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mercredi 14 novembre 2018

Études Traditionnelles n° 463 à 466 (1979)






463/BURCKHARDT Titus//le retour d'Ulysse
      463/CONRAD A. et BORELLA J.//L'Unité transcendante des Révélations selon Nicolas de Cues
      463/DELADRIERE Roger//Nécrologie : Cheikh Abd-el-Halim Mahmud
      463/SCHAYA Léo//la Chute d'Adam
      463/SCHUON Frithjof//le sens du Sacré
      464/CONRAD A. et BORELLA J./L'Unité transcendante des Révélations selon Nicolas de Cues
      464/PALLIS Marco//le Nembutsu en tant que Ressouvenir
      464/RESTANOUE Emile//Temps cyclique et Temps rectiligne
      464/SCHUON Frithjof//Conséquences découlant du mystère de la subjectivité
      465/PALLIS Marco//Le Nembutsu en tant que Ressouvenir
      465/SCHAYA Léo//la Fonction Eliatique
      465/SCHUON Frithjof//Refuser ou accepter le Message
      465/ZUFFEREY Abbé Gilbert//le Corps Eucharistique
      466/IBN AJIBA Ahmad/MICHON Jean-louis /Deux traités sur l'unité de l'existence
      466/KRAFFT Charles//Sanctificetur nomen tuum
      466/SCHAYA Léo//Le retour de l'homme à Dieu
      466/SCHUON Frithjof//Refuser ou accepter le Message


vendredi 8 septembre 2017

Julius Evola - Chevaucher le tigre


[Compte rendu de Titus Burckhardt paru dans Etudes Traditionnelles juillet-octobre 1962]
 
Par son récent livre intitulé Cavalcare la Tigre, Julius Evola veut montrer comment l'homme « naturellement traditionnel », c'est-à-dire conscient d'une réalité intérieure dépassant le plan des expériences individuelles, puisse non seulement survivre dans l'ambiance traditionnelle du monde moderne, mais encore l'employer à son propre but spirituel, selon la métaphore chinoise bien connue de l'homme qui chevauche le tigre : s'il ne s'en laisse pas désarçonner, il finira par en avoir raison.

Le tigre, au sens qu'envisage Evola, c'est la force dissolvante et destructive qui entre en jeu vers la fin de tout cycle cosmique. En face d'elle, dit l'auteur, il serait vain de maintenir les formes et la structure d'une civilisation désormais révolue ; la seule chose qu'on peut faire, c'est de porter la négation au-delà de son point mort et de la faire aboutir, par une transposition consciente, non pas au néant mais à « un nouvel espace libre, qui sera peut-être la prémisse d'une nouvelle action formatrice ».

Le monde qui doit être nié parce qu'il est voué à la destruction, c'est avant tout la « civilisation matérialiste et bourgeoise » qui représente déjà en elle-même la négation d'un monde antérieur et supérieur. - Sur ce point, nous sommes d'accord avec l'auteur, mais nous constatons immédiatement qu'il ne distingue pas entre les formes propres à cette civilisation « bourgeoise » et l'héritage sacré qui survit en elle et malgré elle. De même, il semble englober dans le destin de cette civilisation tout ce qui subsiste des civilisations orientales, et cela également sans faire une distinction entre les structures sociales et leurs noyaux spirituels.
 
Nous reviendrons sur cette question. Relevons d'abord un autre aspect de ce livre : il s'agit de la critique souvent magistrale, des différents courants de la pensée moderne. Evola ne se place pas lui-même sur le terrain des discussions philosophiques, car cette philosophie moderne n'est plus une « science du vrai » ; – elle n'a même plus la prétention de l'être ; – il la considère comme un symptôme, comme un reflet mental d'une situation vitale et existentielle, essentiellement dominée par le désespoir : depuis qu'on a nié la dimension de la transcendance, il ne peut y avoir que des impasses ; il n'y a plus de sortie hors du cercle infernal du mental livré à lui-même ; tout ce qui reste, c'est la description de la propre défaite. Comme point de départ de cette analyse, l'auteur choisit la « philosophie » de Nietzsche, chez lequel il découvre un pressentiment des réalités transcendantes et comme une tentative de dépasser l'ordre purement mental, tentative vouée à l'échec par le manque d'une directive spirituelle.
 
