vendredi 30 décembre 2016

La demeure du Pôle et le sceau du Soleil - Turba Philosophorum

   
    Turba Philosophorum

Médaille offerte au Roi-Soleil par le duc d'Aumont. 



Article paru dans Le Miroir d'Isis N° 20 (novembre 2013)

A.A.


Notre  étude  sur  la  figure  et la  fonction  d'Hermès-Idrîs  telles  qu'elles  apparaissent  dans  la  tradition islamique a montré que celui-ci assume une fonction polaire - il est le « pôle des esprits humains » - mais aussi solaire, puisque sa demeure est dans le ciel du Soleil. Or il se trouve que cet aspect tantôt polaire, tantôt solaire n'est pas sans relation avec certaines correspondances numériques, et c'est ce que nous souhaiterions nous attacher à développer quelque peu dans ce qui suit.








vendredi 27 février 2015

Jean Foucaud - L’EXISTENCE CORPORELLE ET LA DEMARCHE INITIATIQUE





En ce jour Nous préserverons ton corps afin que tu sois un signe pour ceux qui viendront après toi, même s’ils sont nombreux les gens qui ne prêtent aucune attention à Nos signes . C X :92  (Traduction A. Penot)




[Note : Ce texte constitue la première partie d’un tryptique inédit à ce jour, nous la publions ici avec l’aimable autorisation de l’auteur et du site http://dinul-qayyim.over-blog.com/



« Pourquoi as-tu laissé abîmer ton corps ? »
(reproche d’Ibn ‘Arabî à al-Hallaj qui, selon lui,
aurait pu et dû éviter sa condamnation et son exécution.)



I

* Note liminaire : Certaines des considérations suivantes ne sont pas d’origine livresque et ne comportent donc point de références (sauf le minimum requis quand certaines notions se trouvent déjà dans le domaine public-)

Avertissement de l’auteur (février 2015) : Cet article rédigé avec le soutien du regretté directeur de Vers La Tradition, M. Goffin (qui voulait faire un n° spécial sur le Corps dès 2004) a été refusé par son successeur, un certain Michel Rouge, sous des prétextes oiseux qui cachaient mal son hostilité  anti-vâlsanienne à mon égard; et voilà comme un lieu de liberté préservé pendant 25 ans par M. Goffin a été anéanti par quelque censeur prétentieux et imbu de son « pouvoir ».

_______________

Dans la note 26 page 76 de son article de VLT (n° 95 mars 2004), René Luong a attiré notre attention par cette remarque peu courante : « la question du  »corps » pris comme support de la marche initiatique est totalement absente des débats guénoniens ». Nous lui ferons remarquer aimablement que cette formule reprend presque mot pour mot la note de René Guenon (dans La Grande Triade -ed. de 1957,p.106) qui donne le titre de nos réflexions.

Avant de développer succinctement ce thème, rappelons que dans le champ des publications ésotériques européennes, seul René Guenon l’a abordé trois fois : a) dans son article inachevé « les conditions de l’existence corporelle » [1912]; b) au sujet des qualifications corporelles dans ses différents articles réunis en 1946 sous le titre « Aperçus sur l’Initiation »; c) dans l’article « Kundalini » (Etudes sur l’Hindouisme). Mais dans le premier cas, la chose vue dans une perspective générale et «philosophique» n’est pas vraiment traitée d’un point de vue initiatique ni opératif, c’est-à-dire que l’on n’y trouve ni enseignement, ni aide permettant de progresser sur la voie de la réalisation pour ceux qui auraient dépassé le stade virtuel (quant aux autres, aucun ouvrage ne leur permettra de se passer d’un maître (1)). Il est vrai qu’il s’agit d’un texte de jeunesse (1912), époque où René Guénon ne traite pas encore des conditions de l’initiation et de la réalisation.

