بـــسْم ﭐلله ﭐلرّحْمٰن ﭐلرّحــيــم ﭐللَّهُمَّ صَلِّ عَلَى سَيِّدِنَا مُحَمَّدٍ وَ عَلَى آلِهِ و صحبه وَ سَلِّمْ السلام عليكم و رحمة الله و بركاته
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samedi 25 janvier 2014
Traité sur les Noms divins d'Ar-Râzi, préface de Pierre Lory et traduction de Maurice Gloton.
"Traité sur les Noms divins d'Ar-Râzi, préface de Pierre Lory et traduction de Maurice Gloton." (lentement mais sûrement...incha Allâh)
Voir aussi : Les 99 Noms - Attributs d'Allâh
jeudi 3 octobre 2013
Biographie de Fakhr Ad-Dîn Ar-Râzî - Maurice Gloton
D'après le Traité sur les Noms Divins de Fakhr ad-Dîn ar-Râzî (فخرالدين الرازى), traduit par Maurice Gloton, éd. Albouraq, 2009
Muhammad Abû ‘Abd Allâh Muhammad Ibn ‘Umar Ibn
al-Husayn Ibn Hasan Ibn ‘Alî surnommé Fakhr ad-Dîn, gloire de la Religion,
naquit à Rayy, le vingt-cinq Ramadân de l’an 544 ou 543/1149 selon certains
chroniqueurs . C’est de sa ville natale qu’il tint son nom Râzî . Il fut
redevable d’un de ses surnoms, Ibn al-Khatîb, le fils du prédicateur, à la
fonction qu’occupait son père, prédicateur à Rayy, Diyâ ad-Dîn abû al-Qasîm .
Son nom ne doit pas être confondu avec celui de Abû
Bakr Muhammad Ibn Zakariyyâ plus connu en occident latin sous l’appellation de
Razès, célèbre médecin et philosophe mort en 313/925, trois siècles avant Râzî
.
Fakhr ad-Dîn ar-Râzî fut un imâm (chef préposé)
magnifique, Maître difficilement égalé en maintes disciplines et sciences
islamiques . Il était d’une compétence éprouvée dans les sciences religieuses
fondamentales (uçûl al-Dîn), théologien habile, logicien, commentateur, auteur
d’un grand nombre d’ouvrages célèbres dans tout l’univers islamique . Il
possédait la maîtrise dans toutes les disciplines qu’il abordait . Il avait la
connaissance parfaite de l’arabe et du persan et composa des poésies dans ces deux
langues . Il enseigna le droit canon (fiqh), la théologie dogmatique (kalâm) 1,
l’histoire, la philosophie – surtout celle d’Ibn Sinâ 2, l’Avicenne des latins,
dont il commenta plusieurs ouvrages et auquel il emprunta certains aspects
doctrinaux fondamentaux . Il aborda l’alchimie sans grand succès . Il
connaissait bien la médecine, l’astrologie, la physognomonie (firâs), la
géométrie et la minéralogie et composa sur ces disciplines plusieurs traités
qui firent longtemps autorité .
Cet homme de culture encyclopédique, ouvert, à toutes
les connaissances de l’époque était servi merveilleusement par une mémoire
fidèle et précise qui faisait la grande admiration de ses contemporains . Son
jugement et sa démarche logique, rigoureuse et méthodique contribuèrent à faire
imposer ses vues en matières théologique et philosophique et l’aidèrent à
triompher aisément de ses adversaires principaux : les Mu’tazilites 3 et les
Karramites 4 .
Son éloquence était célèbre . Sa voix chaleureuse
communiquait l’émotion religieuse et lui-même avait le don des larmes qui
passait dans son auditoire . Cette facilité à s’exprimer était encore relevée
par une rare habileté à trouver des preuves sur tous les sujets qu’il traitait
en public ou dans ses écrits, ce qui confondait et mortifiait souvent ses
adversaires . Malgré ses dons exceptionnels qui le mettaient loin à la tête de
ses contemporains, il restait prudent en traitant les questions touchant au
droit canon, à la théologie et à la philosophie et savait pleurer sur ses fautes
et ses erreurs ainsi qu’en témoignèrent certains de ses contemporains dont le
célèbre soufi, Muhyî ad-Dîn Ibn ‘Arabî surnommé le Sheikh al-Akbar, le Maître
le plus grand 5, qui lui fit parvenir une épître dont nous présenterons le
contenu plus loin .
