بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ السلام عليكم و رحمة الله و بركاته
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jeudi 23 février 2017
dimanche 5 février 2017
samedi 1 octobre 2016
Zaïm Khenchelaoui - «On assiste à une déspiritualisation de l’islam»
http://www.elwatan.com
Mustapha Benfodil
Zaïm Khenchelaoui est anthropologue des religions et fin connaisseur du soufisme. Dans cet entretien, il revient sur les derniers attentats revendiqués par Daech en désignant le wahhabisme comme matrice idéologique commune à toutes ces sectes exterminatrices. Le chercheur établit un lien très étroit entre wahhabisme et terrorisme.
«Le
wahhabisme, c’est du terrorisme spéculatif», dissèque-t-il. Zaïm
Khenchelaoui rappelle que les premières victimes de cette
«internationale wahhabite» sont d’abord les musulmans et souligne
l’urgence de s’attaquer au discours takfiriste inhérent à cette
doctrine et répercuté à travers les mosquées, les chaînes de
télévision et internet.
Nous
vivons une séquence terrifiante avec ce chaos destructeur qui est en
train de ravager le monde sous la bannière de Daech. Vous avez
régulièrement pointé du doigt le wahhabisme comme matrice
doctrinale commune à toutes ces phalanges mortifères, qu’elles
s’appellent Daech, Al Qaîda ou Boko Haram. Pour vous, il est
important de ne pas se tromper de diagnostic et de nommer clairement
la doctrine wahhabite comme préalable catégorique si on veut sortir
de cette spirale de terreur…
Ces
désignations sont, en réalité, des franchises d’une même marque
de fabrication qui s’appelle le wahhabisme dont il est la matrice,
le foyer et le fondement théorique. Toutes ces pratiques déviantes
se réclament indûment de l’islam. Mais en vérité, je vous le
dis, cette guerre est menée contre l’islam. Et le point commun
entre toutes ces organisations criminelles, c’est la doctrine
wahhabite.
Ce
phénomène ne concerne que ladite secte. On n’a pas vu des
sunnites dans le sens orthodoxe du terme se faire exploser, encore
moins des soufis. Bientôt va s’écrire dans les larmes et le sang
le troisième centenaire de cette nouvelle religion dont la date
fondatrice remonte à 1744. Dans son livre Le Pacte de Nadjd (Le
Seuil, 2007), l’islamologue tunisien Hamadi Redissi explique très
bien comment cette secte s’est substituée à l’islam.
Quant
au géopolitologue français Jean-Michel Vernochet, il n’a pas tort
de se poser cette question dans son livre Les égarés : le
wahhabisme est-il un contre Islam ? (Sigest, 2013). Maintenant, nous
sommes face à une Internationale wahhabite qui échappe désormais à
tout contrôle. Avec le temps, cette mouvance est devenue une forme
de religion autocéphale disposant de son livre sacré : le
Tawhid (Kitâb at-Tawhîd de Mohammad Ibn Abd Al Wahhâb, ndlr) qui a
supplanté même le Coran.
C’est
un livre qui met hors la loi tous les musulmans qui n’adhèrent pas
au dogme wahhabite, lequel dogme abomine tous ceux qui croient en
cette forme de vénération, de respect et de considération que
l’ensemble des musulmans manifestent à l’égard de leur
Prophète, et qui, aux yeux des tenants du wahhabisme, constitue une
forme de polythéisme blâmable en raison de leur incapacité
cérébrale à faire une lecture allégorique qui est largement
développée chez les autres obédiences de l’islam, notamment les
soufis. L’approche littéraliste et superficielle des wahhabites a
même fini par produire une sorte d’anthropomorphisme qui va à
l’encontre du principe monothéiste du tawhid dont ils se targuent
outrageusement.
Si
je devais faire la synthèse de ce phénomène, je le formulerais
ainsi : le wahhabisme, c’est du terrorisme spéculatif ; le
terrorisme, c’est du wahhabisme opératif. La doctrine de cette
secte est basée essentiellement sur le takfir et donc sur
l’excommunication de tout le monde, à commencer par les musulmans
qui sont les premières cibles à abattre du point de vue wahhabite.
Or,
l’islam est pluriel depuis son apparition et cette pluralité
constitue un fait historique. Il n’est pas question ici de prêcher
une forme monolithique de l’islam ou une lecture unilatérale du
Coran. Ces différents courants de pensée ont coexisté et
continuent à coexister ; ils ne jettent pas l’anathème les
uns sur les autres. Ils ont de ce fait apporté beaucoup de richesse
intellectuelle, non seulement à l’islam mais aussi aux traditions
judéo-chrétiennes.
Quand
on voit les échanges qui avaient eu lieu à Cordoue, à Baghdad ou à
Damas, entre les différentes communautés religieuses, même en
dehors de l’islam, on se pose légitimement la question : que
reste-il de cette coexistence ? Que se passe-t-il aujourd’hui avec
cette secte - parce qu’il faut quand même l’appeler par son nom.
Je dirais même que c’est la secte la plus dangereuse qu’ait
connue l’histoire de l’humanité, et dont on continue
malheureusement à en minimiser la portée.
C’est
une secte d’autant plus ubiquiste qu’elle est présente partout,
non seulement dans nos mosquées mais jusqu’à nos salles de sport.
On voit d’ailleurs que le discours religieux ambiant dans le monde
arabe est fondamentalement calqué sur cette secte. Donc, lorsqu’un
jeune se fait exploser quelque part, il est lui-même une victime, il
est programmé, manipulé par l’imam qui prêche le vendredi près
de chez nous…
Je
ne comprends d’ailleurs pas comment se fait-il qu’on ait mis la
secte de scientologie ou encore celle du Temple solaire sur la liste
des sectes prohibées en France et pas le wahhabisme. Toutefois, il
convient de préciser que cette secte est interdite dans certains
pays, comme c’est le cas dans la Fédération de Russie où l’on
essaie de protéger l’islam, pas seulement avec des sermons
politico-religieux mais aussi par la force de la loi.
Justement, comment empêcher concrètement le wahhabisme d’agir sur les esprits ?
Justement, comment empêcher concrètement le wahhabisme d’agir sur les esprits ?
Cela
passe par la proscription de leur propagande dont la toxicité n’est
plus à démontrer, et qui envahit de plus en plus nos mosquées et
rallie davantage nos imams, que ce soit par un livre, un article, un
enregistrement sonore ou visuel, un site internet ou quelque autre
support que ce soit, pour peu qu’il prêche l’exclusion de
l’autre. Je ne parle même pas de terrorisme.
Un
jeune, s’il est imbibé de cette culture xénophobe, comment
l’empêcher par la suite de mettre en application ce qui lui a été
théoriquement inculqué dans le prêche du vendredi ? Une fois qu’il
est excité contre telle ou telle communauté religieuse, le mal est
fait. Il faut agir en amont, de façon unanime et à l’échelle
internationale. Il faut trouver des méthodologies…
Quand
je dis proscription, je pense aussi au versant constructif en
remettant en valeur les enseignements traditionnels de l’islam qui
existent et qui ont toujours existé. Il ne s’agit pas d’innover.
C’est un enseignement qui est resté enfoui sous des siècles de
poussière, et qu’il convient de remettre au goût du jour. C’est
le cas par exemple du soufisme qui prône l’acceptation de l’autre
dans sa différence et s’applique le devoir de miséricorde,
«rahma», envers toutes les créatures, une notion cardinale en
islam.
C’est
la clé même du Coran qui est dit et annoncé au nom de Dieu, le
Clément, le Miséricordieux. Donc, tout ce qui se fait au nom de
l’islam devrait, en principe, se faire dans la compassion. Dieu
possède au moins 99 noms sublimes, selon la tradition, mais il se
trouve qu’Il S’est choisi en premier lieu l’attribut de
miséricorde, de rahma, auquel certains «musulmans» ne prêtent
malheureusement plus attention.
Vous préconisez donc de réactiver et de promouvoir cet enseignement inspiré de la tradition soufie ?
Vous préconisez donc de réactiver et de promouvoir cet enseignement inspiré de la tradition soufie ?
Certainement.
Il faut noter tout de même que le soufisme n’est pas une
philosophie importée comme on voudrait le faire croire aujourd’hui.
C’est l’islam originel, celui de nos ancêtres qui nous ont
transmis cet héritage et cette sagesse. Nous avons toujours vécu
dans cette rahma. On dit d’ailleurs dans notre langage quotidien
«qalbû mâ fihsh er-rahma» pour désigner un musulman dépourvu de
miséricorde, une façon de le déshumaniser. Un bon musulman ne doit
pas marcher sur terre avec orgueil, mais avec humilité.
Il
y a lieu de méditer ce verset ô combien caractéristique de cette
attitude, et qui n’est jamais évoqué dans nos mosquées : «Les
serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement
sur terre, qui, lorsque les ignorants s’adressent à eux, disent :
Paix.» (sourate 25, verset 63) Il faut méditer aussi cet autre
verset qui dit : «Et Nous ne t’avons envoyé que par compassion
pour l’univers.» Les exégètes précisent que dans ces univers
(au pluriel), il y a les musulmans et les non-musulmans, les humains
et les autres créatures visibles et invisibles, le règne animal,
végétal, etc. Dans cette acception, la nature elle-même est
sanctifiée.
Elle
devient le reflet de Dieu, un rayon de Sa lumière et un signe de Sa
présence, tout comme l’âme humaine, d’où le verset qui
proclame : «Celui qui a tué une âme, c’est comme s’il avait
tué tous les hommes.» Ce verset est précurseur de la doctrine des
droits de l’homme. Selon l’exégèse soufie, le mot «nafs» cité
dans ce verset désigne le souffle de Dieu.
Comme
le souffle de Dieu est consubstantiel, il est présent dans chaque
être humain à part égale. Par conséquent, tuer un seul homme,
c’est comme tuer l’humanité entière. L’âme humaine étant
indivisible, commettre un tel acte équivaut à tuer Dieu Lui-même.
Vous imaginez la gravité de la chose aux yeux du musulman
non-wahhabite ?
Il est frappant de constater que c’est tout de même l’autre discours qui continue à fasciner et à mobiliser des contingents entiers de «militants takfiristes» et pas cette parole-là ; pourquoi ?
Il est frappant de constater que c’est tout de même l’autre discours qui continue à fasciner et à mobiliser des contingents entiers de «militants takfiristes» et pas cette parole-là ; pourquoi ?
Parce
que cette parole, avouons-le, a l’air quelque peu périmée,
vieillotte, aux yeux des jeunes. Parce que les autres ont bien
compris l’importance des nouvelles technologies plus que les
soufis, qui eux sont restés en retrait par rapport aux choses de ce
monde.