Pour en revenir au milieu  »guénonien » actuel (avec toutes les réserves que cet adjectif comporte) s’il n’y a pas de débat sur le problème du corps, c’est parce qu’il s’agit trop souvent de sujets d’origine chrétienne, mal à l’aise dans  »leur peau », n’ayant jamais intégré dans leur pratique antérieure à leur conversion les valeurs corporelles mises à leur place légitime par toutes les doctrines orientales (notamment le soufisme, l’hindouisme et le taoïsme). Donc ce n’est pas chez eux que l’on trouvera un début de connaissances techniques sur la question. Et, soit dit en passant, il est en effet étrange que les Catholiques romains n’aient aucune ablution (2), alors que les protestants en ont au moins une partielle (après le coït). Dans un temple japonais, même un non-Japonais doit faire un  petite ablution avant d’entrer… Le corps n’est pas un mal qu’il faudrait ignorer (3) mais un élément à intégrer… Comme le dit la Sunna : « la hayâ’ fî-d-dîn » (4). Nous voulons dire que tant que l’on ne considère pas le corps comme un support essentiel – mais non dominant – de la réalisation, il ne faut pas espérer faire de progrès (5).

Les êtres ne sont pas tous les mêmes, il y a d’abord ceux nés avec la fitra (6) (la nature primordiale adamique) que René Guénon désigne une seule fois discrètement dans un passage trop souvent oublié – et souvent incompris : « il existe encore actuellement, même en Occident, des hommes qui, par leur  »constitution intérieure », ne sont pas des  »hommes modernes » (…) et c’est à ceux-là que nous avons toujours entendu nous adresser exclusivement » [Initiation et Réalisation spirituelle, chap.2](7). René Guénon ne parle pas de  »qualifications » comme dans ses deux ouvrages sur l’initiation : il emploie l’expression de  »constitution intérieure » [khuluq](8), c’est-à-dire de gens qui sont nés ainsi, qui ne le deviennent pas, et dont c’est le statut [hukm]; ceci est irrémédiable et les autres prétendus savants livresques n’y peuvent rien : l »’intelligence » ne compensera jamais l’absence de cette fitra. Il est une compréhension et un vécu innés de la vie traditionnelle intégrale qui ne doivent rien à des talents extérieurs, fussent-ils géniaux.

Nous citions l’islam; sait-on que les êtres missionnés (rasûl, nabî, walî, fard) ont un corps apparemment identique aux autres mais qualitativement (on aurait envie de dire :  »moléculairement ») différent, bien que cela soit invisible. Qu’on se rappelle bien ce que disait l’une des épouses du Prophète Muhammad : « Son Corps [khuluqu-hu] c’était le Coran »(9). Voilà une formule lapidaire qui n’a de sens que par ce que nous avons essayé de résumer ci-dessus. Cette formule est à rapprocher absolument de celle de la tradition chrétienne : « Verbum caro fit » (Jn prol. v.13) : « Et le Verbe se fit Chair », qui est rigoureusement équivalente (10). Or dans le prologue de l’Evangile selon saint Jean – [« in principium erat verbum / omnia per ipsum facta sunt / in ipso vita erat et vita erat lux hominum... [Verbum] erat lux vera… qui non ex sanguinibus / neque ex voluntati carnis / neque ex voluntati viri sed ex Deo nati sunt »] – il y a un triple rapport initial entre le verbe (le logos du texte grec), la lumière et la création; et un deuxième aspect : « ceux qui sont nés non de la chair ni du sang, mais de la volonté de Dieu »(11). Il y aurait donc des êtres dont le statut corporel ne serait pas le même – malgré les apparences – que celui des autres. Ce thème de la lumière est extrêmement net dans l’ésotérisme islamique où il se rapporte au Prophète lui-même (haqiqa muhammadiya – rûh muhammadiya – nûr muhammadî) : en fait foi le verset de la sourate La Lumière (XXIV, 35), où un nom divin [nûr – dans : « Allâhu nûru- s-samawâti wa-l-ard »] désigne – pour les ‘arifûn bi-Llâh – univoquement le Prophète lui-même et sa perfection corporelle, n’en déplaise aux exégètes verbeux qui ont dit tout et n’importe quoi sur cet admirable verset, voulant y voir à tout prix le Christ, la religion chrétienne (comme Michel Hayek), quand ce n’est pas le Bouddha – à cause de l’arbre béni ! (« shajaratin mubârakatin zaytûnatin »)(12).

