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mercredi 20 février 2013

Des règles de bienséance à observer lors d’une invocation - Par l’Imam An-Nawawî1


 

Source :  Le livre des Invocations, de l’imam al-Nawawi , traduit de M. Al-Fâtih, édition entièrement revue et corrigée par Sheykh Abd-Allah Penot, éditions Alif – En nour », pages 492 à 495.

 

Sache tout d’abord que, de l’avis d’une majorité de juristes, de traditionnistes et de savants des différentes écoles, tant parmi les Anciens que parmi leurs successeurs –que Dieu soit satisfait d’eux-, l’invocation est recommandée. En effet, Allâh -exalté soit-Il- a dit : « Votre Seigneur a dit : "Invoquez-moi et Je vous exaucerai." » [2]

Il a dit également : « Invoquez votre seigneur en toute humilité et en secret (ou intérieurement) » [3]

les autres versets présentant un sens analogue sont bien connus. Quant aux hadîths authentiques portant sur le sujet, ils sont eux aussi trop connus pour les mentionner ici. Nous en avons d’ailleurs suffisamment cité au chapitre relatif aux invocations. Et c’est Allâh qui accorde la réussite.

Nous extrayons ce passage de la « Risâla » de l’imâm abû al-Qâsim al-Qushayrî –que Allâh soit satisfait de lui- :

« Les hommes ont toujours divergé pour savoir s’il valait mieux invoquer [Allâh dans les moments difficiles] ou observer un mutisme satisfait ? Les uns estiment que l’invocation est une servitude en vertu du hadîth précédemment cité : L’invocation est l’essentiel de l’adoration, et aussi parce-que l’invocation est l’expression de son indigence à l’égard de Allâh -exalté soit-Il-. D’autres estiment que le mutisme et la soumission devant l’accomplissement des décrets divins est plus parfait, et qu’il vaut mieux, de ce fait, se contenter des dispositions prises par le destin. D’autres estiment, encore que pour satisfaire aux deux exigences, le fidèle devrait invoquer Allâh de sa bouche tout en gardant son cœur satisfait [du décret divin]. »

Selon al-Qushayrî, l’attitude la plus satisfaite est de tenir compte de la situation : l’invocation peut être en effet préférable au silence à certains moments, et cela en conformité avec la bienséance spirituelle alors qu’à d’autres moments c’est le silence qui sera préférable, en vertu de cette même bienséance. Tout ceci est fonction de l’instant : si le cœur du fidèle l’incline à l’invocation, c’est que celle-ci est alors préférable, mais si son cœur aspire au silence, c’est que celui-ci est plus parfait.

Ce que l’on peut dire avec certitude c’est que lorsque l’invocation est profitable aux musulmans, ou lorsqu’elle a un rapport avec un droit divin, elle est préférable, car elle constitue un acte d’adoration ; mais dès lors qu’il s’agit de droits individuels, le silence est plus parfait. En dehors de cela, la première des conditions qui prélude à l’invocation, est de ne se nourrir que de ce qui est licite.

On rapporte que Yahya b. Mu’âdh al-Râzî -que Allâh soit satisfait de lui- disait : « Comment pourrai-je T’invoquer moi qui suis un pécheur ? Et comment ne pas T’invoquer, Toi qui es le Généreux ? »

Parmi les règles de bienséance propres à l’invocation, la présence du cœur en est une des plus importantes. Nous allons indiquer, si Allâh le veut, les fondements scripturaires de cette règle. Selon certains savants, le but de l’invocation est de faire montre de son indigence, car Allâh  -glorifié et exalté soit-Il- fait ce qu’Il veut [c’est-à-dire que les invocations ont davantage pour objet de faire état de sa dépendance à l’égard de Allâh que d’obtenir quelque chose].

L’imâm abû Hâmid al-Ghâzalî précise pour sa part dans son « Ihyâ’ » que les règles de bienséance en matière d’invocation sont au nombre de dix :

* La première consiste à guetter les moments propices aux invocations, tels que le jour de ‘Arafât, le mois de Ramadhân, le jour du vendredi, le dernier tiers de la nuit ou le début de l’aube.