La
mouvance soufie n’est pas agressive en ce sens qu’elle ne prône
pas le prosélytisme et le matraquage acharné, comme c’est le cas
pour le wahhabisme. L’islam est un voyage spirituel qui doit
conduire l’itinérant à la présence divine. C’est aussi un
voyage vers soi-même. Il s’agit donc d’un cheminement purement
initiatique. Le soufisme voudrait que le disciple fasse lui-même le
pas vers son Seigneur, sans contrainte, et donc personne ne vient
vous chercher pour vous contraindre ou même vous convier à faire ce
pas.
Or,
à l’autre bord, on note un zèle redoutable doublé d’un pouvoir
financier démesuré. Il faut savoir qu’il y a quand même beaucoup
d’argent qui est investi dans cette «religion virtuelle» qui fait
la guerre à l’ensemble de l’humanité, à commencer par les
musulmans. D’ailleurs, je conteste la formule «terrorisme
islamiste». Il s’agit d’abord et toujours de «terrorisme
wahhabite», et ce terrorisme est présent d’abord sous la forme
d’un discours théorique.
Il est un fait à première vue paradoxal, à savoir que cette organisation terroriste a frappé même à Médine. Comment expliquez-vous cela sachant que le wahhabisme est la doctrine officielle de l’Arabie Saoudite ?
Il est un fait à première vue paradoxal, à savoir que cette organisation terroriste a frappé même à Médine. Comment expliquez-vous cela sachant que le wahhabisme est la doctrine officielle de l’Arabie Saoudite ?
Pour
les profanes, cela peut paraître effectivement paradoxal mais pour
les spécialistes, c’est tout à fait dans la logique des choses.
Le fondateur de cette religion (Ibn Abd Al Wahhâb) a toujours
été contre la vénération du Prophète et contre le culte des
saints de façon générale.
C’est
une forme de dévotion condamnable à ses yeux. Il a toujours été
question pour cette secte de démolir le fameux Dôme vert qui
surplombe le mausolée du Prophète ou, à tout le moins, le déplacer
ailleurs et le réenterrer dans l’anonymat, comme ce fut le cas
pour le cimetière de Djennet el baqî, réduit en poussière après
l’effondrement du califat en 1924 suite à de nombreuses campagnes
militaires menées par Constantinople contre les adeptes d’Ibn Abd
Al Wahhâb au prix de plus d’un demi-million de morts.
Lors de nos échanges électroniques préalablement à cet entretien, vous dénonciez une forme de complicité mondiale avec cette secte. Comment s’exprime cette complicité des puissances mondiales avec l’Internationale wahhabite ?
Lors de nos échanges électroniques préalablement à cet entretien, vous dénonciez une forme de complicité mondiale avec cette secte. Comment s’exprime cette complicité des puissances mondiales avec l’Internationale wahhabite ?
Nous
observons à cet égard une certaine complicité ou du moins un
silence coupable, voire une instrumentalisation irresponsable et une
manipulation tout à fait malsaine. Quand on persiste à parler de
«terrorisme islamiste» alors que les premières victimes du
terrorisme sont des musulmans, il y a matière à s’interroger.
A
un moment donné, il faut appeler un chat un chat et dire que
l’humanité entière est en guerre menée non pas par l’islam
mais contre l’islam.
Il
faut prendre compte de cela si on veut prétendre à chercher des
solutions ou des possibilités de sortie de cette crise mondiale sans
précédent qui devrait pouvoir, au lieu de nous diviser, nous rendre
solidaires. Il y a eu certes des attentas condamnables à Paris, à
Bruxelles, à Munich, qui nous ont plongés tous dans la peine et la
détresse. Mais que dire des attentas qui ont frappé Istanbul,
Ankara, Kaboul, Islamabad, Bagdad et Tunis ? Sans parler de ce que ce
qui se passe avec Boko Haram en Afrique.
Peut-on
rationnellement qualifier de terrorisme islamiste les mosquées
explosées dans le Caucase, les manuscrits de Tombouctou incendiés,
le tombeau du Prophète profané à Médine, les sanctuaires soufis
démolis en Syrie et les mausolées chiites dynamités en Irak ? Avec
tout ça, peut-on honnêtement parler de terrorisme islamiste ?
Dans
cette gamme-là qu’on a parfois du mal à cerner en parlant du
spectre islamiste, le wahhabisme représente un mouvement
complètement à part, selon vous, qui se distingue y compris de ce
qu’on appelle le salafisme, avec toutes ses variantes ?
A
mon sens, le wahhabisme, c’est la version moderne du salafisme
lequel date d’Ibn Taymiyya ; donc, c’est un courant plus ancien
mais qui était resté marginal, honni par le peuple et étroitement
surveillé par les souverains éclairés de l’islam médiéval.
Aujourd’hui, on a en face de nous un néo-salafisme conquérant,
parrainé et soutenu financièrement et militairement par des Etats,
ce qui n’était pas le cas dans le passé.
Un
salafisme qui, on le voit, est très offensif et avec lequel on n’a
rien à négocier. Les salafistes d’avant se contentaient d’une
forme passive de ségrégationnisme envers les non-salafistes.
Aujourd’hui, on assiste à une forme active de ce dogme fatal qui
consiste à ôter la vie d’abord aux musulmans qui ne sont pas
wahhabites, puis aux non-musulmans tout court. Par conséquent,
personnellement je ne fais pas de différence entre salafisme et
wahhabisme.
Quelle appréciation faites-vous de la réponse antiterroriste apportée par les pays occidentaux, je pense particulièrement à la campagne militaire engagée contre Daech en Irak et en Syrie ?
Quelle appréciation faites-vous de la réponse antiterroriste apportée par les pays occidentaux, je pense particulièrement à la campagne militaire engagée contre Daech en Irak et en Syrie ?
Il
s’agit tout au plus d’un antalgique qui peut durer un certain
temps, puis la crise finit toujours par refaire surface. On gagne
peut-être un combat dans un endroit, mais le mal reprendra à un
autre endroit. La doctrine wahhabite est plus que jamais à l’œuvre.
Elle est à l’œuvre dans les mosquées, dans les écoles, dans les
médias, dans les chaînes de télévision, sur internet. Bref, il y
a un travail d’endoctrinement qui se fait à grande échelle et au
grand jour.
Cela
se fait à visage découvert et personne n’ose arrêter cette
machine infernale. La formation au wahhabisme est omniprésente
partout dans le monde. Il y a beaucoup d’argent qui est investi
dans ce terreau. Prenez le cas des Balkans.
C’est
une région qui était très ancrée dans la tradition soufie.
Observons ce qui se passe au Kosovo, où l’on commence à assister
à un sérieux conflit de génération entre les jeunes wahhabisés
et les anciens qui étaient plutôt de sensibilité soufie. Le même
phénomène s’observe chez les musulmans d’Asie centrale qui
n’étaient pas, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, infectés
par ce virus.
Cela
touche plus les jeunes qui sont en relation avec les nouvelles
technologies. Le wahhabisme est une religion de type pavlovien. Et ça
marche ! C’est parce qu’il y a un recul des valeurs culturelles
et spirituelles. Il y a tout cet aspect des choses qui a fait que les
jeunes se replient sur une manière de faire très mécanique.
C’est
une forme d’automatisme qui plaît aux jeunes et aux adolescents.
On assiste présentement à un phénomène nouveau qui consiste à
voir des jeunes s’autoproclamer bombes humaines sans même avoir à
suivre un cursus «djihadiste», quoique je n’aime pas le mot
«djihadiste» qui est utilisé à tort et à travers dans une
certaine terminologie occidentale.
Car
si djihad il y a, il ne doit s’appliquer qu’aux Palestiniens qui
mènent une résistance légitime pour leur liberté face à une
force d’occupation qui pratique le terrorisme d’Etat, un conflit
qui, non seulement alimente l’instabilité dans le monde mais
justifie la rhétorique des marchands de la mort. Il y a ainsi une
récupération de ces termes à laquelle je n’adhère pas du tout.
C’est simpliste et réducteur. Ça veut dire quoi «radicalisation»
? Moi je dirais «wahhabisation», point barre.
Un autre mot d’ordre revient régulièrement, c’est «réformer l’islam». Qu’en pensez-vous ?
Un autre mot d’ordre revient régulièrement, c’est «réformer l’islam». Qu’en pensez-vous ?
A
bien y regarder, c’est le wahhabisme qui représente l’islam
réformé ou plutôt «déformé», et c’est le retour à la
tradition musulmane ancestrale qui nous serait salutaire. Cette
tradition qui n’a pas été corrompue, n’a pas été contaminée
par ce système de pensée basé sur l’exclusion de l’autre qui
est venu avec cette réforme déviante de l’islam qui a égaré des
générations de musulmans.
Ce
qu’il faut, c’est un retour au fond de la tradition spirituelle.
Aujourd’hui, on assiste à une «déspiritualisation» de l’islam
voire une déshumanisation de celui-ci. D’ailleurs, l’islam n’est
plus une religion dans le sens propre du terme.
Dans
nos mosquées, ce n’est plus l’islam qui est pratiqué mais
plutôt la religion wahhabite qui est pompeusement célébrée. Il y
a un recul de la spiritualité, il y a une fétichisation, une
pavlovisation des rites et des pratiques. La religion devient une
idéologie qui donne lieu à un phénomène nouveau qui est le
terrorisme transfrontalier, et qui ne ménage pas les musulmans, je
le dis et je le répète, lesquels sont les premières victimes de
cette Internationale salafiste. Il faut opérer un retour aux valeurs
originelles de l’islam qui est une religion de paix, de miséricorde
et de douceur. Il suffit de méditer notre formule de salutation
(salâm) qui consiste à offrir la paix à son interlocuteur pour
s’en convaincre.
Vous être membre fondateur de l’Union mondiale du soufisme, créée à l’issue du Congrès mondial sur le soufisme qui s’est tenu récemment à Mostaganem. Vous nous disiez en marge d’un colloque sur Ibn Arabi que le soufisme était le meilleur vaccin pour s’immuniser contre le terrorisme. Comment la pensée soufie peut-elle contribuer à stopper cette déferlante de violence ?
Vous être membre fondateur de l’Union mondiale du soufisme, créée à l’issue du Congrès mondial sur le soufisme qui s’est tenu récemment à Mostaganem. Vous nous disiez en marge d’un colloque sur Ibn Arabi que le soufisme était le meilleur vaccin pour s’immuniser contre le terrorisme. Comment la pensée soufie peut-elle contribuer à stopper cette déferlante de violence ?