Sa voix était chaude, vibrante et puissante comme sa
personne dont la stature, sans être très grande impressionnait .
A Hérat, où il passa une grande partie de sa vie et où
il s’éteignit, les notables de la ville, les grands docteurs en diverses
sciences assistaient à ses prédications . Il avait la confiance de la plupart
des gens qui reconnaissaient en lui un homme d’une intelligence exceptionnelle
et d’un savoir hors pair . Lorsqu’il voyageait, il avait une suite
impressionnante de savants, disciples en toutes sciences qui l’accompagnaient,
trois cents, dit-on !
Son père, prédicateur à Rayy, était docteur de la Loi
religieuse selon l’école d’interprétation de l’Imâm al-Shâfî’î 6 et d’obédience
théologique ash’arite 7 . Selon l’usage fréquent à l’époque, il enseigna les
sciences religieuses à ses deux fils, Fakhr al-Dîn et Rukn al-Dîn, l’aîné qui
montra fort peu de dispositions pour l’étude mais beaucoup de jalousie pour son
frère cadet .
Râzî, dans son traité intitulé tahçîl al-haqq,
l’acquisition de la vérité, justifie la science qu’il reçut par tradition en
remontant jusqu’à l’Imâm al-Shâfî’î . Il sera amené pourtant à rejeter certains
points doctrinaux et d’interprétation de ses deux illustres prédécesseurs :
l’Imâm al-Shâfî’î en Droit et Abû al-Hasan al-Ash’arî en Théologie, pour
adopter quelquefois le point de vue des Mu’tazilites ou des philosophes tel que
Ibn Sînâ et présenter ses propres perspectives doctrinales originales .
A la mort de son père, il eut deux Maîtres célèbres,
Al-Kamâl as-Samnanî en Droit et al-Majd ad-Din al-Jîlî en Théologie et en
Philosophie 8 . Ce dernier fut un disciple de al-Hâmid Ghazâlî 9 . Râzî suivit
Majd ad-Din al-Jîlî un certain temps dans les voyages qu’il fit à Marâgha où il
fut appelé à prêcher et à enseigner .
Selon l’usage, il entreprit de voyager après avoir
achevé son cycle complet de formation religieuse et philosophique .
On le retrouve à Khwarazm disputant avec les
Mu’tazilites . Devant l’hostilité de ceux-ci, il fuit et retourne à Rayy .
Ensuite, il partit en Transoxiane 10 vers 580/1184,
toujours débattant des questions théologiques délicates avec des représentants
de différentes écoles doctrinales : Mu’tazilites, Karramites et Matûridites 11
.
Des contacts s’établirent, à son retour à Rayy, avec le
gouverneur de Ghazna, Shihâb ad-Dîn al-Ghûrni qui le reçut avec beaucoup de
considération et d’honneur au point de lui faire construire une école où il put
enseigner . Il dut lutter contre les Karramites, avec succès dans un premier
temps, en faisant revenir à l’orthodoxie, le frère du gouverneur, Ghiyâth
ad-Dîn, l’arrachant ainsi à leur emprise .
Râzî retourne au Khurâsân en 584/1188 et bénéficie du
patronage du roi ‘Ali ad-Dîn Tukush . Il devint le précepteur de son fils
Muhammad . Quand celui-ci parvint au trône à la mort de son père, l’influence
de Râzî grandit .
Il voyagea, dit-on, aux Indes en passant par Samarkande
et finit par s’établir à Hérat en 600/1203 où il passa le reste de sa vie . Il
acquit là de nombreux biens . Sa renommée devint telle qu’on l’appelait le
Sheikh al-Islâm .
Son orthodoxie sunnite, de tendances ash’arites et
shâfi’îtes, tant en matière de théologie que de jurisprudence, lui avait attiré
des ennemis acharnés, parmi les Mu’tazilites, les Karramites et, quelquefois,
les Matûridites . Certains de ses adversaires, jaloux de son succès et de son
emprise auprès des grands et du peuple, tentèrent des émeutes contre lui . On
l’accusa même d’encourager la philosophie aristotélicienne dans ses écrits et
dans ses paroles . Jusqu’à sa mort, il eut à combattre, sans relâche, les
adversaires de la Tradition « orthodoxe » .