* La deuxième consiste à profiter des situations au cours desquelles les invocations sont exaucées, tels que la prosternation, le choc des armées, la tombée de pluie, la fin de la prière etc. J’ajouterai pour ma part que la disposition du cœur constitue aussi un moment privilégié.

* La troisième veut que l’on s’oriente vers la qibla, en levant les mains [au ciel] puis qu’après l’invocation, on se les passe sur le visage.

* La quatrième nous incite à ne pas hausser la voix, mais à L’invoquer à mi-voix.

* La cinquième consiste à ne pas employer d’artifices de langage au cours de l’invocation, au point qu’on a pu dire que de tels artifices portent atteinte à l’invocation. Il est même, peut-être préférable dans ce cas de recourir à des invocations traditionnelles, car il n’est pas donné à tout le monde de choisir avec bonheur les mots d’une invocation, et on peut craindre d’un ignorant qu’il prononce des formules regrettables à son insu.

 

Certains savants estiment même que puisqu’il faut invoquer [Allâh] avec humilité et en faisant montre de son indigence, à quoi bon employer des termes éloquents [à seule fin de plaire au public], voir suffisants ? On prétend du reste que les savants et les abdâls n’utilisent pas plus de sept paroles dans leurs invocations. Ceci semble confirmé par le contenu du dernier verset (286) de la sourate « La Vache » (al-Baqara) : Seigneur ne nous tiens pas rigueur. En effet, pas un des versets contenant des invocations attribuées à l’un des serviteurs de Allâh n’en contient davantage, comme on peut le constater notamment dans le trente-cinquième verset de la sourate « Ibrâhîm » : Seigneur fais de ce pays un endroit sûr …

La majorité des savants n’interdit cependant pas d’utiliser plus de sept mots, ni ne le déconseille. Et il est même recommandé de manière générale de multiplier les invocations.

* La sixième règle à observer lors d’une invocation est d’implorer [Allâh] avec crainte et humilité, en vertu de la Parole de Allâh -exalté soit-Il- : « Ils s’empressaient de faire le bien, ils Nous invoquaient avec espérance (ou : amour) et crainte, et se montraient humbles devant Nous. » [4]

Il a dit également : « Invoquez votre seigneur en toute humilité et en secret » [5]

* La septième règle veut que l’on se montre résolu dans sa demande, tout en étant certain de la réponse et en faisant montre d’un espoir sincère. Les textes qui recommandent cette attitude sont nombreux et fort connus. Sufyan b. ‘Uyayna -que Allâh lui fasse miséricorde- a dit : « Ce que l’on sait de soi-même ne doit pas nous empêcher de demander (ou d’invoquer Allâh), car Allâh -exalté soit-Il- a exaucé la pire des créatures, à savoir Iblîs lui-même, quand ce dernier Lui demanda : Seigneur, accorde moi un délai jusqu’au jour où ils seront ressuscités. Allâh [lui] répondit : oui, ce délai t’est accordé (litt. Tu es de ceux qui sont attendus ! ). » [6]

* La huitième veut que l’on se montre insistant dans ses invocations, sans cependant les répéter plus de trois fois ni les trouver longues à être exaucées.

* La neuvième consiste à introduire son invocation par la mention de Allâh -exalté soit-Il- et j’ajouterai, pour ma part, de faire suivre cette invocation d’une demande de grâce [ou d’une prière : salât] sur l’Envoyé de Allâh -que Allâh lui accorde la grâce et la paix- précédée d’une louange adressée à Allâh -exalté soit-Il- puis de terminer l’invocation de la même manière.

* Et la dixième règle, la plus importante, est fondamentale pour espérer être exaucé : [avant de L’invoquer}, il faut tout d’abord se repentir, réparer les torts causés à autrui et tourner son cœur vers Allâh -exalté soit-Il-.