Seulement, ce qui n’est jamais dit, c’est que ce verset et cette lumière sont l’emblème et la nourriture des rijâl al-ghayb, domaine réservé de l’islam caché, dont le maître est seyyidunâ al-Khidr et dont les groupes informels qui ne relèvent que de lui sont par nature inaccessibles à la longue théorie des murîdin, lesquels ignoreront toujours cette rûhâniyah – réalité spirituelle – car leur nature les empêche d’entrer en contact avec elle, qui est bien plus que ce soufisme « anonyme » dont monsieur Chodkiewicz n’a entrevu – semble-t-il – que l’écorce extérieure. . Et ici nous condamnons une fois de plus cette érudition livresque qui stérilise presque tous les écrits  »soufis » des Européens et autres occidentalisés (convertis ou non) comme l’a fort bien écrit, et peut-être malicieusement, monsieur Chodkiewicz: « Il n’est pas licite d’enseigner une science quelle qu’elle soit (…) si la connaissance qu’on en a n’est fondée que sur la seule lecture individuelle. » – et nous ajouterons : fût cette lecture celle des textes akbariens eux-mêmes ! (13)

Pour en revenir au thème de la lumière, certains êtres prédestinés à de hautes fonctions rayonnent de cette lumière [on dit que quand le Prophète paraît au Diwân as-Sâlihîn il est impossible de poser son regard sur lui] qui se manifeste par exemple dans le cas de seyyidunâ ‘Isâ, lors de la Transfiguration. Sa lumière venait non de l’extérieur mais de l’intérieur de lui-même (14). Est-il vraiment incompréhensible que le processus de la lumière engendrant le corps [cf. dans les années soixante, les dires de certains savants modernes : la matière fait penser à de la lumière condensée] puisse s’inverser ou devenir réversible, de sorte que le corps à son tour libère la lumière intérieure dont il est fait, et qui est évidemment la plupart du temps invisible comme nous le disions plus haut : le même corps apparent n’est pas le même selon que l’on est prophète ou simple individu. C’est pour cela que certains sont l’objet d’une élection divine [yaf’alu mâ yashâ’]. Les autres prétentieux devraient en prendre leur parti et, pour progresser (même s’ils sont dépourvus de qualifications pour quoi que ce soit, malgré la pratique forcenée, les lectures, les rattachements divers…) partir de leur modeste statut. En fait, beaucoup trop de gens ambitieux gardent leur mentalité profane après le rattachement, ce qui explique le taux d’échecs, en tout cas le peu de cas de réalisation. Comme le dit seyyidunâ ‘Isâ : « Le grain qui tombe sur une terre aride ne germe pas et meurt ».

Ce corps lumineux invisible (15) est tellement important que ses couleurs servent de critères initiatiques aux Maîtres réalisés (et voyants, ce qui n’est pas le cas de tous) pour savoir si leur aide est appropriée, efficace, si le disciple progresse ou au contraire régresse, selon une certaine hiérarchie chromatique (16). Ici le lecteur est en droit de se demander : pourquoi accorder autant d’importance pratique au corps ? C’est que la ma’rifa est occultée par les ténèbres [zulm] du corps. Autrement dit, l’action directe (et non plus l’influence ou l’enseignement) d’un maître [murshid] est de chasser les ténèbres du corps du disciple. Comment ? En l’abreuvant de lumière –  »abreuver », car il convient d’en souligner l’aspect fluide. Et il ne s’agit pas ici de symboles, d’allégories ou de sens figurés. Mais seuls comprendront ceux qui sont concernés. Un maître comme Najmu-d-Dîn Kubrâ ne dit pas autrement ce que nous affirmons ici sans référence.

