ». Ceci a eu pour conséquence de faire naitre l’anthropomorphisme dans les esprits et a permis qu’il se propage un peu partout sous le slogan du « retour à la 'Aqida des premiers Musulmans », alors qu’ils en sont loin.

À cet égard, je parlais récemment avec Mawlana Abdullâh Kakakhail, un savant d'Islamabad spécialiste de la Croyance Islamique (usûl ad-din), qui m'a dit avoir été diplômé de l'Université Islamique de Médine en 1966, et qui peu après, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui, avait été convoqué au bureau du vice-recteur de l'université. Celui-ci exprima sa déception à propos du fait que l'étudiant n'ait pas davantage profité de l’enseignement dispensé dans l’université à propos de la Croyance Islamique ('Aqida). Le vice-recteur dit qu'il savait qu’Abdullâh retournait au Pakistan avec les mêmes principes de foi que ceux avec lesquels il était venu. Ils sont ensuite venus à parler des mutashabihat, c'est-à-dire des versets Coraniques et hadiths dits « équivoques » jusqu'à ce qu’ils en arrivent à parler de la « Main » d’Allâh [15]. « Vous dites », dit le jeune homme au vice-recteur, que : « la main est connue, mais que son comment (kayf) est inconnu ». « Que signifie donc l'inconnu de ce comment ? » Le vice-recteur répondit : « Cela signifie que nous ne savons pas si la main est noire ou blanche, ni si elle est longue ou courte ». Ce vice-recteur se nommait Ibn Baz, et c'est ce qui était proposé à l'époque comme da'wa (appel à l’Islam) - c'est-à-dire une croyance ('Aqida) semblable à celle qui inspira le plafond de la chapelle Sixtine.

Deuxièmement, pour expliquer le fossé béant qui existe entre ce genre d'anthropomorphisme et l'ensemble de la littérature antérieure en matière de Tafsir du Coran, ils ont été obligé de se justifier en expliquant que l'école Ash'ari se serait glissée dans la Umma et aurait altéré la « ‘Aqida des premiers Musulmans (as-Salaf us-Salih) », alors qu’on ne trouve aucune trace de la ‘Aqida que les Wahhabis prétendent être celle des Salafs. Cela a divisé le domaine de la 'Aqida en deux camps : les pros et les anti-Ash'ari, alors que depuis les mille années précédentes, les Musulmans Sunnites s’étaient mis en accord autour de l'orthodoxie des écoles Ash'aris et Maturidis. Pourquoi avoir réparé quelque chose qui n'était pas cassé?

En fait, quand un richissime commerçant de Djeddah a sorti des oubliettes la 'Aqida d'Ibn Taymiya au début de ce siècle en finançant l'impression en Égypte de son livre Minhaj al-sunna al-nabawiyya ainsi que d'autres de ses œuvres, le Mufti d'Egypte Muhammad Bakhit al-Muti‘i, confronté à de nouvelles questions sur la validité de l'anthropomorphisme a écrit : « C’est une discorde (fitna) qui dormait ; qu'Allâh maudisse celui qui la réveille ».

Mais il est vraisemblable que l’héritage le plus malheureux laissé par le mouvement Wahhabi originel est quelque chose qui est maintenant pratiqué du Najd au sous-continent Indien, d'Est en Ouest, à savoir la facilité avec laquelle les Musulmans se qualifient les uns les autres de « mécréants ». Que ce soit à propos d’une question de Fiqh comme le Tawassul, ou sur une question de 'Aqida comme celle que l’on a évoquée plus haut et c'est précisément le sectarisme qu’Allâh nous a interdit dans le Coran par les paroles :

« Ne suivez pas l'exemple de ceux qui, après avoir reçu les preuves, se sont divisés et se sont opposés les uns aux autres. À ceux-là est réservé un châtiment exemplaire » [16].