Al-Ghazâlî ajoute cette précision : « Si l’on me demande : à quoi donc servent les invocations, puisqu’on ne peut infléchir les décrets divins ? Je répondrais ceci : Sache que repousser le malheur par le biais de l’invocation est justement un aspect du décret divin. L’invocation, en effet, infléchit le malheur et appelle la miséricorde, de même que le bouclier préserve des armes et que l’eau fait pousser les plantes. Ainsi, tout comme le bouclier repousse la flèche et qu’ils se repoussent l’un l’autre, de même l’invocation a pour vocation de repousser les épreuves. Porter les armes n’implique pas une méconnaissance du décret divin, puisque Allâh -exalté soit-Il- a dit :« Qu’ils soient sur leurs garde et prennent leurs armes ! » [7] Allâh – exalté soit-Il – a à la fois prédestiné toute chose et la cause de toute chose. En outre l’invocation favorise le recueillement et la concentration du cœur, et fait naître chez le fidèle un sentiment d’indigence, ce qui constitue l’essence de l’adoration et de la connaissance. »

Notes :

[1] Réf : « Le livre des Invocations, de l’imam al-Nawawi , traduit de M. Al-Fâtih, édition entièrement revue et corrigée par Sheykh Abd-Allah Penot, éditions Alif – En nour », pages 492 à 495.

[2] Qour'an, s40/v60

[3] Qour'an, s7/v55

[4] Qour'an, s21/v90

[5] Qour'an, s7/v55

[6] Qour'an, s7/v14 et 15

[7] Qour'an, s4/v102

 

 

L’Imâm Abû Al-Qâsim Al-Qushayrî


 
 
 
 
Expert en science du Hadith et porte-parole de la discipline du tasawwuf à son époque, l’Imâm Al-Qushayrî composa sa célèbre Epître où il synthétisa les fondements de la voie du cheminement vers Dieu et y compila des éléments biographiques et des paroles de célèbres soufis, décrivant la voie des maîtres éducateurs dans toute son authenticité, loin des déviances des intrus et des faux-prétendants à cette discipline. Son ouvrage demeure l’un des manuels du tasawwuf les plus prisés.

Enfance et apprentissage

L’Imâm Abû Al-Qâsim `Abd Al-Karîm Ibn Hawâzin Ibn `Abd Al-Malik Ibn Talhah Ibn Muhammad Al-Qushayrî An-Naysabûrî Ash-Shâfi`î naquit en 375 A.H. (986 E.C.) dans un village de Naysabûr au Khorasân, une région qui se trouve dans l’actuel Iran. Ayant perdu son père à un jeune âge, le jeune orphelin `Abd Al-Karîm s’initia à la littérature et à la langue arabe puis se dirigea vers Nishapur pour apprendre l’arithmétique afin de pouvoir gérer des affaires dans sa terre natale.

La Volonté divine le conduisit vers l’assemblée d’un maître soufi de renom, Sheikh Abû `Alî Ad-Daqqâq. Il sentit la quiétude, la piété et la sincérité se dégager des exhortations d’Ad-Daqqâq et son cœur fut conquis par la force de ses enseignements. Sheikh Ad-Daqqâq reconnut la disposition saine d’Al-Qushayrî, l’accepta parmi ses disciples, l’éduqua, et l’encouragea à acquérir les autres sciences islamiques, tout en suivant ses propres séances d’enseignement publiques.

L’Imâm Al-Qushayrî se forma en science du credo auprès de Abû Bakr Ibn Fûrak et Abû Ishâq Al-Isfarâyînî, en jurisprudence auprès de Abû Bakr Muhammad Ibn Bakr At-Tûsî et en science du Hadith auprès d’Abû Al-Hasan Ibn Bashrân et Abû Al-Hasan Al-Khaffâf. Il s’abreuva de tasawwuf par les soins de son Sheikh Abû `Alî Ad-Daqqâq et reçut par ailleurs la voie du tasawwuf et la science du Hadith par le biais d’As-Sulamî.

Au vu de sa droiture, de son savoir et de son observance de Dieu, le gnostique Abû `Alî Ad-Daqqâq le compta parmi ses proches disciples et lui accorda la main de sa fille Dame Fâtimah qui fut connue pour sa dévotion et sa connaissance du Hadith.