Le testament qu’il dicta sur son lit de mort est une «
véritable » profession de foi et constitue un témoignage de total abandon à
Dieu . Il y justifie son approche des disciplines de la Loi sacrée .
Il s’éteignit le mardi premier de Shawâl, jour de la fête
de la Rupture du Jeûne, l’an 606/1209 à soixante ans à Hérât où sa tombe est
toujours vénérée 12 .
Son œuvre écrite
L’œuvre écrite de Râzî, laissée à la postérité est
considérable . Certains de ses contemporains faisaient entendre, non sans
quelque malice, qu’une partie de son immense fortune venait de là . Même si
cette insinuation est fondée, un auteur médiocre, à cette époque, ne pouvait
composer une telle somme sans que les lecteurs ou les auditeurs n’eussent
reconnu la portée d’une telle œuvre .
Les ouvrages qu’il composa traitent de la plupart des
disciplines scientifiques de son temps : théologie (kalâm), droit canon (fiqh),
éthique (‘ilm al-akhlâq), philosophie (hikma ou falsafa), grammaire,
rhétorique, commentaire du Coran (tafsîr), médecine, astrologie, géométrie,
physiognomonie, chirognomonie, le tout à notre connaissance actuelle
représentant plus de cent titres dont certains sont de véritables sommes : son
immense commentaire du Coran constitue à lui seul trente-deux gros volumes .
En dehors de ce grand commentaire coranique intitulé
Mafâtih al-Ghayb, Les Clés du Mystère, qui abonde en questions théologiques,
ses traités les plus connus sur le Kalâm sont les suivants :
-Al’arba’în fî uçûl al-dîn, Quarante questions sur les
principes de la Religion ;
- Asâs al-taqdîs qui traite de la transcendance et de
l’immanence de Dieu ;
-Al-ma’âlim fî uçûl al-dîn traitant de diverses
questions théologiques controversées ;
-Al-mabahith al-‘imâdiyya fî al-matâlib al-mu’ adiyya
-Al-mahçûl
-Al-muhaççal, précis de méthode et de somme théologique
-Lawâmi’ al-bayyînât fî sharsh asmâ’ Allâh al-husnâ wa
al-çifât, traité qui fait l’objet de la présente traduction .
La Théologie dogmatique ainsi désignée se présente
comme une approche rationnelle des données et des lieux théologiques . Elle ne
traite donc pas, si ce n’est accidentellement, des questions mystiques, de
gnose, de réalisation spirituelle que le Taçawwuf approfondira comme étant de
son domaine propre .
2. Ibn Sînâ
(Abû ‘Alî Husayn ibn ‘Abd Allâh) est né à Afshana près de Boukhara en 370/980
et mort en 428/1037 près de Hamadan . Caractère précoce et encyclopédique, il
maîtrisait les disciplines suivantes : grammaire, géométrie, physique,
médecine, jurisprudence, théologie, philosophie . Cf. Henry Corbin, Histoire de
la philosophie islamique, Paris, 1964 . Cf. Ibn Sînâ, Livre des Directives et
Remarques, traduction avec introduction et notes par A.M. Goichon, Paris, 1951
. Cf. Henry Corbin, Avicenne et le Récit visionnaire, Paris, 1979 (seconde
édition) .
3. Les
Mu’tazilites représentent une Ecole musulmane de tendance rationaliste qui prit
naissance dans la première moitié du IIè siècle de l’Hégire à Basra et se
développa très rapidement à Bagdad et dans l’univers islamique de l’époque .
L’origine du nom mu’tazilite est controversée . Leur
doctrine repose sur cinq thèses principales : 1) L’Unité divine (tawhîd)
transcendante et négation des Qualités divines distinctes de l’Essence . 2) La
Justice divine (‘adl), libre arbitre et liberté . 3) La promesse et la menace ou le sort des
croyants dans la vie future . 4) La situation intermédiaire (al-manzila bayna
al-manzilatayn) entre la Foi et l’incrédulité . 5) L’Ordre divin de faire le
bien et d’interdire le mal (al-amr bi al-ma’rûf wa al-nahy ‘an al-munkar) .