Avec la même acuité, l'auteur analyse les fondements de la science moderne. De ce chapitre, nous citerons le passage suivant qui répond avec pertinence aux illusions spiritualistes de certains milieux scientifiques : « … De ce dernier point de vue, la science la plus récente n'a aucun avantage sur la science matérialiste d'hier. À l'aide des atomes et de la conception mécanique de l'univers, on pouvait encore s'imaginer quelque chose (bien que d'une manière très primitive) ; les entités de la dernière science physico-mathématique, par contre, sont absolument inimaginables ; elles ne constituent plus que les simples mailles d'un filet fabriqué et perfectionné non pas pour connaître au sens concret, intuitif et vivant du terme – c'est-à-dire selon le seul mode qui avait de la valeur pour une humanité non abâtardie –, mais uniquement pour avoir une prise pratique toujours plus grande, mais toujours extérieure, sur la nature qui, dans son fond, reste fermée à l'homme et mystérieuse plus qu'auparavant. Ses mystères ont seulement été « recouverts » ; le regard en a été distrait par les réalisations spectaculaires de la technique et de l'industrie, sur un plan où il ne s'agit plus de connaître le monde mais seulement de le transformer pour les buts d'une humanité devenue exclusivement terrestre... »
 
« Répétons que c'est une mystification que de parler de la valeur spirituelle de la science récente parce qu'en elle, au lieu de matière, on parle d'énergie, parce qu'elle porte à voir dans la masse des irradiations coagulées, et quasi de la ''lumière congelée'' ou parce qu'elle envisage des espaces à plus de trois dimensions... Ce sont là des notions qui, une fois substituées à celles de la physique précédente, ne changent absolument rien à l'expérience que l'homme d'aujourd'hui peut avoir du monde... Quand on nous dit qu'il n'existe pas de matière mais seulement de l'énergie, que nous ne vivons pas dans un espace euclidien à trois dimensions, mais un espace ''courbé'' à quatre ou plus de dimensions, et ainsi de suite, les choses restent comme auparavant, mon expérience réelle n'est changée en rien, le sens dernier de ce que je vois – lumière, soleil, feu, mer, ciel, des plantes qui fleurissent, des êtres qui meurent –, le sens dernier de tout processus et phénomène n'est nullement devenu plus transparent pour moi. Il n'y a pas lieu de parler d'une connaissance qui transcende les apparences, qui connaisse en profondeur, au sens spirituel et vraiment intellectuel du terme... »
Non moins pertinentes sont les remarques de l'auteur sur les structures sociales et les arts dans le monde contemporain. Il nous faut cependant faire une réserve pour ce qui est de sa thèse de l'« asservissement de la force négative », appliqué à certains aspects de la vie moderne. Citons un exemple typique : « Les possibilités positives (du règne de la machine) ne peuvent concerner qu'une minorité exiguë, à savoir les êtres dans lesquels préexiste la dimension de la transcendance ou chez lesquels elle peut être réveillée... Eux seuls peuvent donner une toute autre valeur au ''monde sans âme'' des machines, de la technique et des métropoles modernes, en somme de tout ce qui est pure réalité et objectivité, qui apparaît froid, inhumain, menaçant, privé d'intimité, dépersonnalisant, ''barbare''. C'est précisément en acceptant entièrement cette réalité et ces processus que l'homme différencié pourra réaliser son essence et se former lui-même selon une équation personnelle valable... ».