Le savant accompli et l’épreuve

Al-Qushayrî excella dans les différentes branches du savoir islamique, si bien que le Sheikh `Abd Al-Ghaffâr An-Naysâbûrî le décrivit en ces termes élogieux : « L’Imâm absolu, le juriste, l’expert en matière de credo, le fondamentaliste, l’exégète, l’homme de lettres, le grammairien, l’écrivain, le poète, la langue éloquente de son temps et le maître de son époque, un secret de Dieu parmi Ses serviteurs, un foyer de la vérité, l’emblème de la félicité, et le pôle de la noblesse. Il excella en matière de sharî`ah et de haqîqah, pratiqua les fondements selon l’Ecole d’Al-Ash`arî et la jurisprudence selon l’Ecole d’Ash-Shâfi’î. »

L’Imâm Tâj Ad-Dîn As-Subkî dit dans la notice biographique qu’il lui dédia dans Tabaqât Ash-Shâfi`iyyah Al-Kubrâ : « L’Imâm absolu, l’auteur de l’Epître qui conquit l’orient et l’occident, l’homme doué d’une bravoure qui éclaira la voie de sa félicité [...]. L’un des Imâms des musulmans par son savoir et ses œuvres, une forteresse de la religion par ses actes et ses dires, l’Imâm des Imâms, la lanterne lumineuse au cœur des ténèbres de la déviance [...] » Il dit aussi : « Ses contemporains estimèrent à l’unanimité qu’il était le maître de leur époque, le modèle de son temps, et la bénédiction des musulmans à son époque. »

L’Imâm Al-Qushayrî est aussi connu pour sa bravoure et sa défense de la voie de Ahl As-Sunnah incarnée par l’École de l’Imâm Abû Al-Hasan Al-Ash`arî. Sous le règne seldjoukide, le vizir Al-Kindarî fomenta une conspiration contre la voie de Ahl As-Sunnah à Nishapur et il fut ordonné que les Ash`arites soient insultés dans les scènes publiques et maudits du haut des minbars. Al-Qushayrî prit la défense de la voie de Ahl As-Sunnah et composa à cet effet Shikayat Ahl As-Sunnah (La plainte des Gens de la Sunnah) où il réfuta les fausses allégations attribuées a l’École Ash`arite. Al-Qushayrî fut alors maltraité et emprisonné. Ses partisans assiégèrent le quartier où se trouvait sa cellule et s’engagèrent dans une lutte armée qui aboutit à sa libération. Il dut alors fuir sa terre natale pour éviter les représailles et l’oppression du pouvoir. Dans son exil, il fut honoré par le Calife abbaside Al-Qâ’im bi Amrillâh qui lui organisa un cercle de savoir pour recueillir ses exhortations et diffuser son savoir.

Bibliographie

 La Risâlah ilâ As-Sûfiyyah (Epître aux Soufis), communément appelée Ar-Risâlah Al-Qushayriyyah, est certainement l’œuvre la plus célèbre d’Al-Qushayrî. Celle-ci constitue l’un des manuels de référence du soufisme et continue à jouir d’un prestige inégalé dans les cercles de tasawwuf et les bibliothèques islamiques. Parmi ses autres ouvrages, citons :

1. At-Taysîr fi `Ilm At-Tafsîr

L’aisance dans la science de l’exégèse

2. Latâ’if Al-Ishârât

Les signes subtiles

Un ouvrage d’exégèse ayant une coloration soufie en six volumes.

3. Kitâb Al-Qulûb

Le livre des cœurs

4. Âdâb As-Sûfiyyah

Éthique des Soufis

5. Shikâyat Ahl As-Sunnah

La plainte des Gens de la Sunnah

6. Nâsikh Al-Hadith wa Mansûkhih

L’Abrogeant et l’abrogé dans le domaine du Hadîth

7. Al-Qasîdah As-Sûfiyyah _ Poème soufi

8. Al-Haqâ’iq war-Raqâ’iq

Vérités et subtilités spirituelles

9. Risâlat Tartîb As-Sulûk

Epître du Cheminement

10. Sharh Asmâ’ Allâh Al-Husnâ

L’Interprétation des Noms Sublimes de Dieu

 

Lorsque le vizir Nidhâm Al-Mulk rétablit un équilibre des forces à Nishapur, et après la pendaison du vizir Al-Kindarî, l’Imâm Al-Qushayrî retourna à Nishapur en 456 A.H. et y expira son dernier souffle en 465 A.H. (1072 E.C.). Il fut enterré auprès de son Sheikh Abû `Alî Ad-Daqqâq, puisse Dieu leur faire miséricorde. L’Imâm Tâj Ad-Dîn As-Subkî relate que l’Imâm Al-Qushayrî avait une jument qui s’abstint de toute nourriture après son décès, elle empêcha quiconque de la monter, et mourut au bout de quelques jours.