Pour l’exposé complet sur cette Ecole Cf. Albert N.
Nader : Le Système philosophique des Mu’tazila, Beyrouth, 1956 et Louis Gardet
et M.M. Anawati : Introduction à la Théologie musulmane, Paris, 1948 .
Pour faciliter l’exposé de Râzî sur les aspects
doctrinaux des différents représentants de l’Ecole Mu’tazilite, nous donnons
ci-après le nom des principaux d’entre eux avec la date de leur mort, sur deux
tableaux synoptiques, l’un concernant la branche de Basra et l’autre celle de
Bagdad .
4. Cette
Ecole tire son nom de son fondateur Abû ‘Abd Allâh Muhammad b. Karrâm né à
Nisâbur dans la première moitié du III/IV – siècle et mort en 255/870 . On ne
connaît sa doctrine que par des hérésiologues tels que Baghdâdî, théologien
ash’arite et Sam’ânî .
Il disait que Dieu est une substance (jawhar) . Sa
tendance anthropomorphiste lui faisait interpréter très concrètement les
versets de Coran dans lesquels Dieu est décrit avec des membres ou des
caractéristiques des êtres créés d’où, selon lui, la localisation de Dieu et de
Son Trône . Les partisans de cette école sont dénommés les Corporatistes ou
Anthropomorphistes (mujassîma) . V. ‘Abd al-Qâhir al-Baghdâdî, Kitâb al-farq
bayna al-firaq, Le Caire s.d. p. 202 sq. ; et aussi Michel Allard : Le Problème
des Attributs divins, Beyrouth, 1965, pp. 321 – 328 .
5. Muhyî
ad-Dîn Abû ‘Abd Allâh Muhammad Ibn ‘Alî Ibn Muhammada Ibn al ‘Arabî al-Hâtimû
at-Tâ’î naquit à Murcie le 27 Ramadân 560/7 août 1165 et mourut à Damas le 28
rabi’a II 638/16 novembre 1240 . Il ne doit pas être confondu avec le
traditionaliste né à Séville Abû Bakr Muhammad Ibn ‘Abd Allâh (468/1076 –
543/1148) . Son œuvre immense traite de toutes les sciences religieuses
islamiques depuis celles de la Loi exotérique (sharî’â) jusqu’à celles de la
Vérité essentielle (haqîqâ) et de la Voie spirituelle ou mystique (tarîqa) .
Citons ses ouvrages les plus célèbres : Les Ouvertures spirituelles mecquoises
(al-Futûhât al-makkiyya), Le livre des Chatons des Sagesses (al-Fuçuç
al-hikam), traduit intégralement, annoté et commenté par Charles-André Gilis,
éd. Albouraq – Librairie de l’Orient, 1997-1998 . Osman Yahia a recensé dans
son Histoire de la Classification de l’œuvre d’Ibn’Arabî, plus de 800 titres
dont 550 seraient encore existants .
6. Al-Shâfî’î
(150/767-204/820), est le fondateur d’une des quatre Ecoles de droit canon qui
porte son nom : l’Ecole d’interprétation shafî’îte . Il est l’auteur des
traités al-Umm et al-Risâla . Il fut un spécialiste du droit mais aussi du
Hadith et innova une science du droit fondé sur des principes abstraits appelée
depuis uçûl al fiqh dont les règles et les lois particulières sont les branches
(furû’) .
7. L’Ash’arisme
du nom de son fondateur Abû al-Hasan ‘Alî b. Isma’îl b. Abî Bishr al-Ash’arî né
à Basra en 260/873 et mort en 324/936 à Bagdad . Il commença par suivre l’Ecole
mu’tazilite jusqu’à quarante ans . A la suite d’une transformation intérieure,
il se sépara de cette école pour enseigner une voie moyenne entre elle et celle
des littéralistes attachés à la lettre de la Sunna . Il écrivit de nombreux
ouvrages dont les plus connus sont : Maqâlât al-Islâmiyyin, Kitâb al-Ibâna,
al-Risâla ilâ Ahl al-Tajr, al-Risâla fi Istihsân al-Hawd fi ‘ilm al-Kalâm,
Kitâb al-Luma’ .