« Sous ce rapport, la machine même et tout ce qui, dans certains secteurs du monde moderne, a été formé selon les termes d'une pure fonctionnalité (notamment dans l'architecture) peut devenir symbole. En tant que symbole, la machine représente une forme née d'une équation exacte et objective des moyens à une fin, excluant tout ce qui est superflu, arbitraire, dispersant et subjectif ; c'est une forme qui réalise avec précision une idée (celle de la fin à laquelle elle est destinée). Sur son plan, elle reflète donc d'une certaine manière la valeur même que possédait, dans le monde classique, la pure forme géométrique, le nombre comme essence, de même que le principe dorique du rien de trop... ». Ici, l'auteur oublie que le symbole n'est pas une forme « objectivement adéquate » à n'importe quelle fin, mais une forme adéquate à une fin spirituelle ou à une essence intellectuelle ; s'il y a coïncidence, dans certains arts traditionnels, entre la conformité à un but pratique et la conformité au but spirituel, c'est que dans ce cas le premier ne contredit pas le second, ce qu'on ne saurait affirmer de la machine qui, elle, n'est pas concevable hors du contexte d'un monde désacralisé. En fait, la forme de la machine exprime exactement ce qu'elle est, à savoir une sorte de défi lancé à l'ordre cosmique et divin ; elle a beau être composée d'éléments géométriques « objectifs » tels que des cercles et des carrés, dans son ensemble et par son rapport – ou son non-rapport – avec l'ambiance cosmique, elle ne traduit pas une « idée platonique » mais bien une « coagulation mentale », voir une agitation ou une ruse. Il y a certes des cas-limites, comme celui d'une machine encore proche d'un simple outil, ou celui d'un navire moderne dont la forme épouse à un certain degré le mouvement de l'eau et du vent, mais ceci n'est qu'une conformité fragmentaire et ne contredit pas ce que nous venons de dire. Quant à l'architecture « fonctionnelle », y compris l'urbanisme moderne, elle ne peut être appelé « objective » que si l'on admet que sa fin même est objective, ce qui n'est évidemment pas le cas : toute architecture est coordonné à une certaine conception de la vie et de l'homme ; or Evola lui-même condamne le programme social sous-jacent à l'architecture moderne. En réalité, l' « objectivité » apparente de celle-ci n'est qu'une mystique à rebours, une sentimentalité congelée et déguisée en objectivité mathématique ; l'on a d'ailleurs vu combien vite cette attitude se convertit, chez ses protagonistes, en un subjectivisme des plus arbitraires et des plus flottants.
 
Certes, il n'existe pas de forme totalement retranchée de son archétype éternel ; mais cette loi trop générale ne saurait être invoquée ici, et cela pour la raison suivante : pour qu'une forme oit un symbole, il faut qu'elle se situe dans un certain ordre hiérarchique par rapport à l'homme. Distinguons, pour être précis, trois aspects du symbolisme inhérent aux choses : le premier se réduit à l'existence même d'une forme, et en ce sens, toute chose manifeste son origine céleste ; le second aspect est le sens d'une forme, sa portée intellectuelle, soit à l'intérieur d'un système donné, soit encore en elle-même par son caractère plus ou moins essentiel et prototypique ; enfin, il y a l'efficacité spirituelle du symbole qui présuppose chez l'homme qui l'utilise, une conformité à la fois psychique et rituelle à une certaine tradition.

Nous avons insisté sur ce point, parce que Julius Evola méconnaît l'importance cruciale d'un rattachement traditionnel, tout en admettant la possibilité d'un développement spirituel spontané ou irrégulier, guidé par une sorte d'instinct inné et éventuellement actualisé par l'acceptation de la crise du monde actuel comme une catharsis délivrante. C'est là presque l'unique perspective qui resterait ouverte à l' « homme différencié » de nos temps, car l'appartenance à une religion se réduit, pour Evola, à l'intégration dans un milieu collectif plus ou moins décadent, tandis que la possibilité d'une initiation régulière serait à écarter : « ...Retenons que de nos jours, elle (cette possibilité) doit être pratiquement exclue ou presque, par suite de l'inexistence quasi complète des organisations respectives. Si les organisations de ce genre ont toujours eu, en Occident, un caractère plus ou moins souterrain à cause du caractère de la religion qui parvint à y prédominer et de ses initiatives de répression et de persécution, elles ont entièrement disparu dans les derniers temps. En ce qui concerne d'autres régions, l'Orient surtout, ces organisations y sont devenues toujours plus rares et inaccessibles, à moins que les forces dont elles étaient les véhicules n'aient été retirées d'elles, parallèlement au processus général de dégénérescence et de modernisation qui a fini par envahir même ces régions. De nos jours, même l'Orient n'est plus capable de donner autre chose que des dérivés ou un ''régime de résidus'' ; on est forcé de l'admettre rien qu'en considérant le niveau spirituel des Asiatiques qui ont commencé à exporter et à divulguer chez nous la sagesse orientale... »
 