Ce
n’est pas un hasard si l’Union mondiale du soufisme a vu le jour
en Algérie. Notre pays dispose d’un patrimoine soufi
particulièrement important et très anciennement enraciné. L’Union
espère, pour ainsi dire, apporter une réponse positive aux
divisions qui tourmentent le monde musulman en proposant un discours
fédérateur et unificateur, lequel discours s’inscrit
naturellement dans un esprit soufi qui est par essence
transdoctrinaire puisqu’il est présent dans pratiquement toutes
les obédiences de l’islam. Lors de ce congrès, il y avait les
représentants d’une quarantaine de pays musulmans, y compris
chiites, sans discrimination aucune.
C’est
une initiative œcuménique louable qui a une portée très
symbolique et très bénéfique à long terme. C’est une manière
de dire qu’en Algérie nous voulons construire et non démolir,
rassembler et non diviser. Les soufis sont présents partout dans le
monde, mais c’est la première fois dans l’histoire que
l’occasion leur est offerte pour se fédérer et se constituer en
réseau mondial.
Cela
étant dit, les soufis ne se réunissent contre personne, mais
agissent en faveur de tout le monde. Le but n’est pas de combattre
qui que ce soit ni d’exclure personne. Le soufisme est un espace
qui accueille l’autre, y compris les égarés. Il ne fonctionne pas
dans une logique d’exclusion ou d’élimination. Cette structure
internationale initiée et présidée par le Dr Chaâlal, par
ailleurs président de l’Union nationale des zaouïas d’Algérie
(UNZA), représente une lueur d’espoir.
L’Union
mondiale du soufisme se veut une invitation aux gens
bien-intentionnés pour qu’ils se rassemblent autour d’un
principe fondamental qui est celui de la quête de Dieu. Car, il est
vrai qu’on a souvent tendance à oublier Dieu dans toute cette
affaire. Le wahhabisme ne parle pas de Dieu, il n’y est question
que d’anathème et de condamnation. Comment fractionner la
communauté humaine quand le Coran s’adresse à l’humanité toute
entière ?
Cette
dimension universelle, on l’avait presque perdue. Heureusement, le
soufisme est là pour nous le rappeler en se posant au chevet de
l’islam pour répondre aux défis de l’heure avec sagesse et
délicatesse. Il y a tout un travail qui se fait pour sensibiliser
les jeunes aux valeurs humanistes qui sont remises en cause partout
dans le monde avec, à la clé, la banalisation de la mort. Notons
que ceux qui font ébranler la planète sont des jeunes adolescents
ayant grandi avec des jeux vidéo d’une extrême violence tels que
«Meurtre à la tronçonneuse». Il est important de bien analyser
les causes de ce mal profond.
Il
convient d’y apporter des réponses sociologiques, psychologiques,
éducatives, spirituelles, et essayer de renouer les liens entre les
générations. Il y a une nette rupture générationnelle observée
partout de par le monde. C’est sur les causes qu’il convient de
se pencher et non pas sur les conséquences. Je n’exclue pas bien
entendu la réponse sécuritaire qui est, certes, nécessaire mais
pas suffisante si elle n’est pas accompagnée d’une réflexion
profonde et sincère sur la logique et le fonctionnement de ce
phénomène.
Les éditions Alem El Afkar viennent de rééditer Chajarat el Kawn (L’Arbre du monde) d’Ibn Arabi, un travail éditorial que vous avez accompagné d’une introduction. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur Ibn Arabi et l’Algérie ? Comment rendre son œuvre plus accessible chez nous ?
Les éditions Alem El Afkar viennent de rééditer Chajarat el Kawn (L’Arbre du monde) d’Ibn Arabi, un travail éditorial que vous avez accompagné d’une introduction. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur Ibn Arabi et l’Algérie ? Comment rendre son œuvre plus accessible chez nous ?
Il
y a eu, souvenez-vous, ce colloque organisé à Alger à l’occasion
du 850e anniversaire de la naissance d’Ibn Arabi, événement
célébré par les éditions Librairie de philosophie et de soufisme.
C’était le jaillissement de cet élan envers un personnage qui est
à certains égards algérien et bien de chez nous puisqu’il était
de mère tlemcénienne et son épouse était issue d’une famille
bougiote établie à Séville. Ibn Arabi considérait par ailleurs
Sidi Boumediène comme son maître spirituel.
D’ailleurs,
la raison de sa première venue en Algérie était de pouvoir le
rencontrer, mais Sidi Boumediène était déjà mort. Il a séjourné
à Béjaïa, et là il eut des révélations et des éclosions
spirituelles qui, par la suite, ont donné lieu à cette prodigieuse
somme ésotérique qui est Al Futûhat Al Mâkiyya composée de
treize volumes et rédigée sur 40 ans. Six siècles plus tard,
l’Emir Abdelkader, dernière grande figure de cette Ecole
akbarienne, quand il arrive à Damas, demande à séjourner dans la
demeure d’Ibn Arabi et à être enterré près de sa tombe.
L’Emir
prend l’initiative d’envoyer une mission scientifique pour faire
établir le manuscrit des Futûhat qui était conservé à Konya. Et
c’est grâce à lui que la première édition post-mortem des
Futûhat a vu le jour en Egypte en 1911, financée par ses soins.
Par
ailleurs, il faut considérer Kitab El Mawakif (Le Livre des Haltes)
de l’Emir Abdelkader comme un condensé précieux des Futûhat. A
la lumière de ces faits, l’Algérie est tout à fait dans son
droit de se réclamer du patrimoine spirituel d’Ibn Arabi qui est
un patrimoine étonnant pour les non-musulmans de par son ouverture
d’esprit, sa tolérance et sa modernité, quoique je n’aime pas
trop le mot «tolérance».
Dans
l’islam, il est plutôt question de reconnaissance de l’autre
alors que le mot «tolérance» suggère qu’on puisse accepter ce
que l’on devrait normalement refuser. Pour le soufisme, l’autre
c’est notre propre miroir. On y trouve aussi cette théorie de
l’homme accompli qui englobe toutes les différences et les
contradictions. De ce fait, l’autre devient nous et on n’a pas à
le tolérer puisqu’on ne peut pas se «tolérer» soi-même.
L’autre étant considéré comme une parcelle de Dieu, toutes ces
individualités procèdent au final d’une même nature, ce manteau
de Dieu dont parlent les maîtres de la sagesse (El kawn khil‘ât
Allah).
Pour
revenir à ce travail éditorial qu’on a commencé initialement
avec les éditions Librairie de philosophie et de soufisme, là on
touche d’autres éditions comme celle de Alem El Afkar qui s’est
inscrite dans cette heureuse dynamique et qui veut reprendre et
rééditer à son tour les œuvres d’Ibn Arabi, d’El Ghazâli et
d’autres grandes figures du soufisme parues au début du siècle
dernier avant de tomber dans l’oubli, afin de permettre au lecteur
algérien d’avoir la possibilité de lire autre chose qu’Ibn
Taymiyya (un personnage inconnu de nos parents et de nos
grands-parents) et de susciter ainsi une certaine pluralité du
discours. Il y a un vide déplorable qui a été rempli par une
littérature qui n’est même pas de chez nous, je le dis sans
chauvinisme aucun.
Mais
on devrait quand même pouvoir se lire avant de lire les autres ne
serait-ce qu’à titre comparatif et commencer par diffuser la
parole d’Ibn Arabi, de l’Emir Abdelkader, ou encore celle de Sidi
Boumediène. Par bonheur, les poèmes de Sidi Boumediène, qui sont
toujours chantés dans la musique andalouse, vont paraître
prochainement dans une luxueuse édition de la Librairie de
philosophie et de soufisme.
Citons
aussi la poésie de Sidi Lakhdar Benkhelouf, chantre du Prophète et
saint-patron de Mostaganem. Il y a donc quelque chose qui a échappé
à cette nébuleuse wahhabite et il faut bien reconnaître que c’est
la culture populaire qui a pris en charge notre culture spirituelle,
celle-ci étant censurée dans les mosquées qui avaient opté pour
un discours inféodé à la propagande wahhabite. Contrairement à ce
soi-disant islam savant, il y a heureusement notre islam populaire
qui est resté fidèle à l’esprit du Coran.
Je
termine, si vous le permettez, par un mot sur la symbolique de
Chajarat el Kawn. Elle est importante dans la mesure où cet arbre
cosmique incarne cet élan de rahma dont nous parlions un peu plus
haut. Il n’y en a pas deux, il y a un seul arbre avec son versant
opposé vers le bas. C’est l’arbre primordial. Sous cet arbre
mohamadien, il y a de la place pour tout le monde. Ibn Arabi, l’Emir
Abdelkader ont porté ces valeurs universelles avant l’heure. Ils
étaient dans une démarche humaniste, œcuménique, conformément à
l’enseignement spirituel du Prophète. Ils étaient ouverts sur le
monde et portaient un message fédérateur, pas sectaire. On
gagnerait beaucoup à les connaître.
En
témoignent les fameux vers d’Ibn Arabi dans Torjoumane El Ashwâq
: «Mon cœur devient capable de toute image / Il est prairie pour
les gazelles / Couvent pour les moines / Temple pour les idoles /
Mecque pour les pèlerins / Tablettes de la Torah et livre du Coran /
Je suis la religion de l’amour / Partout où se dirigent ses
montures / L’amour est ma religion et ma foi.»
Bio
express
Docteur
d’Etat en anthropologie des religions, Zaïm Khenchelaoui est
diplômé de l’Ecole des hautes études en sciences sociales
(EHESS, Paris). Il est directeur de recherche au Centre national de
recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques d’Alger
(CNRPAH), membre du comité de rédaction du Journal of the History
of Sufism (Paris), de la revue Occidentalisme (Beyrouth), ainsi que
de la revue Problèmes de la philosophie orientale de l’Académie
nationale des sciences d’Azerbaïdjan. Il a travaillé au Centre de
recherches sur l’histoire, l’art et la culture islamiques à
Istanbul (Organisation de la coopération islamique), participe en
tant qu’expert international auprès d’organisations mondiales
dans le dialogue des cultures et des civilisations.
Il
est l’auteur de plusieurs articles portant sur le soufisme et les
religions comparées, publiés dans des revues spécialisées de
renommée mondiale, ainsi que plusieurs travaux scientifiques édités
aussi bien en Algérie qu’à l’étranger. Zaïm Khenchelaoui est
également membre fondateur de l’Union mondiale du soufisme.
jeudi 15 septembre 2016
Actualité - Poutine veut en finir avec l’Arabie saoudite
http://lesobservateurs.ch
Michel Garroté - Pas un mot dans "notre" presse (qui d'ailleurs n'est plus la notre depuis fort longtemps). Pourtant l'évènement est de la plus haute importance : une conférence s’est tenue à Grozny, en Tchétchénie, du 25 au 27 août. Cette conférence marque très clairement le rapprochement entre la Russie et l'Egypte en vue de neutraliser l'islam extrémiste de l'Arabie saoudite.