Quand nous affirmons l’importance du corps lumineux (qui préfigure le corps glorieux de la deuxième résurrection), il nous faut signaler les cas rares mais toujours actuels de femmes [aux fonctions spirituelles et temporelles très élevées] caractérisées par l’aménorrhée sans stérilité (énigme insoluble pour la gynécologie moderne !), l’exemple le plus célèbre étant celui de la Vierge Marie  (17) (dont le nom arabe grammaticalement masculin – batûl – ne comporte pas de féminin, car il lui est exclusivement réservé) (18); il y a celui de Jeanne d’Arc [cf. article de Michel Vâlsan, Etudes Traditionnelles 1969], née évidemment avec la fîtra, et d’autres femmes (notamment afrad) complètement inconnues… L’intérêt de ces exemples, c’est que ces êtres, non seulement sont libérés de la plupart des préoccupations corporelles, mais peuvent pratiquer les rites exotériques et ésotériques sans jamais être interrompues par l’impureté légale liée au cycle menstruel (qu’on se rappelle la présence continue de Marie au Temple, sans oublier le cas de Seyyida Fâtima).

Quand nous parlons phénoménologiquement du corps, on pourrait croire qu’il est statique; en fait, l’influence spirituelle (le rattachement) peut modifier l’apparence corporelle, notamment l’éclat du regard (visible seulement pour ceux dont l’oeil intérieur a été préalablement ouvert par un rite – connu surtout en Afrique noire – ou par don naturel) (19). Il y a même des cas plus curieux et ce serait celui de René Guénon après sa rencontre avec un envoyé du centre caché de l’islam (rajul al-ghayb) d’après un témoin de l’époque dont les descendants ont récemment (1999) rapporté les dires : « après cette rencontre il ne fut plus jamais le même, même son physique avait changé, notamment la forme des mains [?] ». Il n’est pas rare que l’impact régénérateur de l’initiation provoque comme une deuxième jeunesse autant physique qu’intellectuelle en réactivant toutes les fonctions (organiques, mentales, etc…). Encore faut-il que le réceptacle relève de ce que René Guénon appelle une  »constitution intérieure » qui n’est pas celle d’un homme moderne. Sans parler des miracles proprement dits, nous connaissons personnellement des cas de modifications corporelles sur le lieu saint de la Mecque, chez des pèlerins atteints de malformations osseuses : l’effet de la baraka particulière à ce territoire sacré peut agir à l’insu du sujet (contrairement au cas des malades venant expressément à Lourdes dans le but d’être guéris).

Même s’il se renouvelle constamment (on dit que les cellules sont régénérées tous les sept ans) le corps de l’individu humain est un phénomène unique : on ne revient pas une deuxième fois dans le même corps; autrement dit, il n’y a pas de réincarnation. Les entités qui se superposent et habitent le corps peuvent être multiples (20) mais ce corps unique est une  »chance » (nous voulons dire une grâce providentielle) unique et n’est pas remplaçable ou interchangeable. C’est un support privilégié et le statut normal de l’être humain est la corporéité c’est-à-dire que l’état posthume, défini comme séparation du corps et de l’âme, ne peut être qu’une anomalie provisoire, réparée à la fin du cycle par une première puis une deuxième résurrection définitive (corps glorieux). Cette  »incarnation » peut, par hérédité psychique ou par métempsychose, bénéficier d’ « éléments » appartenant à d’autres êtres (généralement passés) ou recueillir les connaissances informelles liées à un statut antérieur ( »préexistence des âmes  »), ce dont témoigne le don d’αναμνησις (= réminiscence) bien connu des anciens, notamment de Socrate, et qui explique en grande partie le fameux « don des langues » sous son aspect linguistique (subalterne mais spectaculaire). Si l’on ne voit pas le rapport direct entre ce phénomène et la corporéité, nous dirons qu’il s’appuie sur une particularité phonatoire extérieurement invisible mais bien réelle. Il y a donc des marques corporelles (nous aimerions aborder ultérieurement cette question pour ce qui concerne le Prophète Muhammad et Ibn ‘Arabî).