Ce dernier jugement n'est absolument pas concluant : si les Asiatiques en question étaient les vrais représentants des traditions orientales, les divulgueraient-ils ? Mais supposons qu'Evola ait raison avec son jugement des organisations traditionnelles en tant que groupements humains : sa façon de voir n'en comporte pas moins une grave erreur d'optique, car aussi longtemps qu'une tradition conserve intactes ses formes essentielles, elle ne cesse d'être le garant d'une influence spirituelle – ou d'une grâce divine – dont l'action, si elle n'est pas toujours apparente, dépasse incommensurablement tout ce qui est dans le pouvoir de l'homme. Nous savons bien qu'il existe des méthodes ou des voies, comme le Zen, qui se fondent sur le ''pouvoir de soi-même'' et qui se distinguent en cela d'autres voies se fondant sur le ''pouvoir de l'autre'', c'est-à-dire en dehors du cadre formel d'une tradition donnée. Le Zen notamment, qui offre peut-être, l'exemple le plus saillant d'une spiritualité non formelle, est parfaitement, et même particulièrement, conscient de la valeur des formes sacrées. On dépasse les formes, non en les rejetant d'avance, mais en les intégrant dans leurs essences supra-formelles.  

D'ailleurs, Evola défnit lui-même la fonction médiatrice de la forme quand il parle du rôle du « type » spirituel, qu'il oppose à l'individu ou à la « personnalité » au sens profane et moderne du terme : « Le type (la tipicità) représente le point de contact entre l'individuel et le supraindividuel, la limite entre les deux correspondant à une forme parfaite. Le type désindividualise, en ce sens que la personne incarne alors essentiellement une idée, une loi, une fonction... ». L'auteur précise bien que le type spirituel se situe normalement dans le cadre d'une tradition, mais il ne conclut pas, apparemment, à la nature typique, c'est-à-dire implicitement supraindividuelle, de toute forme sacrée, sans doute parce qu'il n'envisage pas ce que les religions monothéistes appellent révélation. Or, il est inconséquent d'admettre la « dimension transcendante » de l'être – autrement dit la participation effective de l'intellect humain à l'intellect universel – sans admettre également la révélation, c'est-à-dire la manifestation de cet Intellect ou Esprit en formes objectives. Il y a un rapport rigoureux entre la nature supraformelle, libre et indéterminée de l'Esprit et son expression spontanée – donc « donnée par le Ciel » – en des formes nécessairement déterminée et immuables. Par leur origine, qui est illimitée et inexhaustible, les formes sacrées, bien que limitées et « arrêtées », sont les véhicules d'influences spirituelles, donc de virtualités d'infini, et à cet égard il est tout à fait impropre de parler d'une tradition dont il n'existerait plus que la forme, l'esprit s'étant retiré d'elle comme l'âme a quitté un cadavre : la mort d'une tradition commence toujours par la corruption de ses formes essentielles.

Selon toutes les prophéties, le dépôt sacré de la Tradition intégrale subsistera jusqu'à la fin du cycle ; cela signifie qu'il y aura toujours quelque part une porte ouverte. Pour les hommes capables de dépasser le plan des écorces et animés d'une volonté singulière, ni la décadence du monde environnant, ni l'appartenance à tel peuple ou tel milieu, ne constituent des obstacles absolus.  
Quaerite et invenietis.