-
La conférence s'est déroulée sous l’égide conjointe de Vladimir Poutine et du président d'Egypte le maréchal Sissi, avec la présence du Grand Imam d’al-Azhar, du grand mufti d’Egypte, du conseiller de la présidence égyptienne, du représentant de la commission des affaires religieuses du Parlement égyptien, du grand mufti de Damas, du président tchétchène Ramzan Kadyrov (un soufi), du prédicateur yéménite Ali al-Jiffri.
-
Il y avait ainsi, à la conférence de Grozny, 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs islamiques, venus d'Égypte, de Syrie, de Jordanie, du Soudan et d'Europe.
-
L'un des buts de la conférence était de réunir le plus grand nombre possible de responsables musulmans pour condamner le wahhabisme saoudien qui conduit au terrorisme. Le but de la conférence était aussi de définir la véritable identité de la communauté sunnite. Une liste des mouvements authentiquement sunnites a été dressée, liste de laquelle est exclu le wahhabisme d’Arabie saoudite.
-
Exclusion motivée par la nécessité, pour l’idéologie officielle d’Arabie saoudite, de cesser sa façon de dénaturer la vraie signification du sunnisme, sachant que ce concept a subi, en Arabie saoudite et ailleurs, une déformation dangereuse, notamment avec les efforts déployés par les extrémistes saoudiens pour vider le sunnisme de son sens, pour le récupérer et pour le réduire à leur perception, avec les dérives terroristes que l'on sait.
-
La conférence a proposé la création - en Russie - d’une chaîne de télévision qui concurrencera al-Jazira, qui transmettra le vrai message de l’islam sunnite et qui combattra l’extrémisme et le terrorisme. La conférence a également proposé la création d’un centre scientifique en Tchétchénie pour surveiller et étudier les groupes contemporains, pour réfuter et critiquer scientifiquement la pensée extrémiste.
-
La conférence a insisté sur la nécessité de revenir aux écoles de grande connaissance, en clair aux institutions religieuses sunnites telles que l'université d'Al-Azhar en Égypte, l'université Qarawiyin au Maroc, l'université Zaytouna en Tunisie et l'université Hadramawt au Yémen. La conférence a exclu les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l'Université islamique de Médine.
-
Une des recommandations adressées par la conférence aux institutions sunnites a été d'offrir des bourses à ceux qui s'intéressent aux études de la charia, afin de contrer les études menées par l'Arabie saoudite qui promeut le takfirisme. La conférence a en outre rappelé que le wahhabisme s'inspire de la pensée d'Ibn Taymiyya, qui est mort en prison en 1328, après avoir été déclaré déviant par les érudits sunnites de son temps.
-
La conférence a également dénoncé Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab, qui avait fait couler le sang des musulmans, en ressuscitant la doctrine taymiyienne au XVIIIe siècle. Son mouvement avait été immédiatement condamné par l'ensemble du monde sunnite comme une résurgence du kharidjisme, en clair, une déviance extrémiste.
Michel Garroté - Pas un mot dans "notre" presse (qui d'ailleurs n'est plus la notre depuis fort longtemps). Pourtant l'évènement est de la plus haute importance : une conférence s’est tenue à Grozny, en Tchétchénie, du 25 au 27 août. Cette conférence marque très clairement le rapprochement entre la Russie et l'Egypte en vue de neutraliser l'islam extrémiste de l'Arabie saoudite.
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La conférence s'est déroulée sous l’égide conjointe de Vladimir Poutine et du président d'Egypte le maréchal Sissi, avec la présence du Grand Imam d’al-Azhar, du grand mufti d’Egypte, du conseiller de la présidence égyptienne, du représentant de la commission des affaires religieuses du Parlement égyptien, du grand mufti de Damas, du président tchétchène Ramzan Kadyrov (un soufi), du prédicateur yéménite Ali al-Jiffri.
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Il y avait ainsi, à la conférence de Grozny, 200 dignitaires religieux, oulémas et penseurs islamiques, venus d'Égypte, de Syrie, de Jordanie, du Soudan et d'Europe.
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L'un des buts de la conférence était de réunir le plus grand nombre possible de responsables musulmans pour condamner le wahhabisme saoudien qui conduit au terrorisme. Le but de la conférence était aussi de définir la véritable identité de la communauté sunnite. Une liste des mouvements authentiquement sunnites a été dressée, liste de laquelle est exclu le wahhabisme d’Arabie saoudite.
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Exclusion motivée par la nécessité, pour l’idéologie officielle d’Arabie saoudite, de cesser sa façon de dénaturer la vraie signification du sunnisme, sachant que ce concept a subi, en Arabie saoudite et ailleurs, une déformation dangereuse, notamment avec les efforts déployés par les extrémistes saoudiens pour vider le sunnisme de son sens, pour le récupérer et pour le réduire à leur perception, avec les dérives terroristes que l'on sait.
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La conférence a proposé la création - en Russie - d’une chaîne de télévision qui concurrencera al-Jazira, qui transmettra le vrai message de l’islam sunnite et qui combattra l’extrémisme et le terrorisme. La conférence a également proposé la création d’un centre scientifique en Tchétchénie pour surveiller et étudier les groupes contemporains, pour réfuter et critiquer scientifiquement la pensée extrémiste.
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La conférence a insisté sur la nécessité de revenir aux écoles de grande connaissance, en clair aux institutions religieuses sunnites telles que l'université d'Al-Azhar en Égypte, l'université Qarawiyin au Maroc, l'université Zaytouna en Tunisie et l'université Hadramawt au Yémen. La conférence a exclu les institutions religieuses saoudiennes, en particulier l'Université islamique de Médine.
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Une des recommandations adressées par la conférence aux institutions sunnites a été d'offrir des bourses à ceux qui s'intéressent aux études de la charia, afin de contrer les études menées par l'Arabie saoudite qui promeut le takfirisme. La conférence a en outre rappelé que le wahhabisme s'inspire de la pensée d'Ibn Taymiyya, qui est mort en prison en 1328, après avoir été déclaré déviant par les érudits sunnites de son temps.
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La conférence a également dénoncé Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab, qui avait fait couler le sang des musulmans, en ressuscitant la doctrine taymiyienne au XVIIIe siècle. Son mouvement avait été immédiatement condamné par l'ensemble du monde sunnite comme une résurgence du kharidjisme, en clair, une déviance extrémiste.
samedi 22 février 2014
« Nous croyons tous au même Dieu » - Farid-hadhrat Salman
Farid-hadhrat Salman, chef du Conseil des
oulémas (théologiens musulmans) du Muftiat russe, évoque les moyens
pour lutter contre la propagande du wahhabisme ainsi que les litiges entre les
communautés des islamistes russes et le Tatarstan, une république musulmane
située au cœur d’un État orthodoxe.
Peut-on dire que la confrontation entre les
musulmans et les chrétiens orthodoxes s’intensifie ces derniers temps en Russie
?
Jugez vous-même : la télévision russe a récemment
annoncé que 20% des habitants d’ethnie russe du territoire de Stavropol (sud)
ont quitté cette région. En outre, des non-musulmans quittent la république du
Daghestan (Caucase du Nord). Je ne voudrais pas que la même situation se
reproduise au Tatarstan. Si cela arrive, notre pays s’effondrera.
Au Tatarstan, tout est calme, et le secret est dans la
mentalité nationale du peuple tatar, qui est connu pour sa tolérance. Nous
avons toujours été de paisibles voisins pour les chrétiens orthodoxes comme
pour les juifs. Mais ces derniers temps les jeunes perdent cette tolérance.
Pour le voir, il suffit de jeter un regard sur les sites web consacrés à
l’islam. Pour un site « traditionnel » sur l’islam, vous trouverez plus d’une
vingtaine de sites des wahhabites et des salafistes.
Comment les islamistes radicaux ont-ils
pénétré le Tatarstan ?
C’est un problème de l’ensemble de la Russie : des
adeptes de l’islam radical affluent vers notre pays. Il s’agit principalement
des travailleurs migrants, qui arrivent chez nous des ex-républiques
soviétiques : Tadjikistan, Ouzbékistan, Kirghizstan ou Kazakhstan. Leur
migration vers la Russie n’est pas contrôlée car il n’y a pas longtemps nous
étions tous membres de l’URSS et les frontières ne nous séparaient pas. Lors
des manifestations des islamistes radicaux au Tatarstan, je voyais beaucoup de
gens qui brandissaient les drapeaux noirs des islamistes, et ce n’étaient pas
des Tatars ou des Russes, mais des Tadjiks et des Ouzbeks.
Cependant, une interdiction d’entrée pour les
ressortissants d’Asie centrale ne permettrait pas de résoudre la crise.
Par exemple, le Tadjikistan pourrait bientôt devenir un
centre de l’islamisme radical. Le pays a déjà commencé à « flirter » avec le
Qatar, un fournisseur très puissant du radicalisme vers de nombreuses régions
du monde. Le Qatar a notamment investi plusieurs millions d'euros dans le
développement des infrastructures des banlieues parisiennes. Les immigrés venus
des pays musulmans subissent à Paris la propagande des prêcheurs qataris. Cela
pourrait représenter une menace pour nous, car le Qatar débloque des fonds
importants pour financer des écoles et exporter de la littérature salafiste vers
l’Europe, en particulier vers l’Espagne, l’Italie et la France. La Russie ne
peut pas résoudre toute seule ce genre de problèmes.
Quelles contradictions surgissent au sein
des communautés musulmanes et pourquoi ?
Il existe une question théologique très délicate, qui
surgit tôt ou tard chez toutes les confessions dans notre pays : doit-on
utiliser durant les cérémonies la langue russe ou la langue arabe ? Selon le
dogme, nous devons utiliser dans nos sermons la langue maternelle du pays où
l’on prêche.
Les Tatars étaient le premier peuple musulman sur le
territoire de notre pays. C’est pourquoi, il y a une tradition ancienne selon
laquelle les musulmans de toute la Russie – de Kaliningrad à Sakhaline –
utilisaient la langue tatare. Tout d’abord, c’est le tatar, puis c’est la
langue officielle du pays. Rien de nouveau : dans la Mosquée Baitul Futuh, par
exemple, les imams donnent les sermons en arabe, puis en anglais.