P.-S.

Source biographique : Tabaqât Ash-Shâfi`iyyah Al-Kubrâ de l’Imâm Tâj Ad-Dîn As-Subkî.
http://www.islamophile.org/spip/

samedi 8 décembre 2012

Les Maqamat ou stations - Abûl Qâsim al Qushairî.








Sources: Kashf al mahjûb , Al Hujwîrî. Risâla , Abûl Qâsim al Qushairî.
 

Le Maqam (station) représente dans l'itinéraire vers Dieu, un degré de perfection spirituelle obtenu par l'effort personnel du mystique, alors que le Hal (État) consiste en une disposition ne dépendant que de Dieu: "Les États, disait Al Qushairi, sont des dons, les stations sont des mérites".

 

(tawba)
(la conversion)



La première station est, suivant l'opinion commune, constituée par la conversion des soufis. Il ne s'agit pas, on le devine, de la profession explicite de l'Islam mais de la résolution mûrie par laquelle un musulman adulte décide d'abandonner la vie séculaire pour se consacrer au service de Dieu. C'est en ce sens qu'Al Ghazali, en pleine possession d'une grande réputation de juriste et de théologien, se convertit et donna son adhésion au soufisme. Al Qushairi décrit ensuite l'itinéraire du pénitent de la manière suivante:

Mujahada
(la "guerre sainte")



Le terme s'inspire du texte coranique: (C 26/69). Suivant une tradition, le prophète a lui-même rangé la (al jihad al akbar) au-dessus de la guerre contre les infidèles (al jihad al asghar) et a défini la "grande guerre" comme la lutte courageuse contre l'âme charnelle (mujahadat al nafs)

Khalwa wa 'uzla
(solitude et retraite)



le néophyte doit s'exercer à vivre dans l'isolement, pour se débarrasser de ses habitudes mauvaises.

Taqwa
(crainte référentielle de Dieu)



pour fortifier sa résolution et échapper au châtiment divin. "Voilà le commandement de Dieu, qu'il a fait descendre vers vous. Quiconque craint Dieu cependant lui efface ses fautes et lui agrandit son salaire" (C.65/5, traduction Hamidullah).

Wara'
(abstention)



de toute occupation inutile et peu convenable.

Zuhd
(renoncement)



même aux plaisirs licites.

Samt
(silence)



le Prophète a dit: "Quiconque croit en Dieu et au Dernier Jour, qu'il parle bien ou sinon qu'il se taise". Ce silence doit être entendu dans un double sens; sa langue, métamorphiquement, le coeur doit se soumettre sans mot dire à tous les Décrets de Dieu.

Khawf
(crainte)



le tremblement à la pensée des conséquences possibles et fâcheuses d'une mauvaise conduite.

Raja
(espérance)



attente d'une éventualité désirée.

Huzn
(regret)



des fautes passées.

Ju', tark al shahwa
(faim, relus de manger)



inspiré par le texte coranique: "En vérité Nous vous éprouverons par la frayeur et la faim... Mais donne de bonnes nouvelles aux patients" (C.2/150).

Khushu', tawadu'
(timidité, humilité)

Mukhalafat al nafs
wa-dhikr 'uyubiha

(résistance à l'âme charnelle, en
se ressouvenant de ses vices)



deux vices sont nommés: l'envie (hasad ) et la calomnie (ghiba).

Qana'a
(contentement de son sort)
:



le Prophète a dit: "Le contentement de son sort est un trésor impérissable".

Tawakkul
(confiance en Dieu)



Dieu a dit: "Quiconque met sa confiance en Allah, à celui-là Allah suffira" (C.65/3)

.Shukr
(gratitude)



Dieu a dit: "Si vous êtes reconnaissant, je vous donnerai sûrement de l'accroissement" (C.14/7).

Yaqin
(certitude, loi solide)

Sabr
(patience, force d'âme).

Muraqaba
(pensée constante de Dieu)



suivant le Hadith: "La justice consiste à adorer Dieu comme si tu le voyais; car si tu ne le vois pas, Lui te voit"..