Revenons un instant au titre du livre d'Evola : l'adage qu'il faut « chevaucher le tigre » si l'on ne veut pas être déchiré par lui, comporte évidemment un sens tantrique ; le tigre est alors l'image de la force passionnelle qu'il faut dompter. On peut se demander si cette métaphore convient réellement à l'attitude de l'homme spirituel à l'égard des tendances destructives du monde moderne : remarquons d'abord que n'importe quoi n'est pas un « tigre » ; derrières les tendances et les formes que Julius Evola envisage, nous ne trouverons aucune force naturelle et organique, aucune shakti dispensatrice de puissance et de beauté ; or, l'homme spirituel peut utiliser rajas, mais il doit rejeter tamas ; enfin il y a des formes et des attitudes qui sont incompatibles avec la nature intime de l'homme spirituel et avec les rythmes de toute spiritualité. En réalité, ce ne sont pas les caractères particuliers, artificiels et hybrides du monde moderne qui peuvent nous servir de support spirituel, mais bien ce qui, dans ce monde, est de tous les temps.


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lundi 24 octobre 2016

Chems-eddine HAFIZ - Notes de lecture du livre " Introduction aux doctrines ésotériques de l'Islam" de Titus Burckhardt


Titus Burckhardt et Frithjof Schuon



Un livre de Titus Burckhardt, on me rétorquera qu'il s'agit d'un écrit difficile, inaccessible, voire indigeste. Que nenni, c'est un régal pour celui qui s'intéresse à ce qui n'est pas visible, (Bâtin) aux grands ésotéristes du 20ème siècle.

Titus Burckhardt est de mon point de vue l'un des meilleurs interprètes de ce que l'on appelle la vérité universelle en matière d'enseignement ésotérique et sapientiel, de cette philosophia perennis que l'on retrouve aussi bien dans le Platonisme que le Vedanta ou le Soufisme.

Membre de l' "école traditionaliste", il fait partie de ceux qui ont composé les trois courants principaux de disciples de René Guénon (1886-1951) : Frithjof Schuon, Michel Valsân, Roger Maridort, Martin Lings ou encore Roger du Pasquier.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Titus Burckhardt, il est né à Florence en 1908 et mort à Lausanne en 1984. Il est l'auteur d'ouvrages consacrés à l'ésotérisme, notamment l'ésotérisme musulman qui aujourd'hui est considéré sans contestation comme trouvant sa source dans le livre sacré de l'Islam, le Coran, où la dualité d'Allah, Celui apparent et Celui caché, autorise pleinement la voie mystique.

Dans son livre « Introduction aux doctrines ésotériques de l'Islam », Dervy-Livres, 1969, réédité dans la collection l'Etre et l'Esprit, 2008, Titus Burckhardt confirme, que le soufisme n'a aucunement pas subi d'influences extérieures à l'Islam, qu'elles soient hindoues, chrétiennes ou néo-platoniciennes. Il compare le rôle du Soufisme dans l'Islam à « celui du cœur dans l'homme », le cœur étant le « centre vital de l'organisme » et le « siège » d'une essence qui dépasse toute forme individuelle ».

Le Soufisme, l'ésotérisme de l'Islam, appelé al-taçawwuf, car ces adeptes revêtaient de la laine (çûf), ceux que l'on appelle mutaçawwuf, qui vivent le « secret » (al-sir) entre eux et Allah. Titus Burckhkardt définit le Soufisme « qui est l'aspect ésotérique ou « intérieur » de l'islam, se distingue de l'Islam exotérique au même titre que la contemplation directe des réalités spirituelles – ou divines – se distingue de l'observance des lois qui les traduisent dans l'ordre individuel en rapport avec les conditions d'un certain cycle humain. »

Il oppose l'ésotérisme islamique, l'intérieur – l'invisible, le caché – ou bâtin, à l'extérieur – le visible, l'apparent – ou zâhir, celle-ci qui consiste dans la simple observance des lois religieuses qui symbolisent les réalités spirituelles.

C'est également sur la Loi religieuse, la Charia ou « grande route », qui doit s'appliquer à l'ensemble des croyants musulmans, et qui est considérée comme une écorce, dont la Vérité (haqqiqah) est le noyau. Ce noyau est accessible à un très petit nombre.