Actuellement, à la suite de la migration interne et
externe, la composition ethnique et confessionnelle des musulmans russes a
considérablement changé.
Je travaillais comme mufti sur la péninsule de Yamal
(nord), la moitié des musulmans locaux sont des Tatars, et les autres sont des
Caucasiens. Les Caucasiens ne comprennent pas des sermons en tatar. Alors
actuellement, quelques années après mon départ, presque toutes les villes de la
péninsule, sauf deux ou trois peut-être, ont arrêté d’utiliser le tatar dans
les cérémonies. Dans plusieurs régions russes, le sermon ne se fait plus en
tatar et c’est une violation des dogmes.
En même temps, il y a maintenant beaucoup de muftis et
d’imams qui estiment qu’il faut faire les sermons uniquement en russe. Cela
peut provoquer des contradictions au sein des communautés musulmanes, un
problème non pas ethnique, mais mental, théologique.
Les muftis qui décident eux-mêmes de la langue à
utiliser pour les sermons, qui les contrôle ?
Dans l’islam traditionnel, il existe un modèle très
concret : il y a un mollah, imam ordinaire, qui se subordonne à un
ecclésiastique de rang supérieur, qui est à son tour subordonné au mufti
principal.
Les islamistes radicaux croient que l’imam peut être
choisi par la foule. Et le choix de la foule se base rarement sur la raison et
la logique.
Quelles sont vos prévisions sur les
relations entre les confessions ?
L’année dernière, j’ai pris part à une conférence
internationale consacrée à la persécution des chrétiens au Moyen-Orient et au
Proche-Orient. Personnellement, je n’approuve pas les musulmans qui se
convertissent au christianisme, mais c’est leur affaire privée. Un Pakistanais
chrétien m’a raconté durant la conférence que les islamistes radicaux éliminent
les chrétiens au Pakistan. C’est absolument inacceptable !
Le Prophète, que la prière et la paix d'Allah soient
sur lui, a prédit qu’avant la fin du monde, la maladie entrerait dans chaque
famille arabe (à l’époque, l’islam n’était répandu que parmi les Arabes). Mais
il ne parlait pas d’un virus ou d’une infection, il s’agissait d’une maladie
idéologique. Les gens se détourneront de la vérité et adopteront des positions
radicales. Ce sera une impasse. Pour l’éviter, il faut comprendre : nous tous
croyons en Dieu de différentes manières, mais nous croyons tous au même
Dieu.
lundi 13 mai 2013
Les Ijazas de Ibn Baz et de Al-Albani - Sheykh Nuh Ha Mim Keller
Par Sheykh
Nuh Ha Mim Keller
Question :
Les Salafis
affirment que Ibn Baz et Al-Albani ont des ijazas [1] provenant de grands
shouyoukh [2]. Ils disent que Al-Albani a obtenu une ijaza de certains
shouyoukh en Syrie, avez-vous des informations à ce sujet?
Réponse :
Notre
professeur de hadith, Sheykh Shu‘ayb al-Arna’ut, nous a dit, à ma femme et à
moi-même, que Sheykh Nasir al-Albani a appris sa science du hadith à partir des
livres et des manuscrits de la Bibliothèque Dhahiriyya à Damas, et suite à ses
longues années de travail sur les livres de hadith. Il n'a obtenu aucune part
significative de ses connaissances à partir de savants du hadith vivants. Selon
Sheykh Shu'ayb, c’est pour la bonne raison qu'il n'y avait personne à Damas à
l'époque qui connaissait bien le hadith, et qu’il n'a voyagé nulle part
ailleurs pour apprendre. J'ai entendu des Salafis dire qu’il avait reçu une
ijaza d'une personne en Syrie, mais cela ne peut venir (selon Sheykh Shu'ayb)
que d'une personne ayant une connaissance beaucoup moins importante que la
sienne.
Je crois
Sheykh Shu'ayb à ce sujet, parce que sa famille, comme celle de Sheykh Nasir
(Al-Albani), étaient des Albanais ayant émigré à Damas lors de la chute de
l'Empire Ottoman, et ils se connaissent tous assez intimement. Le sentiment que
l’on a, est que le père de Sheykh Nasir, Sheykh Nuh al-Albani, était un Hanafi
à ce point strict qu'il fit naitre une sorte de réaction excessive chez Sheykh
Nasir Al-Albani, non seulement contre Abu Hanifa et son madhhab, mais également
contre les shouyoukh Islamiques traditionnels. Selon Sheykh Shu'ayb, Sheykh
Nasir (Al-Albani) a étudié le Tajwid (récitation du Coran) et peut-être le
livre de fiqh hanafite élémentaire Maraqi al-falah [l'ascension au succès] avec
son père Sheykh Nuh al-Albani et il reçu (éventuellement) d'autres
enseignements en fiqh Hanafite de Sheykh Muhammad Sa'id al-Burhani, qui
enseignait à la mosquée Tawba, dans le quartier des Turcs du côté du Mont
Qasiyun, près de la boutique du père de Sheykh Nasir (al-Albani). Par la suite,
Sheykh Nasir (al-Albani) constata que son temps pourrait être dépensé de façon
plus rentable au côté des livres et des manuscrits de la Bibliothèque
Dhahiriyya et dans la lecture d’ouvrages à des étudiants, il n'assista plus
alors à aucun autre cours.
Quant à son
ijaza ou « certificat d'apprentissage », Sheykh Shu‘ayb nous dit qu'elle fut
obtenue lorsqu’un savant du hadith d'Alep, Sheykh Raghib al-Tabbakh, était en
visite à la Bibliothèque Dhahiriyya à Damas, et que le Sheykh Sheykh Nasir
(al-Albani) lui fut signalé comme un étudiant du hadith prometteur. Ils se sont
alors rencontrés et ont discuté. Le Sheykh l’a alors autorisé « dans toutes les
chaînes de transmission qu’il a été autorisé à rapporter », c'est-à-dire une
ijaza générale, bien que le Sheykh Nasir n'ait jamais assisté aux enseignements
du Sheykh ou lu des livres de hadiths avec lui. Sheykh Raghib al-Tabbakh
possédait des chaînes de shouyoukh remontant aux principaux ouvrages de hadith,
tels que Sahih al-Bukhari, les Sunan d'Abou Dawoud, et avait donc une chaîne
remontant de manière ininterrompue jusqu’au Prophète pour ces livres. Mais
c'était une autorisation (ijaza) de tabarruk, ou « pour la bénédiction », et
non pas un « certificat d'apprentissage », car Sheykh Nasir (Al-Albani) n’est
pas allé à Alep pour étudier auprès de lui et Sheykh Raghib al-Tabbakh n'est
pas venu à Damas pour lui donner des cours.
Ce type
d'autorisation (ijaza), de tabarruk, est une pratique de certains savants
traditionnels : donner une autorisation afin d'encourager un étudiant qu’ils
ont rencontré et apprécié, qu'ils trouvent doté de bonnes connaissances, ou
qu’ils espèrent voir devenir savant. La raison pour laquelle je connais
l'existence de telles ijazas, c’est parce que j'en possède une du savant
Mecquois du hadith Sheikh Muhammad ‘Alawi al-Maliki, qui m'autorise à rapporter
« toutes les chaînes de transmission que moi-même [Muhammad ‘Alawi al-Maliki]
j'ai été autorisé à rapporter par mes shouyoukh »,ce qui inclue les chaînes de
transmission remontant aux Imams du hadith : Malik, al-Bukhari, Muslim, Abu
Dawud, at-Tirmidhi, an-Nasa’i, Ibn Majah (La Mecque : Muhammad ‘Alawi
al-Maliki, 1412/1992). Bien que mon nom soit sur l'autorisation, et qu'elle
soit signée par le Sheykh, cela ne fait pas de moi un savant du hadith comme
lui, parce qu'en dehors de certains de ses cours publics, ma connaissance dans
le hadith ne vient pas de lui, mais de Sheikh Shu‘ayb, avec qui j'ai
effectivement étudié. Plus exactement, Sheikh al-Maliki connaît mes shouyoukh à
Damas, il sait que je suis le traducteur de ‘Umdat al-salik [Support du
Cheminant] dans le Fiqh Shaféite, nous nous connaissons depuis un certain
temps, et il approuve ma méthode. La valeur scientifique de telles ijazas est
simplement d'attester du fait que nous nous sommes rencontrés. »
Quant à Ibn
Baz, je ne sais pas avec qui il a étudié, mais de par ses émissions diffusées à
la radio, je serais très surpris qu’il n’ait jamais étudié avec quelqu'un de
non engagé dans ce que lui et ses collègues appellent la da'wa ou « la
propagation », c'est-à-dire les révisions de l’Islam prônées par Muhammad ibn
'Abd al-Wahhab.
Comme il est
illégal de dire quoi que ce soit de détesté à propos d’un musulman, sauf dans
le cadre d’un intérêt admis par la Loi Sacrée, la discussion qui suit ne
sortira pas du cadre (a) de chercher à savoir si ces révisions constituent une
exagération sectaire se différenciant de l'Islam traditionnel, et (b) s’il est
avéré qu’elles sont sectaires, comprendre comment cela influence les
déclarations sur lesquelles Sheykh Ibn Baz et Nasir Al-Albani pourraient par
ailleurs être suivis.
Je vous
mentionne cela, parce que comme vous le savez, certaines personnes s’offensent
de l’utilisation du mot Wahhabi et ils ont de bonnes raisons si l'on entend par
là qu’ils n'aiment pas l'Islam, ou ne cherchent pas à le pratiquer au mieux de
leur compréhension et de leur capacité. Je crois que cela est vrai pour
pratiquement tous les groupes séparatistes depuis le début de l'Islam. Pour
autant qu'ils ne contredisent pas quelque chose de nécessairement connu dans la
religion (nécessairement connu signifiant que n’importe quel musulman saurait
répondre si on lui posait la question), on peut dire de tous ces groupes qu’ils
ont essayé de comprendre et d'appliquer le Coran et la Sunna, bien que leur compréhension
les ait amené à une conclusion erronée. C'est pourquoi les manuels de Shari’a
disent des choses comme :
Ils [ceux
qui se soulevèrent contre le calife] dépendent des lois Islamiques (parce
qu'ils n'ont pas commis un acte qui les met en dehors de l'Islam, ce qui ferait
qu’on les considérerait alors comme non-Musulmans. Ils ne sont pas non plus
considérés comme moralement corrompus (fasiq), car se rebeller n'est pas une
limite critique, mais il s’agit plutôt de leur compréhension qui est erronée),
et les avis de leur juge Islamique sont considérés comme juridiquement valides
(à condition qu'il ne déclare pas légal d’ôter injustement la vie des
Musulmans) si ces avis sont tels qu’on les considérerait comme valides s’ils
étaient émis par notre propre juge (Reliance of the Traveller, 594).