Rida
(satisfaction)



Certains soufis en font la dernière des "stations" et le premier des états conformément au texte coranique; "Allah est satisfait d'eux et ils sont satisfaits de Lui" (C.5/119) qui fait de la satisfaction de Dieu une condition préalable de la satisfaction de l'homme. Suivant al Qushairî, l'école du Khorassan tient que la rida est un maqam, puisque c'est une extension du tawakkul, tandis que l'école irakienne est pour le hâl, pour lui, il adopte une position moyenne: la rida commençante est un maqam, son couronnement est un hâl.

L'ultime station est suivie par:
'Ubudiya
(servage)



soumission entière au Seigneur (Rabb) Dieu.

Irada
(désir)



savoir le désir de n'avoir d'autre désir que de chercher ce que Dieu désire.

Istiqama
(rectitude)



L'état dans lequel la grâce de Dieu devient perpétuelle, parce qu'il implique l'accomplissement parfait du service de Dieu.

Ikhlas
(sincérité)



en ne cherchant que Dieu dans tout acte d'obéissance à Lui.

Sidq
(Véracité)



en pensée comme en acte

Haya
(honte)



qui, suivant le Prophète, est "une partie de la foi (iman)", "la crainte d'être découvert manquant de sincérité".

Huriya
(magnanimité)



la qualité de hurr, d'homme libre, qui met l'intérêt des autres avant le sien ou qui n'est pas l'esclave des choses matérielles.

Dhikr
(souvenir, mention)



en ayant Dieu sans cesse présent à l'esprit et au coeur.

Futuwa
(esprit chevaleresque)



appliquant la Tradition: "Dieu ne manquera pas de subvenir au besoin de son serviteur aussi longtemps que son serviteur subviendra aux besoins de frère musulman" avec un entier désintéressement.

Firasa
(pénétration)



suivant la parole du Prophète: "Prends garde à la pénétration du croyant car il voit par la lumière de Dieu".

Khuluq
(valeur morale)



la plus haute qualité louée par Dieu chez son Prophète (C.68/4): "En vérité tu es d'un caractère élevé".

Jûd, sakhâ
(générosité, bonté)



car le prophète a dit: "L'homme bon est proche de Dieu, proche des hommes, proche du Paradis, loin de l'Enfer".

Ghayra
(jalousie)



au sens de zèle du service de Dieu sans admettre d'autre pensée dans son esprit; c'est un attribut de Dieu lui-même, qui surveille jalousement la conduite de son serviteur.

Wilaya
(qui est sous la protection
de Dieu, sainteté)



suivant le texte coranique: "En vérité les protégés de Dieu [Awliya'] n'ont ni motif de crainte ni motif d'être affligés" (C.10/63).

Du'a
(prière)



en suppliant Dieu sans cesse car Dieu a dit: "Priez-moi, je vous répondrai" (C.40/62).

Faqr
(pauvreté)



car le Prophète a dit: "Le pauvre entre dans le Paradis cinq cents ans avant le riche".

Tassawuf
(pureté)



Al-Qushairî préfère dériver le terme de la racine swf (être pur) plutôt que de sûf (laine).

Adab
(manières convenables)



comme dit le Prophète: "Dieu m'a donné des manières et il m'a enseigné les bonnes manières", c'est-à-dire la conduite religieuse.

Dans la pensée de al Qushairî, les aspects de la 'Ubidiya à l'Adab sont évidemment tous des prolongements des stations.

Suivent des sections sur le safar (voyage), le mérite et le profit qu'il y a toujours à se déplacer plutôt que de demeurer toute sa vie à la même place, sur la suhba (compagnie), sur le tawhid (Unicité) et sur la noble mort.


Ma'rifa
(gnose)



qui marque le passage définitif de la Station à l'État, cette sorte de connaissance étant infusée par Dieu dans le mystique une fois que celui-ci a apaisé tous les mouvements de son coeur.

Mahaba
(amour)



l'effet de l'amour de Dieu pour l'homme.

Shawq
(désir ardent)



d'être sans cesse avec Dieu.

Sources: Kashf al mahjûb , Al Hujwîrî. Risâla , Abûl Qâsim al Qushairî.

http://www.archipress.org/batin/maqamat.htm