Sa doctrine est un équilibre entre le rationalisme des
Mu’tazilites et le littéralisme des gens de la Tradition . Cet équilibre se
retrouve chez lui dans la position moyenne qu’il professa entre la
transcendance et l’immanence de Dieu et les anthropomorphismes qui Le décrivent
. Cette voie modérée qui donna un si grand essor à sa doctrine se retrouve
exposée chez lui dans les trois difficultés théologiques majeures : le problème
des Qualités divines, celui de la Parole divine incréée ou/et créée, celui du
libre arbitre et de la prédestination . Voir à ce sujet l’introduction et
chapitre neuf . Il existe des ouvrages qui traitent de la doctrine ash’arite .
Citons celui de Michel Allard : Le Problème des Attributs divins dans la
Doctrine d’Al-Ash’arî et de ses premiers grands disciples, Beyrouth 1965 .
Râzî et l’ascendance de sa lignée théologique ash’arite
directe : Diyâ al-Dîn Abûl-al-Qasîm, son père, disciple de Sulayman ibn Nâçir
al-Ançarî, disciple de Imân al-Haramayn Abû al-Ma’âlî al-Juwaynî (m. 478/1085)
qui fut le disciple de Abû ‘Ishâq Isfarâ’înî (m. 418/1027), Abû al-Hasan
al-Bâhili qui fut disciple de Abû al-Hasan ‘Alî Ibn Ismâ’il al-Ash’arî .
8. Signalons
que Majd ad-Dîn al-Jîlî fut le maître non seulement de Fakhr ad-Dîn Râzî mais
aussi du célèbre Shihâb ad-Dîn Yahyâ Suhrawardi appelé le Sheikh al-Ishrâq, né
en Iran en 549/1155 et mystérieusement mort dans la citadelle d’Alep en
587/1191 . Il fut le fondateur de l’Ordre des Ishrâqiyyûn . V. Henry Corbin :
En Islam iranien (tome II) Sohrawardî et les Platoniciens de Perse, Paris, 1978
. De plus, Majd ad-Dîn fut disciple du célèbre Abû Hâmid Ghazâlî
(450/1056-501/1111) . Ce maître en théosophie islamique forma Râzî à la
philosophie d’Avicenne .
9. Abû Hâmid
Ghazâlî, naquit au Khorassan, près de Tûs en 450/1056 . C’est lorsqu’il était
étudiant qu’il rencontra le célèbre Imâm al-Haramayn, Abû al-Ma’âlî al-Juwaynî
ash’arite qui devint son maître . Il enseigna à Bagdad . Après une crise
mystique intérieure, il quitta cette ville et sa situation pour suivre la voie
des Soufis pendant dix ans . Il voyagea à Damas, Jérusalem, en Egypte, à La
Mecque . Il revint ensuite à Nishâpour quelques années où il enseiga et mourut
à Tûs en 501/1111 . Son ouvrage le plus célèbre est l’Ihyâ’ ‘Ulûm al-Dîn, la
Vivification des Sciences de la Religion, véritable somme théologique
d’obédience ash’arite dans laquelle il situe le Taçawwuf à sa véritable place
d’honneur .
10. V. Fathalla Kholeif A study on Fakhr al-Dîn
al-Râzî and his controversies in Transoxiana, Beyrouth, 1966 .
11. Abû Mançûr
Muhammad ibn Muhammad al-Mâturîdî al-Samarqandî, mort en 333/944 fut le chef
éponyme de cette Ecole . On ne connaît toutefois que fort peu de choses sur ce
personnage qui naquit à Samarkande . Son Œuvre maîtresse, actuellement
disponible est son Kitâb al-Tawhid présenté par Fathalla Kholeif Edition,
Beyrouth, 1970 .
Sa doctrine considérée comme orthodoxe diffère
néanmoins sur des points importants de l’Ecole ash’arite . En droit canon il
appartenait à l’Ecole de Abû Hânîfa persan comme lui, de tendance libérale et
rationnelle .