Autre difficulté que nous n’abordons qu’incidemment : les liens entre le corps et l’âme. La distanciation à la limite de la séparation du corps et de l’âme, du vivant de l’être humain, peut se produire à l’état de veille (jadhb) ou durant le sommeil. Le problème est le retour de l’âme dans le corps, qui n’est pas sans risque (la séparation ne doit pas durer plus de trois jours, sous peine de mort réelle, inexplicable pour l’entourage)(21). Ceci n’a évidemment rien à voir avec les pseudo-voyages en astral des rosicruciens modernes qui prennent ce phénomène préternaturel pour un signe de réalisation initiatique (22), ni avec le phénomène propre aux Abdâl (qui laissent leur corps sous forme de double) et à d’autres êtres qui ne le sont pas (et n’en ont pas conscience). Certains  »réalisés-vivants » dans le monde arabo-islamique (équivalents aux jivân-mukti des hindous) connaissent une assomption à l’état d’éveil qui les mène au-delà du système solaire (cf., en partie, ce que dit ‘Abd el-‘Azîz ad-Dabbagh sur le barzakh, dont le secret est bien gardé). Mais ici, nous ne pouvons en dire plus.

Par ailleurs, peu comprennent que l’on peut vivre sur plusieurs plans de conscience à la fois, que l’on peut disposer de 72 heures par jour, là où la plupart n’en vivent que 24, ce qui rend sans intérêt l’obsession de la longévité (qui n’a certainement pas le même sens chez les taoïstes que pour la gérontocratie actuelle, cliente des laboratoires faiseurs de ‘miracles’ où l’on prolonge des individus non pas parce qu’ils auraient des fonctions traditionnelles à remplir, mais tout simplement parce qu’étant milliardaires ils ont les moyens de s’offrir des cures de rajeunissement. Avec la peur de l’échéance, on retrouve là l’inversion typiquement contre-traditionnelle, qui est celle de la parodie moderne dans sa conception du corps, lequel ne devrait jamais être un but en soi mais un support de réalisation)(23).

Pour les êtres dont l’existence corporelle est ressentie comme un boulet à traîner – il existe une tyrannie du corps – il ne reste plus qu’à faire semblant de vivre, en respectant de son mieux les règles traditionnelles qui gèrent le quotidien (ce que les Gens du Blâme appellent : « les cinq prières et l’attente de la mort »). Pendant que la plupart assument ce que Guénon appelle « la vie ordinaire », avec plus ou moins de conviction, les happy few vivent dans un autre monde (qui n’a rien à voir avec les imaginaires mondes parallèles, lancés autrefois par les suppôts de la pseudo – voire de la contre – tradition, du genre Pauwels et consorts de la revue Planète). Au lieu de s’épuiser dans le quotidien, certains se dépensent au service d’Allâh et les profanes qui les voient apparemment inactifs, se demandent d’où vient leur fatigue. C’est là qu’un Réalisé clairvoyant leur dit : « Notre nafs aussi est au service d’Allâh; notre corps ni notre sommeil ne nous appartiennent »; et cette activité invisible peut être aussi usante que la vie des gens perdus dans des advélitations illusoires. La voie salébreuse du sulûk est autrement ardue : c’est un jihad incessant avec peu de périodes de répit; donc, une fois de plus, la question de la longévité est une question oiseuse. D’ailleurs le corps, même cadavérique, a des prolongements bénéfiques : lieux de pèlerinage, reliques, tombeaux des saints, protection territoriale liée à ces tombes (c’est pour cela qu’il est interdit de déplacer le corps d’un saint hors de son lieu de décès ou de sa tombe. Cette transgression ne porte jamais bonheur aux profanateurs : quand on veut priver les croyants et disciples de la baraka d’un saint reconnu, on se coupe soi-même immanquablement de toute baraka)(24).

(A suivre…)

P.S. Faut-il préciser que les données développées ci-dessus ne doivent rien aux travaux d’Henri Corbin; lequel,malgré sa vive intelligence,s’est égaré pendant des années dans l’hérésiographie islamique(*).Il a eu cependant le grand mérite de rassembler des textes peu connus (souvent plus ismaéliens que chiites, et souvent plus chiites que sunnites) et très importants sur les thèmes de l’Ange, la Lumière, l’Imam Caché et surtout le Barzakh.