Pour René Guénon, cette loi islamique (exotérisme) s'assimile à la circonférence qui entoure un point central qui est la Vérité et pour que de la loi on accède à la Vérité, il y a lieu d'emprunter un chemin ténu, « voie étroite », qui est comme le rayon de la circonférence au centre et qui est la tarîqah, voie initiatique : « La circonférence ne saurait exister sans le centre, dont elle procède en réalité tout entière, et, si les êtres qui sont liés à la circonférence ne voient point le centre ni même les rayons, chacun d'eux ne s'en trouve pas moins inévitablement à l'extrémité d'un rayon dont l'autre extrémité est le centre même. Seulement, c'est ici que l'écorce s'interpose et cache tout ce qui se trouve à l'intérieur, tandis que celui qui l'aura percée, prenant par là même conscience du rayon correspondant à sa propre position sur la circonférence, sera affranchi de la rotation indéfinie de celle-ci et n'aura qu'à suivre ce rayon pour aller vers le centre. (...) Il faut d'ailleurs préciser que, dès que l'enveloppe a été pénétrée, on se trouve dans le domaine de l'ésotérisme ».

S'il existe de nombreuses voies initiatiques ou tourouk, elles tendent toutes vers le même point central qui est « l'état primordial ».
Dans le soufisme, on distingue trois éléments : une doctrine, une initiation et une méthode spirituelle.

La doctrine est une « préfiguration symbolique de la connaissance qu'il s'agit d'atteindre ». Elle est enseignée de manière « personnelle » de maître à disciple, le maître qui est rattaché au Prophète par un lien, dite chaîne de transmission (silsilah).

Quant à l'initiation, elle consiste dans « la transmission d'une influence spirituelle » d'un maître à un disciple qui lui inculque une méthode spirituelle. Il existe de nombreuses méthodes, de nombreuses chaînes qui sont autant de voies différentes correspondant à des vocations spirituelles particulières. Pour illustrer mon propos, prenons comme exemple Djalâl ud-din Rûmî, dit Mawlânâ, « notre Maître », fondateur de l'ordre des Derviches tourneurs qui a développé le concept du concert spirituel – le samâ' – : « Plusieurs chemins mènent à Dieu, dira-t-il, j'ai celui de la danse et de la musique » :

« Le samâ' est la paix pour l'âme des vivants,
Celui qui sait cela possède la paix de l'âme.
Celui qui désire qu'on l'éveille,
C'est celui qui dormait au sein du jardin.
Mais pour celui dort dans la prison,
Etre éveille n'est pour lui que dommage.
Assiste au samâ' là où se célèbre une noce,
Non pas lors d'un deuil, en un lieu de lamentation.
Celui qui ne connaît pas sa propre essence
Celui aux yeux de qui est cachée cette beauté pareille à la lune,
Une telle personne qu'a-t-elle à faire du samâ' et du tambour de basque ?
Le samâ' est fait pour l'union avec le Bien Aimé.
Ceux qui ont le visage tourné vers la Qibla,
Pour eux, c'est le samâ' de ce monde et de l'autre.
Et plus encore ce cercle de danseurs dans le samâ'
Qui tournent et ont au milieu d'eux leur propre Ka'ba ».

Il est établi que dans la tradition islamique, la recherche de la « connaissance » (Ilm) est un mot qui revient plus de 800 fois dans le Coran et les nombreuses traditions prophétiques affirment que « la recherche de la connaissance est une obligation religieuse », ou « cherchez la connaissance jusqu'en Chine ».

C'est donc, cette obligation pesant sur le croyant musulman qui est se consacrer à la recherche de la connaissance qui « vivifiera » la religion musulmane.