Les différences doctrinales théologiques avec l’Ecole
ash’arite résident surtout dans la qualification des actes de l’homme qui lui
est attribuée . Maturîdî affirmait aussi que le Fidèle peut dire : « Je suis
vraiment croyant », sans préciser : « si Dieu veut » . Dieu ne punit point les
obéissants . Les « Mâturîdite » sont considérés comme des gens de la Tradition
et du Hadîth : les Ash’arites le sont dans l’Occident de l’Islam, les
Mâturîdites dans l’Orient . Le principal représentant de cette Ecole est le célèbre
Najm ad-Dîn Hafs an-Nasafî (m. 537/1142) dont la ‘Aqîda est encore enseignée
dans les grandes Mosquées avec les œuvres de Jurjânî, Ijî et Taftâzânî
12. Pour plus de détails sur la biographie et
bibliographie de Râzî, on peut consulter : Encyclopédie de l’Islam à Fakhr
al-Dîn al-Râzî, Fathalla Kholeif : A
Study on Fakhr al-Dîn al-Râzî and his controversies in Tansoxiana, Beyrouth,
1966 . Ibn Hajar al-Asqalânî et Ahmad Ibn ‘Alî : Lisân al-Mizân, Hyderabad
1330/1912, Ibn al-Qiftî, Jamâl al-Dîn Abû al-Hasan ‘Alî Ibn Yûsuf : Tarikh
al-Hukamâ’, Leibzig 1320/1902, al-Safadî Salâh al-Dîn-Khalîl Ibn Aybak :
Al-Wâfi bi al-Wafayât, Damas, 1959 .
lundi 19 novembre 2012
Des Noms de Qualités Intelligibles ou principielles (Asmâ’ al-çifât al Ma’nawiyya)
I. Al-Muhît : L’Enveloppant, l’Englobant, Celui qui
Cerne
Allâh a dit : Ne
se trouve-t-Il pas envelopper toute chose ? (Coran XLI, 54) . Il fait
donc allusion au fait qu’Il enveloppe toute chose de Sa Science et qu’Il garde
le nombre de toute chose . Allâh
enveloppe les infidèles (Coran II, 19) .
Allâh montre aussi qu’Il est puissant sur toutes les
réalités possibles, qu’aucun être invincible ne peut l’emporter sur Lui et que
nul fuyard ne raffaiblit .
II. Al-Qarîb : Le Très-Proche
Allâh dit :
Nous sommes plus proche de lui que sa veine jugulaire (Coran L, 16)
Cette proximité
(qurb) comporte plusieurs aspects :
-Le premier : Allâh est proche de Ses créatures par
la science .
-Le second : Il est proche d’elles par Sa Puissance
attributive .
Le principe influent (mu’aththir) qui se trouve en elles
est Sa Puissance et entre elle et les créatures il n’existe aucun intermédiaire
(wâsita) .
Selon nous, tous les êtres produits (kâ’ inât : les
étants) sont principiellement actualisés par la Puissance d’Allâh .
-Le troisième : Allâh est proche, en répondant
favorablement à celui qui L’appelle car
Allâh a dit : Et lorsque Mon
serviteur te questionne à Mon sujet, en vérité, Je suis proche (qarîb) .
J’exauce l’appel de l’invocateur lorsqu’il M’appelle (Coran II, 186) .
III. Al-Mudabbir : Le Recteur, Le Provident
Al-Khattâb a dit : « Al-mudabbir est Celui qui connait
les tenants et aboutissants des choses (abdâr al-umûr wa ‘awâqibihâ).
Il se peut qu’on veuille aussi dire par ce nom :
Celui qui conduit les affaires avec sagesse et les gère en harmonie avec Sa
volonté (mashî’a) .
Se rattachent à ce Nom les cinq Noms suivants :
1)al-qâdir, le Puissant est Celui qui est Maître de
déterminer fermement (mutamakkin) l’action (fi’l) et l’abstention (tark) et
celui qui les ratifie . Il est permis de dire : « O Celui qui
détermine fermement l’acte et l’abstention ! O Celui qui valide l’acte et
l’abstention !
Assurément, ce nom ne se rencontre ni dans le Coran, ni
dans les nouvelles prophétiques . Certains professent à Son sujet que le
tawqîf, la fixation invariable des Noms divins par tradition, ne s’applique pas
à lui . D’autres tranchent qu’il n’y a pas de preuve pour autoriser à le
considérer comme Nom divin .
2)al-murîd : le Volontaire
On trouve dans le Coran le verbe Arâda, vouloir, conjugué
à différentes personnes, par exemple dans les versets suivants :
Allâh
veut (yurîd) la facilité pour vous et non la difficulté
(Coran II, 185) .