Le sectarisme de ce genre est quelque chose qui n'existait pas dans l'Islam Sunnite traditionnel durant les mille dernières années, mais il représente plutôt une rupture avec cette tradition. Même si on la justifie au nom d'une « réforme Islamique » ou d’un « retour aux sources de l'Islam », le sectarisme est et demeure le type de bida'a d'égarement à propos duquel le Prophète a dit dans un hadith rapporté par Muslim :

« Quiconque apporte à notre affaire-ci une chose nouvelle non fondée sur elle, verra cette chose rejetée ». [17]

3) L’Ihsan (Tariqa) : Le troisième item de la réforme, poursuivie de manière agressive aujourd'hui encore est la tentative faite pour éliminer du cercle des sciences Islamiques le Tasawwuf ou « soufisme », bien qu’il ne fasse pourtant aucun doute qu'il ait été considéré comme tel par presque tous les savants classiques, et ce, depuis que les sciences religieuses furent pour la première fois retranscrites. Notre époque a vu l'impression et la réimpression de travaux comme des passages du Talbis Iblis [Les ruses de satan] d'Abd ar-Rahman ibn al-Jawzi dans lequel « les Soufis » (dans le sens d’un groupe d'entre eux à son époque) sont critiqués, sans dire en passant qu'un grand nombre des biographies de son ouvrage en cinq volumes Sifa al-safwa [Description des élus] sont celles des mêmes soufis cités in extenso dans Al-Risala al-Qushayriyya l'ouvrage classique de Qushayri sur le Soufisme.

Le Soufisme existe pour la bonne raison que la Sunna que nous avons pour obligation de suivre ne se limite pas seulement aux paroles et aux actes extérieurs du Prophète mais aussi à ses états, comme la confiance en Allâh (tawakkul), la sincérité (ikhlas), la mansuétude (hilm), la patience (sabr), l'humilité (tawadu’), le perpétuel souvenir d'Allâh, et ainsi de suite. Beaucoup, beaucoup de hadiths et des versets du Coran indiquent le caractère obligatoire de la réalisation de ces (et des centaines d'autres) états du cœur, comme indiqué dans le hadith rapporté par Muslim, dans lequel le Prophète dit :

« Quiconque a un atome d'orgueil dans le cœur n'entrera pas au Paradis » [Muslim 1.93]

ou le hadith sahih dans les Sunan d'Abou Dawoud sur le caractère obligatoire d'avoir une présence du cœur dans la prière (salat), dans lequel ‘Ammar ibn Yasir rapporte avoir entendu le Prophète dire,

« En vérité, l’homme quitte (une prière) dont il n’obtient que le dixième de la récompense, le neuvième, le huitième, le septième, le sixième, le cinquième, le quart, le tiers ou la moitié » (Sunan Abu Dawud [N.d. Réimpression. Istanbul: al-Maktaba al-Islamiyya, n.d.] 1.211).

Une réflexion d’une demi-minute suffit à montrer à chacun de nous où nous en sommes sur ces aspects de notre din, et pourquoi en temps normal, aider les Musulmans à atteindre ces états n'étaient pas laissés à des amateurs, mais plutôt délégué à des Ulémas du cœur, les savants du Soufisme Islamique.

Comme dans d’autres sciences Islamiques, des erreurs se sont produites historiquement dans le Soufisme, comme principalement le fait de ne pas reconnaître la Shari’a et les principes de la foi ('Aqida) de Ahl as-Sunna comme étant au-dessus de chaque humain. Mais ces erreurs n’étaient par exemple pas différentes des isra'iliyyat (contes sans fondement des Bani Isra'il) qui se sont glissé dans la littérature exégétique Coranique (tafsir), ou des mawdu'at (hadiths forgés) qui se sont glissé dans la masse des hadiths prophétiques. Pour autant, on ne considère pas cela comme une preuve que le tafsir est mauvais, ou que le hadith égare, mais plutôt, dans chaque discipline les erreurs ont été identifiées et les mises en garde ont été effectuées par les Imams spécialistes de ces matières parce que la Umma avait besoin du reste. Et de telles corrections sont précisément ce que nous trouvons dans des livres comme la Risala de Qushayri, dans l’Ihya d’Al-Ghazali et d'autres ouvrages de Soufisme.