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dimanche 14 août 2016

Études Traditionnelles n° 483 à 486 (1984)










483/GRISON Pierre//Du Tao et de sa vertu/1984/1-3
483/PETIPIERRE François//Le paysage symbolique des Muiscas/1984/1-3
483/SAFVATE Dariouche/DURING Jean/Musique iranienne et mystique (1)/1984/1-3
483/SCHUON Frithjof//Failles dans le monde de la foi/1984/1-3
484/BORELLA Jean//L'homme (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/BORELLA Jean//Rencontre d'un métaphysicien (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/CANTEINS Jean//De l'auteur et de son oeuvre (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/DU PASQUIER Roger//Un porte-parole de la Tradition universelle (Hommage à T,Burckhardt)/1984/4-6
484/MICHON Jean-Louis//Titus Burckhardt à Fès, 1972-1977/1984/4-6
484/SAFVATE Dariouche/DURING Jean/Musique iranienne et mystique (2)/1984/4-6
484/SCHAYA Léo//Souvenir d'une amitié (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/SCHUON Frithjof//le mystère du Visage hypostatique/1984/4-6
485/BONNET Jacques//Entre lumière et ténèbres/1984/7-9
485/BURCKHARDT Titus//Fès, une ville humaine/1984/7-9
485/KÛRY Ernst//Le Prince de l'erreur/1984/7-9
485/RESTANQUE Emile//Le symbolisme du blason et ses origines/1984/7-9
485/SCHUON Frithjof//Notes sur le vêtement des Indiens peaux-rouges/1984/7-9
486/CANTEINS Jean//A propos du dossier "H)/1984/10-12
486/GUENON René//A propos des constructeurs du moyen âge/1984/10-12
486/GUENON René//Les gardiens de la Terre Sainte/1984/10-12
486/GUENON René//Quelques aspects du symbolisme de Janus/1984/10-12
486/ROMAN Denys//33 ans après/1984/10-12
486/SCHUON Frithjof//A propos de quelques critiques/1984/10-12
486/SCHUON Frithjof//A propos d'une image/1984/10-12




dimanche 19 juin 2016

Études Traditionnelles n° 399 à 404 (1967)










BURCKHARDT Titus//La prière d'Ibn Mashîsh

GRISON Pierre//Fan Ts'ing Fou Ming)

ROMAN Denys//Sur quelques aspects de la Maçonnerie dite écossaise

SCHUON Frithjof//le Démiurge dans la mythologie nord-américaine

GRISON Pierre//333 Questions

IBN ARABI Mohyiddîn /VALSAN Michel/Le livre d'Enseignement par les Formules Indicatives (1)

SCHUON Frithjof//Note sur l'élément féminin dans le Mahâyâna

GRISON Jean-Louis//Topiltzin Quetzalcoatl

/ROMAN Denys//René Guénon et la lettre G (1)

SCHUON Frithjof//Des concomitances de l'amour de Dieu

DARQAWI Sh.al-Arabî ad-/BURCKHARDT Titus/Nouveaux Extraits de ses Lettres

GRISON Pierre//la Courge et la Calebasse

RAMANA MAHARSHI/DUQUESNE,COUVREUR /la Guirlande Nuptiale de Lettres

RAMANA MAHARSHI/DUQUESNE,COUVREUR /Onze stances au sujet de Shri Arunachala

ROMAN Denys//René Guénon et la lettre G 

SCHUON Frithjof//L'Impossible Convergence

VACHOT, AVALON//Hymnes à la Déesse (Textes tantriques)

VALSAN Michel//Notes de Lecture : Sur Abû Yazîd al-Bistâmî

BENOIST Luc//Iconoclasme et Art moderne

GRISON Jean-Louis//Les Cycles dans les civilisations précolombiennes

GRISON Pierre//La Caille et le Loup

ROMAN Denys//Nécrologie : François Ménard, alias La lettre G




samedi 11 juin 2016

Études Traditionnelles n° 393 à 398 (1966)












ALMQVIST Kurt//Les trois cercles de l'existence

PALLIS Marco//Considérations sur la spiritualité tantrique

SAINT-VICTOR Richard de /MERLE Hélène/Textes du Benjamin Majeur, sur la Contemplation et ses grâces 

SCHUON Frithjof//Remarques sur le symbolisme du sablier

DARQAWI Sh.al-Arabî ad- /BURCKHARDT Titus/Extraits de ses Lettres

SCHUON Frithjof//L'Imposture du psychologisme

VALSAN Michel//le Triangle de l'Androgyne et le monosyllabe "Om" 