Allâh
veut l’allègement pour vous (Coran IV, 28).
Nous
voulions (nurîd) combler de bienfaits ceux qui étaient asservis sur terre
…(Coran XXVIII, 5)
Allâh
décide de ce qu’Il veut (Coran V, 1)
3)al-qaçd : le Dessein
Les Théologiens le mentionnent bien qu’il ne se trouve
pas dans le Coran.
4) al-mashî’a : le Vouloir divin
Allâh a dit : Allâh
fait ce qu’Il veut bien (yashâ’) (Coran XIV, 27).
Et
ils ne voudront (tashâ’ûn) que ce qu’Allâh veut (yashâ’) (Coran
LXXXI, 29).
En ce qui nous concerne , nous ne faisons aucune
différence entre irâda, volonté normative et mashî’a, vouloir créateur.
5) al-ikhtiyâr, le choix du meilleur, le libre arbitre
Allâh a dit :
Et ton Seigneur crée ce qu’Il veut et choisit le meilleur (yakhtaru) (Coran
XXVIII, 68).
Sache que al-ikhtiyâr est la demande du meilleur (talab
al-khayr ou l’incitation exigeant le bien préférentiel).
Le puissant (qâdir) qui l’est en déterminant l’acte ou
l’abstention (d’une manière équilibrée) s’interdit de préférer (yarjah)
l’abstention à l’acte et réciproquement sauf s’il a la parfaite compréhension
des tenants et aboutissements qui déterminent chez lui de faire prévaloir l’un
ou l’autre.
Le mobile prépondérant (murajjih) du serviteur est triple :
la science, la probabilité ou conjecture (zhann) et la conviction (i’tiqâd).
Chez Allâh, conjecture et conviction ne sont pas possibles et seule reste la
science (‘ilm)-
C’est pourquoi Al-Hasan al-Baçrî a pu dire :
« La volonté (irâda) chez Allâh est seulement l’incitateur déterminant
(al-dâ’î) » qui est proprement la science qu’Il a de la compréhension
intégrale (ishtimâl) des tenants et aboutissants qui déterminent chez Lui de
faire prévaloir l’acte .
Al-ikhtiyâr se réfère alors à l’incitation exigeant le
bien préférentiel (talab al-khayr) selon le commentaire que nous venons de
faire .
Sache-le ! La Parole coranique précitée : Et ton Seigneur crée ce qu’Il veut et choisit le meilleur, indique
que Son vouloir créateur (mashî’a) ne repose pas sur la science qu’Il a de
comprendre le bien préférentiel (khayr) car alors il ne resterait nulle
différence entre mashî’a ou Vouloir créateur et ikhtiyâr ou incitation exigeant
le bien préférentiel . Il faudrait conclure d’une telle assertion que le propos
divin : Il fait ce qu’Il veut et Il
choisit le meilleur reviendrait à signifier que la chose voulue (par Dieu) (shay’) serait en relation avec
elle-même, ce qui est absurde . Il faut donc que le Vouloir créateur (mashî’a)
soit plus universel (a’amm) que le choix du meilleur (ikhtiyâr). Cette volonté
exprime alors l’aptitude (çifa) nécessaire à l’actualisation de la préférence
(tarjîh), celle-ci pouvant être tantôt sans l’incitation exigeant le bien
préférentiel (talab al-khayr), tantôt
avec une telle incitation .
IV- Al-Mahabba : L’Amour
Certains représentants de notre école prétendent qu’il
n’existe aucune différence entre l’amour et la (mahabba) et la volonté (irâda).
Pour justifier leur point de vue ils affirment que les
philologues (ahl al-lugha) soutiennent que chacun des mots exprimant la volonté
peut être employé indifféremment .
Par exemple : pour exprimer que je veux quelque
chose je peux utiliser les verbes suivants : vouloir (arâda ou shâ’a),
désirer (radiya), aimer (ahabba).
Si je précise : j’ai voulu (aradtu) et je n’ai pas
désiré (mâ radîtu) ou l’inverse, il s’agit d’expressions contraires .
D’autres représentants de notre école soutiennent qu’il
existe une différence entre volonté, amour et satisfaction.