Le fait que
ces personnes puissent considérer les Musulmans qui ne font pas partie de leur
secte comme des non-Musulmans - ce qui est la marque de fabrique des sectes
hétérodoxes (Batil) de tout temps et en tous lieux - ne change pas les avis
cités ci-dessus, et le calife ou son représentant peut utiliser la force
nécessaire pour mettre fin à la discorde. Voici ce que l’on trouve dans Hashiya
radd al-muhtar ‘ala al-Durr al-mukhtar sharh Tanwir al-absar [3], dont chaque
mot est considéré comme un des éléments déterminants (nass) dans l'école Hanafi
:
(Al-Haskafi)
: Ceux qui se révoltent contre l'obéissance à l'Imam [c'est-à-dire le calife ou
son représentant] sont de trois types :
1/ Les
bandits de grand chemin, et leur statut est connu [c'est à dire la peine de
mort, s'ils ne se livrent pas avant d'être capturés];
2/ Les
rebelles (bughat) contre le califat, dont le statut sera discuté ci-dessous
[c'est-à-dire qu'ils sont combattus avec autant de force que nécessaire pour
les faire cesser, comme indiqué dans Reliance plus haut];
3/ Les
kharijites, c’est-à-dire des hommes avec une force militaire qui se révoltent
contre l'Imam en raison d'une interprétation scripturaire erronée (ta'wîl),
estimant qu'il est dans un égarement digne de la mécréance (kufr) ou dans la
désobéissance à Allâh (ma'siya) qui nécessite qu’ils le combattent, ceci selon
leur interprétation erronée des Écritures et qui considèrent comme légitime de
prendre nos vies, nos biens, nos femmes comme esclaves et qui considèrent les
Compagnons de notre Prophète comme des mécréants. Leur statut est le même que
celui des rebelles (bughat) contre le califat: [voir n° 2 ci-dessus] par
consensus unanime des savants du fiqh.
(Ibn
'Abidin) : Ses paroles « et qui considèrent les Compagnons de notre Prophète
comme des mécréants » ne font pas partie des conditions qui déterminent qu’une
personne est un kharijite, mais c’est plutôt une simple clarification sur ce
qu’on fait ceux qui se révoltèrent contre 'Ali . Autrement, il suffit d'être
convaincu qu’ils considèrent mécréant ceux contre qui ils se battent, comme
cela s'est produit de nos jours avec les disciples de [Muhammad ibn] 'Abd
al-Wahhab, qui sortirent du Najd en révolte, et prirent les sanctuaires de la
Mecque et de Médine. Ils suivaient l'école Hanbalite, mais pensaient qu’ils
[eux-mêmes] étaient LES musulmans et que ceux qui croyaient différemment d'eux
étaient polythéistes (mushrikin). Sur cette base, ils jugèrent légal de tuer
des Musulmans Sunnites (Ahl al-Sunna) ainsi que leurs savants religieux,
jusqu'à ce qu'Allâh le Très-Haut mette en déroute leurs forces et que les
armées Musulmanes attaquent leurs bastions et les humilient en 1233 A.H. [1818]
(Hashiya radd al-muhtar, 4.262).
Le mufti
Shafe'ite de la Mecque, Ahmad ibn Zayni Dahlan (m. 1304/1886), historien et
savant, a écrit l'histoire de la prise de pouvoir des lieux saints par les
Wahhabites dans un certain nombre d’ouvrages, dont l'un, son livre d’histoire
en deux volumes intitulé al-Futûhât al-Islamiyya [Les conquêtes Islamiques],
donne la description suivante de ce qui est probablement devenu le plus célèbre
et certainement le plus meurtrier de leur ijtihad, à savoir que la Sunna du
Tawassul (invoquer Allâh par l’entremise de) [4] constitue de la mécréance
(shirk) :
Muhammad ibn
‘Abd al-Wahhab a affirmé que son but dans cette école de pensée qu’il a innové
était de purifier la croyance en l'unicité d'Allâh (Tawhid), et d'abjurer
l’adoration de fausses divinités (shirk) et [de démontrer] que les Musulmans
avaient adoré de fausses divinités depuis six cents ans et qu'il leur avait
restitué leur religion. Il interpréta les versets Coraniques révélés au sujet
des adorateurs de faux dieux (polythéistes) comme se référant à ceux qui
adorent Allâh seul, comme [par exemple] la parole d'Allah le Très-Haut :
«
Y a-t-il un être plus égaré que ceux qui invoquent, en dehors de Dieu, des
divinités qui n'exauceront jamais leurs prières jusqu'au Jour de la
Résurrection, qui sont totalement insensibles à leurs invocations » [5]
Ainsi que Sa
Parole :
«
N'invoque pas, en dehors de Dieu, ce qui ne peut ni te faire du bien ni te
nuire, sinon tu serais du nombre des injustes ! » [6]
Il y a
beaucoup de versets similaires dans le Coran ; ainsi Muhammad ibn ‘Abd
al-Wahhab a dit que quiconque cherche l'aide du Prophète ou d'autres personnes
parmi les prophètes, les amis d'Allâh (awliya) ou les vertueux, ou bien fait
appel à lui ou lui demande d'intercéder, est comme ces adorateurs de faux dieux
et donc est inclus dans la généralité de ces versets. Il croyait la même chose
à propos du fait de visiter la tombe du Prophète et de tous les autres des
prophètes, ainsi que celles des amis d'Allâh, ou encore celles des saints. Il a
dit à propos de la Parole d'Allâh le Très-Haut citant les dires des idolâtres à
propos du culte de leurs idoles,
«
Nous ne les adorons que pour qu'elles nous rapprochent davantage de Lui » [7]
que les gens
qui prient Allâh par le biais d'un intermédiaire (Tawassul) sont comme ces
adorateurs de faux dieux qui disent : « Nous ne les adorons que pour qu'ils
nous rapprochent davantage de Lui ».Il a déclaré que les adorateurs de faux
dieux ne croyaient pas leurs idoles capables de créer quoi que ce soit mais
plutôt que le Créateur était Allâh le Très-Haut, comme indiqué par la parole
d'Allâh : « Et si vous leur demandez qui les a
créés, ils diront : ‘Allâh’ » [8]
Et,
«Si
jamais tu leur demandes qui a créé les Cieux et la Terre, ils répondront
sûrement : ‘Allâh’ » [9]
de telle
façon qu’Allâh ne les avait pas jugé pour avoir commis de la mécréance et avoir
adoré de fausses divinités, mais plutôt par rapport à leur parole, « que pour
qu'ils nous rapprochent davantage de Lui », et qu’en conséquence ces gens
[Musulmans qui font le Tawassul] sont comme eux.
Et cela est
tout simplement faux, car les Musulmans croyants ne prennent pas les prophètes
(Paix sur eux) ou les amis d'Allâh comme des dieux ni n’en font des associés
(shuraka’) d'Allâh, mais plutôt ils croient qu'ils sont des esclaves créés qui
appartiennent à Allâh et qui ne sont pas dignes d’être adorés.
Quant aux
adorateurs de faux dieux à propos desquels ces versets du Coran ont été
révélés, ils croyaient que leurs idoles étaient des dieux, et les vénéraient
comme tels, même s’ils reconnaissaient qu'ils n'avaient pas créé quoi que ce
soit - tandis que les croyants eux, ne soutiennent pas que les prophètes ou les
awliya sont dignes d’adoration ou de la divinité et ne les vénèrent pas avec la
révérence due exclusivement au Seigneur. Plutôt, ils croient qu'ils sont les
serviteurs d'Allâh et Ses bien-aimés, ceux qu'il a élus et choisis et croient
que par Les bénédictions qu’Il leur accorde (baraka), Il fait preuve de miséricorde
envers Ses serviteurs. Leur intention dans la recherche de bénédictions à
travers eux est une miséricorde d'Allâh le Très-Haut, et les preuves qui
attestent de la validité de cela sont nombreuses dans le Coran et la Sunna.
Le credo des
Musulmans est que le Créateur - Celui qui afflige, Celui qui avantage, Celui
qui mérite d'être adoré - est Allâh seul. Ils ne croient pas que quelqu'un
d'autre soit Puissant (capable) et ils croient que les prophètes et awliya ne
créent rien, ne possèdent aucune capacité de favoriser ou de nuire, mais
simplement que par la grâce qu'Allâh leur accorde (baraka), Il fait montre de
miséricorde envers les serviteurs créés.
C’est la «
croyance » des adorateurs de faux dieux selon laquelle leurs idoles méritaient
l’adoration et la divinité qui les rendaient coupable d'associer à Allâh
(shirk) des copartenaires et non simplement leur parole : « Nous ne les adorons
que pour qu'elles nous rapprochent davantage d’Allâh ». Car c'est seulement
lorsqu’il leur fut prouvé que leurs idoles ne méritaient pas d'être adorées, ce
qu’ils croyaient pourtant, qu’ils dirent alors pour se trouver une excuse: «
Nous ne les adorons que pour qu'elles nous rapprochent davantage de Lui ».
Alors
comment Ibn ‘Abd al-Wahhab et ses partisans peuvent-ils considérer que les
croyants qui reconnaissent le Tawhid dans son ensemble puissent être
comparables à ces adorateurs de faux dieux qui croyaient en la divinité de
leurs idoles? Aucun croyant n’est concerné par tous les versets cités
ci-dessus, ni par ceux qui comme eux font explicitement référence à des
non-Musulmans et aux adorateurs de fausses divinités.
L’Imam
Al-Bukhari rapporte de 'Abdullâh ibn ‘Umar (qu'Allâh soit satisfait du père et
du fils) qui a relaté que le Prophète a dit lors de sa [prédiction de la]
description des Kharijites qu'ils « se serviraient des versets révélés au sujet
des non-Musulmans et qu’ils les appliqueraient aux croyants ».
Et dans un
autre hadith, également d'après Ibn ‘Umar, le Prophète a dit : « Ce que je
crains le plus pour ma Oumma, c’est un homme qui interprète le Coran et
l’utilise hors de son contexte » ; ces deux hadiths sont applicables à cette
secte.
Si le fait
que des croyants invoquent Allâh à travers un intermédiaire (Tawassul) était
considéré comme de l’adoration de fausses divinités, cela n'aurait pas été fait
d'abord par le Prophète lui-même , ni par ses Compagnons, ni par la Umma
Musulmane, du premier au dernier [10].