(*)- cf. les critiques très pertinentes de Chodkiewicz à propos du  »corbinien » Ruspoli dans Le Sceau des Saints.

A.

Notes :

(1) – Et ceci fait comprendre que la perspective ésotérique théorique ne se confond jamais avec la perspective initiatique pratique. Cette distinction renvoie pour nous à la différence entre murîdîn et murâdîn, catégorie inconnue, et pour cause, de nos savants islamologues à l’érudition livresque dépourvue de toute ma’rifa – connaissance directement inspirée par Dieu – et donc de toute autorité magistrale.[]

(2) Les Esséniens préchrétiens – et donc précurseurs – avaient déjà des ablutions comparables à celles de l’islam ou de l’hindouisme.[]

(3) Lesquels chrétiens ont oublié leur tradition, selon laquelle le corps est le temple du Saint-Esprit.[]

(4) c’est-à-dire : « pas de fausse pudeur dans le domaine (notamment sexuel) de la loi (divine) ».[]

(5) On remarquera qu’intentionnellement nous ne traiterons pas de sexualité car elle est à 99 % d’ordre nafsani (animique, psychique) et ne relève donc pas de notre étude. En cas de nécessité,on pourra toujours se référer à « la Métaphysique du Sexe » de Julius Evola![]

(6) cf. Coran VII, 172. Tous les rites de l’islam s’expliquent par la notion de fitra (par exemple les soins du corps, cf. Michel Vâlsan : L’Islam et la fonction de René Guénon, Paris, 1984, p.150, n.79; sans parler des interdits alimentaires que nous aborderons plus loin).[]

(7) Il serait temps de faire enfin une lecture initiatique de René Guénon et non indéfiniment spéculative comme c’est le cas de presque tous les livres qui lui ont été consacrés, à l’exception notable des deux articles de Michel Vâlsan dans les Etudes Traditionnelles de 1951 et 1953, sans lesquels nul n’aurait rien compris à la personne, à l’oeuvre et à la fonction de René Guénon. Pour une lecture ‘intellectuelle’, signalons les excellents articles de René Luong et de G Servant dans les numéros spéciaux sur René Guénon de Connaissance des Religions (n°65-66, Paris 2002) et de Vers la Tradition (n° 83-84, Mars 2001). Quant à ceux qui lisent René Guénon avec la mentalité occultiste (le goût plus ou moins malsain du rare, du bizarre, des sciences cachées et de tout ce qui est parapsychologique) inutile de leur dire qu’ils sont pris au piège des apparences du Mystère [al-ghayb] et n’arriveront jamais à la connaissance.[]

(8) Ce qui n’est pas la même chose, car les qualifications sont contingentes, changeantes, et limitées à des conditions d’initiation spécifiques et non universelles.[]

(9) Par cette citation, on remarquera que le mot  »corps » (en fait, en arabe, khuluq renvoie plutôt à  »nature profonde ») – comme pour le Christ (autrement les chrétiens qui communient seraient de vulgaires anthropophages) – n’est pas à prendre en un sens matériel, encore moins matérialiste. D’ailleurs, certains traduisent khuluq par  »disposition innée »,  »caractère inné », ce que connote très exactement le terme de fitra. De plus, signalons qu’il y a bien des mots distincts, en arabe comme en sanscrit, pour désigner les différents corps. N.B. : pour définir cette sainteté du corps des missionnés, Ibn ‘Arabî, dans son Livre des Théophanies (n°44), parle d’ailleurs de  »tat’hîr jibily », c’est-à-dire  »sanctification congénitale » (traduction inédite de Michel Vâlsan).[]