PERRY whitall N.//la Réincarnation : Faits et Fantaisies

SCHUON Frithjof//Le message koranique de Seyyidnâ Aîssa

VACHOT Charles//Peut-on parler d'orthodoxie cathare 

396-7/GRISON Pierre//Le jeu de l'escarpolette

IBN ARABI Mohyiddîn /VALSAN Michel/Deux définitions : la Charî'ah et la Haqîqah (Futûhât, ch.262 & 263) 

RAMANA MAHARSHI/DUQUESNE,COUVREUR /Qui suis-je - (Koham)

ROMAN Denys//A propos d'un article du Symbolisme

SCHUON Frithjof//Synthèses des Pâramitâs

GRISON Pierre//Considérations sur le Boisseau

QUNAWI Çadru-d-dîn al-/VALSAN Michel/l'Épître sur l'Orientation Parfaite

RAMANA MAHARSHI/DUQUESNE,COUVREUR /le Collier aux Neuf Gemmes




samedi 4 juin 2016

Études Traditionnelles n° 387 à 392 (1965)












387/BENOIST Luc//Note brève sur l'action dans le bouddhisme

387/BURCKHARDT Titus//Cosmologie et Science moderne (3)

387/GRISON Pierre//Le Traité de la Fleur d'Or du Suprême Un (1) (ch. 1)

387/QACHANI Abdu-Razzâq al /VALSAN Michel/Ta'wîlâtu 1 Qur'ân : Extraits sur les lettres Isolées (2)

387/SCHUON Frithjof//Religio perennis

387/VALSAN Michel//Le Triangle de l'Androgyne et le monosyllabe "Om" (3)


388/PALLIS Marco//le Voile du Temple (3)

389-90/GRISON Pierre//Une forme exotique de l'erreur spirite : Le Caodaîsme

389-90/IBN ARABI Mohyiddîn /VALSAN Michel/la Demeure du Coeur de l'Invocateur et les secrets particuliers

389-90/MARIDORT R.//Correspondance

389-90/SCHUON Frithjof//Quelques difficultés des textes sacrés

389-90/VALSAN Michel//l'Initiation chrétienne : Réponse à M. Marco Pallis

391/FABRE D'OLIVET//Histoire Philosophique du Genre Humain : Table des Chapitres

391/SAINT-VICTOR Richard de/MERLE Hélène/Textes du Benjamin Majeur) sur la Contemplation et ses grâces (1)

391/SCHUON Frithjof//Le Commandement Suprême

392/FABRE D'OLIVET//Histoire Philosophique du Genre Humain : livre III, ch.II et lII

392/SCHUON Frithjof//Usurpations du sentiment religieux

392/VACHOT Charles//Orthodoxie traditionnelle et orthodoxie chrétienne










dimanche 29 mai 2016

Études Traditionnelles n° 381 à 386 (1964)


      Michel Vâlsan – Cheikh Mustaphâ Abd el-'Azîz



Au sommaire


  • SCHUON Frithjof Regards sur les mondes anciens 
  • KÜRY Ernst Le Droit dans les civilisations monothéistes 
  • QACHANI Abdu-r-Razzâq al- VALSAN Michel Ta'wîlâtu-l-Qur'ân : Extraits sur les Lettres Isolées 
  • GRISON Pierre Notes sur le Jade
  • VALSAN Michel Le Triangle de l'Androgyne et le monosyllabe "Om" 
  • SCHUON Frithjof Le Serviteur et l'Union
  • BURCKHARDT Titus Cosmologie et Science moderne 
  • SCHUON Frithjof Le délivré et l'image divine 
  • PALLIS Marco Le Voile du Temple  
  • GRISON Jean-Louis Notes sur les Trigrammes 
  • SCHUON Frithjof Propos sur la Naïveté 
  • IBN ARABI Muhyu-d-dîn VALSAN Michel Les états des initiés au moment de leur mort