Ce passage
nous montre pourquoi les Wahhabis ont été considérés comme des Kharijites, des
hommes qui, comme le note Al-Haskafi ci-dessus, se sont révoltés contre l'imam
« en raison d'une interprétation scripturaire erronée (ta'wîl), » estimant
qu'il « est dans un égarement digne de la mécréance (kufr) ou dans la
désobéissance à Allâh (ma'siya) nécessitant qu’ils le combattent ».
Ce qui met
principalement en difficulté leur théorie selon laquelle le Tawassul revient à
adorer de faux dieux, c'est le fait qu'il a été enseigné à la Oumma par le
Prophète , ce qui explique peut-être pourquoi personne dans les onze siècles de
science Islamique qui ont précédé Muhammad ibn 'Abd al-Wahhab n’avait considéré
cela comme de la mécréance.
À cet égard,
il est impensable que Ibn 'Abd al-Wahhab n'ait pas été informé du fait que son
propre Imam [ndt : celui qu’il prétendait suivre], Ahmad ibn Hanbal, ait
enjoint son élève le plus remarquable, Abu Bakr Ahmad ibn Muhammad al-Marrudhi
(m. 275/888) de faire Tawassul par le Prophète . Al-Marrudhi rapporte le
Tawassul du hadith du Compagnon (Sahabi) 'Uthman ibn Hunayf qui contient les
paroles : « Ô mon Seigneur ! Je Te demande et je me dirige vers Toi par Ton
Prophète Mohammed, le Prophète de la miséricorde. Ô Mohammed ! Je me dirige par
ton intermédiaire vers ton Seigneur pour mon besoin afin qu’il soit comblé »,
que al-Marrudhi rapporte de Ahmad ibn Hanbal, à partir du « chapitre des
supplications » de son Kitab al-mansak [Livre de la Umra et du Hajj]. Cela est
mentionné par Ibn Taymiya [11] que j'ai plutôt tendance à croire à ce sujet,
car il a essayé de réfuter les propos de son Imam à propos du caractère Sunna
de cette pratique, mais sans la considérer comme de l’idolâtrie (shirk) ou de
la mécréance (kufr), ce que les Wahhabis ont fait quatre siècles plus tard.
Muhammad ibn
‘Abd al-Wahhab a aujourd'hui disparu, avec les fatwas qu’il a émis et dont le
résultat à été les attaques contre la Mecque, Taïf, et Médine dès 1205/1790 par
les « réformateurs » qui croyaient que la vie, les femmes et l'argent des
Musulmans Sunnites ordinaires qui ne considéraient pas le Tawassul comme du
shirk pouvaient légalement être pris par ceux qui le considéraient comme tel.
Il n'y a plus de Wahhabites de ce type. Comme l’a dit le roi Fahd (qui, dans
l'ensemble, a eu une influence modérée positive) il y a quelques années dans un
discours, « Nous ne sommes pas Wahhabites, nous sommes Hanbalites ».
Pourtant, si
la « révolte » (selon les propos d’Al-Haskafi) s’en est allée, la « mauvaise
interprétation des textes » demeure et son influence intellectuelle reste forte
sur tous les aspects de l'institution religieuse en Arabie Saoudite. Bon nombre
des idées agressives [ndt : en provenance d’Arabie Saoudite] sont emballées et
exportées vers d'autres pays Musulmans sous l'égide d'Ibn Baz et
l’accréditation donnée par le soutien de Sheykh Al-Albani et de ceux qui le
suivent.
Il s’agit de
« révisions » qui visent à changer l'Islam traditionnel et si beaucoup de
Musulmans ordinaires ont oublié cela, c'est en raison de l’ampleur avec
laquelle ils [les Wahhabis] ont réussi, encouragés par des subventions
importantes [ndt : grâce au pétrodollar] et le manque actuel de savants
traditionnels ('Ulama) pour enseigner la vérité aux Musulmans. Pourtant, on
sent bien qu’ils marquent une phase transitoire, car Allâh a promis de protéger
la religion (din) et si les réfutations des savants classiques ont été
entendues, ces innovations disparaitront comme neige au soleil. En attendant,
les Wahabbis ont programmé des pseudos réformes pour les trois piliers du din,
à savoir : l’Islam (la Shari’a), l’Iman ('Aqida), et l’Ihsan (Tariqa). À partir
de ces catégories, les « réformes» peuvent être résumées ainsi :
1) L'Islam
(Shari’a) : À leur crédit, le mouvement dont nous parlons a ravivé l'intérêt
pour le hadith parmi les érudits musulmans du bord opposé. Mais l'accent mis
sur hadith et ses disciplines connexes, à l'exclusion des autres sciences
Islamiques toutes aussi indispensables à la compréhension de la révélation,
telles que la méthodologie du fiqh, ou le conditionnement du hadith selon les
principes généraux exprimés dans le Coran, a créé une fausse division dans
l’esprit de nombreux musulmans entre le fiqh et le hadith. Et c'est une
innovation (bida'a) intellectuelle de l'espèce la plus menaçante pour l'Islam
dans lequel n'a jamais accepté l'ijtihad [12] provenant de non-mujtahids [13],
ou quoi que ce soit présentant une insuffisance en fiqh (littéralement : la
compréhension des points subtils) du hadith.
Une des
tristes conséquences de la division faite entre le fiqh et le hadith est la
renaissance de la pensée Dhahirite dont nous avons parlé plus haut, avec «
l’invalidité de son littéralisme mal placé » dans l'interprétation des textes
scripturaires primaires. Un tel littéralisme se produit nécessairement sur une
personne formée seulement au Hadith (comme le Sheykh Al-Albani) [notamment] si
elle essaie de déduire des avis Juridiques Shari’a sans posséder la maîtrise
des outils d'interprétation nécessaires pour relever les défis auxquels sont
confrontés les mujtahids, par exemple, dans le raccordement d’entre un certain
nombre de hadiths sur une question particulière qui pourtant semble
contradictoire, ou encore en ce qui concerne les nombreux autres problèmes
intellectuels inhérents à l'ijtihad. Cet ardent Dhâhirisme - en particulier
chez les adeptes de Sheykh Al-Albani - a incité certains Musulmans
contemporains à croire sérieusement qu’il faille choisir entre suivre « le
Coran et la Sunna », et suivre l'une des écoles des Imams Mujtahid [14].
Si le grand
mensonge a aujourd'hui gagné en crédibilité c’est uniquement parce que très peu
de musulmans comprennent ce qu’est un ijtihad et comment il se fait. Je pense
que le remède à cela consiste à familiariser les Musulmans avec des exemples
concrets sur la façon dont les Imams Mujtahids arrivent à dériver des avis
juridiques de Shari’a spécifiques à partir du Coran et des Hadith. En premier
lieu, démontrer l'étendue de leurs connaissances dans le Hadith (Muhammad ibn
'Ubayd Allah ibn al-Munadi [m. 272/886] rapporte que Ahmad ibn Hanbal a déclaré
qu'avoir mémorisé trois cent mille hadiths ne suffisait pas pour être un
mujtahid), puis en second lieu, démontrer leur maîtrise des principes déductifs
qui permettent de joindre entre eux tous les textes primaires. Jusqu'à ce que
cela soit fait, les partisans de ce mouvement continueront probablement à
suivre l'ijtihad de non-mujtahids (les Shouyoukh qui inspirent leur confiance),
sous le slogan « le Coran et la Sunna », comme si l’obligation de les suivre
était une notion étrangère aux véritables mujtahids. Les disciples [de cette
doctrine] peuvent à la rigueur ne pas être blâmés, car [selon l’expression] «
pour quelqu'un qui n'a jamais voyagé, sa mère est l’unique cuisinière ». Mais
j’impute la responsabilité aux Shouyoukh qui, quelles que soient leurs
motivations, écrivent et parlent comme s'ils étaient les uniques cuisiniers.
2) L’Iman
('Aqida) : L'acceptation et l’adhérence aveugle des opinions d’Ibnou Taymiya et
d’Ibn al-Qayyim al-Jawziyya dans la ‘Aqida ont abouti à un certain nombre de
conséquences :
L’une
d’entre elles est le rejet par Ibn Taymiya de toute expression figurative
(majaz) dans le Coran. C’est ce que nous avons nommé plus haut : « littéralisme
mal placé ». Ceci a eu pour conséquence de faire naitre l’anthropomorphisme
dans les esprits et a permis qu’il se propage un peu partout sous le slogan du
« retour à la 'Aqida des premiers Musulmans », alors qu’ils en sont loin.
À cet égard,
je parlais récemment avec Mawlana Abdullâh Kakakhail, un savant d'Islamabad
spécialiste de la Croyance Islamique (usûl ad-din), qui m'a dit avoir été
diplômé de l'Université Islamique de Médine en 1966, et qui peu après, alors
qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui, avait été convoqué au bureau du
vice-recteur de l'université. Celui-ci exprima sa déception à propos du fait
que l'étudiant n'ait pas davantage profité de l’enseignement dispensé dans
l’université à propos de la Croyance Islamique ('Aqida). Le vice-recteur dit
qu'il savait qu’Abdullâh retournait au Pakistan avec les mêmes principes de foi
que ceux avec lesquels il était venu. Ils sont ensuite venus à parler des
mutashabihat, c'est-à-dire des versets Coraniques et hadiths dits « équivoques
» jusqu'à ce qu’ils en arrivent à parler de la « Main » d’Allâh [15]. « Vous
dites », dit le jeune homme au vice-recteur, que : « la main est connue, mais
que son comment (kayf) est inconnu ». « Que signifie donc l'inconnu de ce
comment ? » Le vice-recteur répondit : « Cela signifie que nous ne savons pas
si la main est noire ou blanche, ni si elle est longue ou courte ». Ce
vice-recteur se nommait Ibn Baz, et c'est ce qui était proposé à l'époque comme
da'wa (appel à l’Islam) - c'est-à-dire une croyance ('Aqida) semblable à celle
qui inspira le plafond de la chapelle Sixtine.
Deuxièmement,
pour expliquer le fossé béant qui existe entre ce genre d'anthropomorphisme et
l'ensemble de la littérature antérieure en matière de Tafsir du Coran, ils ont
été obligé de se justifier en expliquant que l'école Ash'ari se serait glissée
dans la Umma et aurait altéré la « ‘Aqida des premiers Musulmans (as-Salaf
us-Salih) », alors qu’on ne trouve aucune trace de la ‘Aqida que les Wahhabis
prétendent être celle des Salafs. Cela a divisé le domaine de la 'Aqida en deux
camps : les pros et les anti-Ash'ari, alors que depuis les mille années
précédentes, les Musulmans Sunnites s’étaient mis en accord autour de
l'orthodoxie des écoles Ash'aris et Maturidis. Pourquoi avoir réparé quelque
chose qui n'était pas cassé?