(10) On remarquera l’appauvrisssement du texte évangélique en passant du grec au latin, où λογος est traduit par verbum qui n’est que le verbe ou la parole; alors que λογος, dans la métaphysique grecque, signifie « le lien entre la terre et le ciel » [on peut rapprocher le mot logos de jugus (lien) en latin, cf. yoga en sanscrit et Joch en allemand.][]

(11) Le corps comme support de la volonté divine (= élection de certains et non d’autres).[]

(12) Cf. l’excellente traduction, remarquablement annotée et commentée, de Nabîl Badrawî : L’arbre aux secrets du Cheikh al-‘Alawî (Paris, 2003, p.36-37 et sq.).[]

(13) Connaissance des Religions n° 69/70 p.88.[]

(14) Cette Transfiguration, représentant le corps glorieux de la deuxième Résurrection, vient à l’appui de la doctrine islamique selon laquelle seyyidunâ ‘Isâ fait partie de ces êtres qui n’ont pas connu la mort (avec Idris, Ilyas et Khidr, qui, ce n’est pas un hasard, ont en commun le thème de la lumière). Cf. aussi l’extraordinaire fath (ouverture intuitive) de ‘Abd el-‘Azîz ed-Dabbagh dans le Kitâb al-Ibrîz (p. 14-16).[]

(15) Najmu-d-Dîn Kubrâ parle du « soleil de l’esprit qui va et vient dans le corps ». On retrouve cette notion de rayonnement dans la racine universelle RA [latin radius → fr. rai, rayon etc…, en égyptien : le dieu soleil Râ et le verbe arabe ra’â → impératif : ra (vois !)].[]

(16) Elle ne concerne que ceux qui sont dans cette situation initiatique .Quant aux autres catégories,on pourra se reporter à ce qu’en dit Ibn ‘Arabi, notamment dans ses Tartîbu-t-Tasawwuf (traduit par Ivan Aguéli dans « La Gnose » de 1911-12 )et jamais cité chez les soufistes professionnels ! – Ainsi ce traité n’est recensé ni par monsieur Chodkiewicz, ni par madame Addas.)[]

(17) Contre cette thèse, il y a un passage de Tabarî où il prétend que Marie aurait eu trois menstrues avant de donner naissance à seyyidnâ ‘Isâ, tout en restant au Temple ![]

(18) Cf. également le cas du mot fard en arabe qui ne comporte pas de féminin et que l’on croit en occident l’apanage exclusif des hommes, alors qu’il y a des femmes afrâd : leur type spirituel est au-delà de la limitation sexuelle.[]

(19) La même acuité visuelle permet de déceler la perte de virginité – en dehors des conditions fixées par l’éthique traditionnelle – chez les jeunes filles : l’éclat du regard se ternit (*), au contraire de la parturiente dont la nature est qualitativement renouvelée par l’eutocie. « Le Paradis est sous le pas des mères » disait le Prophète.
(*)- Les suicidés qui ont survécu présentent la même ternissure oculaire.[]

(20) D’où les pseudonymes de certains  »missionnés » qui correspondent à autant d’entités distinctes (mais un pseudonyme unique peut correspondre à son tour à plusieurs entités). Curieusement, si René Guénon et Aguéli ont usé de plusieurs signatures, tel ne fut pas le cas de Michel Vâlsan.[]

(21) Il y a même une formule spéciale pour faciliter ce retour.[]

(22) Ni avec le dédoublement (pathologique) où le sujet voit, par exemple, au-delà d’un mur.[]

(23) cf. l’importance profane excessive accordée au sport, qui n’a plus rien à voir avec l’esprit olympique grec des origines.[]

(24) Quand on se rappelle la nécessité impérieuse attachée à la préservation du corps embaumé des pharaons (*) sans lesquels l’Egypte entière aurait été privée de protection, et les malédictions terribles lancées contre les profanateurs, on comprendra d’autant mieux ce que nous voulons dire – idem pour la conservation des corps des Dalaï-lamas et des momies incas. Ce thème de l’incorruptibilité du corps reste à développer.

(*)- cf. Sourate Yûnus (X, 92): « Nous te préserverons dans ton corps », verset qui confirme cette nécessité.[]





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