En revanche, les réformateurs de notre époque ont trouvé comme échappatoire de créer des doutes sur le fait qu’il n’y aurait [en fait] véritablement aucune science Islamique permettant d’atteindre la sincérité spirituelle à partir d’une voie méthodique et fondée sur la connaissance. Mais peut-être aujourd'hui, commencent-ils à réaliser que si l’on met fin à toutes les aspirations spirituelles, on ne produira que des Musulmans agressifs n’ayant aucun autre moyen de se sentir plus religieux que part l’argumentation pour prouver à leurs coreligionnaires Musulmans que ces derniers le sont moins qu’eux. Un état peu enviable, décrit dans le hadith du Prophète :

« Aucun peuple ne s’est égaré après avoir été sur la vérité si ce n’est à cause des polémiques »

Pour résumer, le mouvement visant à réformer notre din attaque l'autorité Scientifique qui a toujours soutenu ses trois piliers. Et ils le font dans l’Islam, en retournant le cœur des Musulmans contre les écoles juridiques (madhhabs) qui représentent notre Shari’a; dans l’Iman, en présentant l’anthropomorphisme d'Ibn Taymiya comme « la voie des premiers Musulmans » [ndt : as-Salaf al-Salih], et dans l’Ihsan, en essayant de fermer la porte de la spiritualité Islamique traditionnelle une fois pour toutes.

Sheykh Nasir al-Albani et Ibn Baz sont parmi les sommités principales de ce mouvement, et l’ensemble de la carrière de ce dernier démontre son attachement à ces réformes, que ce soit les publications imprimées sous ses auspices et distribuées à travers le monde, ou bien l’aide financière accordée aux universitaires wahhabis dans le but qu’ils repartent de Médine diplôme en poche vers leur pays d’origine pour ensuite diffuser les enseignements de la secte, relatant inlassablement à quel point seuls peu de Savants Musulmans au cours des milles quatre cents dernières années ont vraiment compris l'Islam comme il a été compris par le Prophète et par eux-mêmes.

Alors peut-être que la meilleure réponse à votre question à propos des ijazas de ces deux hommes est de demander en retour : Quel intérêt le système traditionnel d’ijaza a-t-il donc pour ces réformateurs, alors que sa fonction consiste à ce que les savants traditionnels conservent intacte la compréhension de l'Islam à travers les siècles alors que ces réformateurs ont pour ambition de changer cette compréhension?

 

Notes du traducteur :

[1] Ijaza : Autorisations et certifications délivrées par les Savants à leurs élèves une fois qu’ils ont parfaitement maitrisé la matière ou le livre qui leur a été enseigné.

[2] Shouyoukh est le pluriel de sheykh

[3] commentaire d’Ibn ‘Abidin : le guide du perplexe sur les perles bien choisies d’Haskafi, une exégèse de (Tumurtashi).

[4] En substance, le terme tawassul désigne le fait d’emprunter et de mettre en avant une wasîlah - un chemin ou un moyen - susceptible de rendre les invocations plus recevables auprès d’Allâh à Qui on s’adresse et vers Qui on se dirige.

[5] Qour’an - 46/5

[6] Qour’an - 10/106

[7] Qour’an - 39/3

[8] Qour’an - 43/87

[9] Qour’an - 31/25

[10] Dahlan, al-Futûhât al-Islamiyya [Le Caire: Al-Maktaba al-Tijariyya al-Koubra, 1354/1935], de 2.258 à 59

[11] Qa‘ida jalila fi al-tawassul wa al-wasila [N.d. Réédition. Beyrouth : al-Maktaba al-‘Ilmiyya, n.d.], 98

[12] L'ijtihâd est le jugement résultant de la réflexion du mujtahid.

[13] Le Mujtahid est le savant reconnu par ses pairs, ayant atteint un niveau d’érudition très avancé, lui permettant de prononcer une interprétation personnelle (ijtihâd) sur un point de droit dans l'Islam. Peu de savants ont atteints ce niveau, on compte parmi eux des Imam comme Abou Hanifa, Malik ibn Anas, Ahmad ibn Hanbal, ash-Shafé’i. On estime qu’aujourd’hui il n’existe pas de savants Mujtahid, c’est pourquoi les ‘Ulamas des écoles se réunissent en comité afin de réunir leurs compétences pour étudier les questions nouvelles.
[14] C'est-à-dire les écoles Malikite, Shafé’ite, Hanafite et Hanbalite. Bien entendu suivre l’une de ces 4 écoles est sans nul doute LE meilleur moyen de suivre le Coran et la Sunna.

[15] Qour’an - 48/10 : « La Main de Dieu est au-dessus des leurs »

[16] Qour’an - 3/105
[17] Muslim 3/1343