En fait,
quand un richissime commerçant de Djeddah a sorti des oubliettes la 'Aqida
d'Ibn Taymiya au début de ce siècle en finançant l'impression en Égypte de son
livre Minhaj al-sunna al-nabawiyya ainsi que d'autres de ses œuvres, le Mufti
d'Egypte Muhammad Bakhit al-Muti‘i, confronté à de nouvelles questions sur la
validité de l'anthropomorphisme a écrit : « C’est une discorde (fitna) qui
dormait ; qu'Allâh maudisse celui qui la réveille ».
Mais il est
vraisemblable que l’héritage le plus malheureux laissé par le mouvement Wahhabi
originel est quelque chose qui est maintenant pratiqué du Najd au
sous-continent Indien, d'Est en Ouest, à savoir la facilité avec laquelle les
Musulmans se qualifient les uns les autres de « mécréants ». Que ce soit à
propos d’une question de Fiqh comme le Tawassul, ou sur une question de 'Aqida
comme celle que l’on a évoquée plus haut et c'est précisément le sectarisme
qu’Allâh nous a interdit dans le Coran par les paroles :
«
Ne suivez pas l'exemple de ceux qui, après avoir reçu les preuves, se sont
divisés et se sont opposés les uns aux autres. À ceux-là est réservé un
châtiment exemplaire » [16].
Le
sectarisme de ce genre est quelque chose qui n'existait pas dans l'Islam
Sunnite traditionnel durant les mille dernières années, mais il représente
plutôt une rupture avec cette tradition. Même si on la justifie au nom d'une «
réforme Islamique » ou d’un « retour aux sources de l'Islam », le sectarisme
est et demeure le type de bida'a d'égarement à propos duquel le Prophète a dit
dans un hadith rapporté par Muslim :
«
Quiconque apporte à notre affaire-ci une chose nouvelle non fondée sur elle,
verra cette chose rejetée ». [17]
3) L’Ihsan
(Tariqa) : Le troisième item de la réforme, poursuivie de manière agressive
aujourd'hui encore est la tentative faite pour éliminer du cercle des sciences
Islamiques le Tasawwuf ou « soufisme », bien qu’il ne fasse pourtant aucun
doute qu'il ait été considéré comme tel par presque tous les savants
classiques, et ce, depuis que les sciences religieuses furent pour la première
fois retranscrites. Notre époque a vu l'impression et la réimpression de
travaux comme des passages du Talbis Iblis [Les ruses de satan] d'Abd ar-Rahman
ibn al-Jawzi dans lequel « les Soufis » (dans le sens d’un groupe d'entre eux à
son époque) sont critiqués, sans dire en passant qu'un grand nombre des
biographies de son ouvrage en cinq volumes Sifa al-safwa [Description des élus]
sont celles des mêmes soufis cités in extenso dans Al-Risala al-Qushayriyya
l'ouvrage classique de Qushayri sur le Soufisme.
Le Soufisme
existe pour la bonne raison que la Sunna que nous avons pour obligation de
suivre ne se limite pas seulement aux paroles et aux actes extérieurs du
Prophète mais aussi à ses états, comme la confiance en Allâh (tawakkul), la
sincérité (ikhlas), la mansuétude (hilm), la patience (sabr), l'humilité
(tawadu’), le perpétuel souvenir d'Allâh, et ainsi de suite. Beaucoup, beaucoup
de hadiths et des versets du Coran indiquent le caractère obligatoire de la
réalisation de ces (et des centaines d'autres) états du cœur, comme indiqué
dans le hadith rapporté par Muslim, dans lequel le Prophète dit :
«
Quiconque a un atome d'orgueil dans le cœur n'entrera pas au Paradis » [Muslim
1.93]
ou le hadith
sahih dans les Sunan d'Abou Dawoud sur le caractère obligatoire d'avoir une
présence du cœur dans la prière (salat), dans lequel ‘Ammar ibn Yasir rapporte
avoir entendu le Prophète dire,
«
En vérité, l’homme quitte (une prière) dont il n’obtient que le dixième de la
récompense, le neuvième, le huitième, le septième, le sixième, le cinquième, le
quart, le tiers ou la moitié » (Sunan Abu Dawud [N.d. Réimpression. Istanbul:
al-Maktaba al-Islamiyya, n.d.] 1.211).
Une
réflexion d’une demi-minute suffit à montrer à chacun de nous où nous en sommes
sur ces aspects de notre din, et pourquoi en temps normal, aider les Musulmans
à atteindre ces états n'étaient pas laissés à des amateurs, mais plutôt délégué
à des Ulémas du cœur, les savants du Soufisme Islamique.
Comme dans
d’autres sciences Islamiques, des erreurs se sont produites historiquement dans
le Soufisme, comme principalement le fait de ne pas reconnaître la Shari’a et
les principes de la foi ('Aqida) de Ahl as-Sunna comme étant au-dessus de
chaque humain. Mais ces erreurs n’étaient par exemple pas différentes des
isra'iliyyat (contes sans fondement des Bani Isra'il) qui se sont glissé dans
la littérature exégétique Coranique (tafsir), ou des mawdu'at (hadiths forgés)
qui se sont glissé dans la masse des hadiths prophétiques. Pour autant, on ne
considère pas cela comme une preuve que le tafsir est mauvais, ou que le hadith
égare, mais plutôt, dans chaque discipline les erreurs ont été identifiées et
les mises en garde ont été effectuées par les Imams spécialistes de ces matières
parce que la Umma avait besoin du reste. Et de telles corrections sont
précisément ce que nous trouvons dans des livres comme la Risala de Qushayri,
dans l’Ihya d’Al-Ghazali et d'autres ouvrages de Soufisme.
En revanche,
les réformateurs de notre époque ont trouvé comme échappatoire de créer des
doutes sur le fait qu’il n’y aurait [en fait] véritablement aucune science
Islamique permettant d’atteindre la sincérité spirituelle à partir d’une voie
méthodique et fondée sur la connaissance. Mais peut-être aujourd'hui,
commencent-ils à réaliser que si l’on met fin à toutes les aspirations
spirituelles, on ne produira que des Musulmans agressifs n’ayant aucun autre
moyen de se sentir plus religieux que part l’argumentation pour prouver à leurs
coreligionnaires Musulmans que ces derniers le sont moins qu’eux. Un état peu
enviable, décrit dans le hadith du Prophète :
«
Aucun peuple ne s’est égaré après avoir été sur la vérité si ce n’est à cause
des polémiques »
Pour
résumer, le mouvement visant à réformer notre din attaque l'autorité
Scientifique qui a toujours soutenu ses trois piliers. Et ils le font dans
l’Islam, en retournant le cœur des Musulmans contre les écoles juridiques
(madhhabs) qui représentent notre Shari’a; dans l’Iman, en présentant l’anthropomorphisme
d'Ibn Taymiya comme « la voie des premiers Musulmans » [ndt : as-Salaf
al-Salih], et dans l’Ihsan, en essayant de fermer la porte de la spiritualité
Islamique traditionnelle une fois pour toutes.
Sheykh Nasir
al-Albani et Ibn Baz sont parmi les sommités principales de ce mouvement, et
l’ensemble de la carrière de ce dernier démontre son attachement à ces
réformes, que ce soit les publications imprimées sous ses auspices et
distribuées à travers le monde, ou bien l’aide financière accordée aux
universitaires wahhabis dans le but qu’ils repartent de Médine diplôme en poche
vers leur pays d’origine pour ensuite diffuser les enseignements de la secte,
relatant inlassablement à quel point seuls peu de Savants Musulmans au cours
des milles quatre cents dernières années ont vraiment compris l'Islam comme il
a été compris par le Prophète et par eux-mêmes.
Alors
peut-être que la meilleure réponse à votre question à propos des ijazas de ces
deux hommes est de demander en retour : Quel intérêt le système traditionnel
d’ijaza a-t-il donc pour ces réformateurs, alors que sa fonction consiste à ce
que les savants traditionnels conservent intacte la compréhension de l'Islam à
travers les siècles alors que ces réformateurs ont pour ambition de changer
cette compréhension?
Notes du
traducteur :
[1] Ijaza :
Autorisations et certifications délivrées par les Savants à leurs élèves une
fois qu’ils ont parfaitement maitrisé la matière ou le livre qui leur a été enseigné.
[2]
Shouyoukh est le pluriel de sheykh
[3]
commentaire d’Ibn ‘Abidin : le guide du perplexe sur les perles bien choisies
d’Haskafi, une exégèse de (Tumurtashi).
[4] En
substance, le terme tawassul désigne le fait d’emprunter et de mettre en avant
une wasîlah - un chemin ou un moyen - susceptible de rendre les invocations
plus recevables auprès d’Allâh à Qui on s’adresse et vers Qui on se dirige.
[5] Qour’an
- 46/5
[6] Qour’an
- 10/106
[7] Qour’an
- 39/3
[8] Qour’an
- 43/87
[9] Qour’an
- 31/25
[10] Dahlan,
al-Futûhât al-Islamiyya [Le Caire: Al-Maktaba al-Tijariyya al-Koubra,
1354/1935], de 2.258 à 59
[11] Qa‘ida
jalila fi al-tawassul wa al-wasila [N.d. Réédition. Beyrouth :
al-Maktaba al-‘Ilmiyya, n.d.], 98
[12]
L'ijtihâd est le jugement résultant de la réflexion du mujtahid.
[13] Le
Mujtahid est le savant reconnu par ses pairs, ayant atteint un niveau
d’érudition très avancé, lui permettant de prononcer une interprétation
personnelle (ijtihâd) sur un point de droit dans l'Islam. Peu de savants ont
atteints ce niveau, on compte parmi eux des Imam comme Abou Hanifa, Malik ibn
Anas, Ahmad ibn Hanbal, ash-Shafé’i. On estime qu’aujourd’hui il n’existe pas
de savants Mujtahid, c’est pourquoi les ‘Ulamas des écoles se réunissent en
comité afin de réunir leurs compétences pour étudier les questions nouvelles.
[14]
C'est-à-dire les écoles Malikite, Shafé’ite, Hanafite et Hanbalite. Bien
entendu suivre l’une de ces 4 écoles est sans nul doute LE meilleur moyen de
suivre le Coran et la Sunna.[15] Qour’an - 48/10 : « La Main de Dieu est au-dessus des leurs »
[16] Qour’an - 3/105
[17] Muslim 3/1343
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