La preuve donnée par l’argument rationnel, disent-ils,
est qu’Allâh est Volontaire (murîd) à l’égard de tous les êtres produits
(kâ’inûn).
Le contexte coranique fait ressortir qu’Allâh n’aime pas
certaines choses . Ainsi dit-il :Et
Allâh n’aime pas (lâ yuhibbu) la corruption (fasâd) (Coran II, 205),
verset qui signifie qu’Allâh n’aime pas
qu’elle trouve sa place dans la Religion . Cette parole coranique
relative à l’amour peut s’interpréter de deux manières :
-La première : l’amour exprime ici tant la volonté
de témoigner de la générosité du Bien-Aimé que l’élévation de Son Rang .
-La seconde : l’amour, toujours selon ce verset,
traduit la volonté de louanger le Bien-Aimé.Il faut en tirer la conséquence que
l’amour permet d’atteindre la récompense auprès d’Allâh dans la Vie dernière et
de faire la louange jusqu’à Lui en ce bas-monde .
Les premiers répondent que le propos divin : Allâh n’aime pas la corruption, est une
proposition équivoque ou indéfinie (qadiyya
muhmala) non universelle (kulliyya) qui réclame un complément précisant
la manière dont elle s’applique .
Selon nous, Allâh n’aime pas la corruption chez les êtres
religieux même s’Il ne l’aime pas davantage chez les corrupteurs . Nous pouvons
ajouter qu’Allâh n’aime pas la corruption puisqu’Il n’aime pas qu’on l’ordonne
dans la Religion et dans la Loi1.
V-Al-Ridâ : La Satisfaction, l’Agrément
Certains disent qu’aucune différence n’existe entre la
satisfaction et la volonté (irâda). D’autres soutiennent le contraire en
argumentant ainsi : Allâh veut l’infidélité (kufr) pour les Infidèles sans
pourtant en être satisfait en vertu de l’autorité de ce verset : Allâh n’est pas satisfait de l’infidélité
de Ses serviteurs (Coran XXXIX, 7).
Allâh dit aussi : Allâh s’est montré satisfait des
Fidèles (Coran XLVIII, 18), propos mentionné pour servir d’enseignement .
Allâh précise dans l’avant dernier verset précité : Si vous avez de la reconnaissance, Il
l’agréera de vous (Coran XXXIX, 7) .
Il dit encore : Ô âme rassérénée, retourne vers ton
Seigneur agréante et agréée (râdiya mardiya) (Coran LXXXIX, 27 et 28) .
Tous ces versets montrent que l’agrément (ridâ) est
réservé aux Fidèles sans qu’il le soit aux Infidèles . C’est donc la preuve que
la satisfaction (ridâ) n’est pas la volonté qui s’applique à tous
indistinctement .
En outre, on dira : « Ô mon Dieu ! sois
satisfait de nous ! » Or, si cette disposition n’avait pas été
réservée aux Fidèles, il n’aurait pas été convenable de faire une telle demande
.
De plus, ceux qui professent ce point doctrinal
interprètent l’agrément comme l’acte d’accorder la récompense ou comme la
mention de la louange et de l’éloge .
Mon père et Maître donnait une troisième interprétation
de l’agrément : Il exprime l’abandon de l’opposition . Il s’appuyait sur
les vers suivants de Ibn Durayd :
« Je suis content à contre cœur !
« De force, est satisfait
« Celui qui s’irrite du revers du
Destin ! »
On trouve cette nouvelle prophétique « Que Celui qui n’est pas satisfait de Mon Arrêt immuable (qadâ’
ou destin) cherche un autre Seigneur que Moi ! ».
Si on admet que la satisfaction exprime l’abandon de
l’opposition, le propos divin : Il
n’agrée pas l’Infidélité de Ses serviteurs, s’interprète ainsi : Allâh
ne renonce point à l’Infidélité (des serviteurs) ou encore : Il ne renonce
pas à ce qu’ils s’opposent à l’acte d’infidélité .
Les premiers répondent à cet argument en disant que cette
façon d’interpréter manque d’autorité pour deux raisons :
-La première : Dans le Coran le mot serviteurs
concerne les gens de la connaissance certaine (ahl al-îqân).
Allâh a dit :
Les serviteurs du Tout-Miséricordieux qui marchent sur terre avec tranquilité
lorsque les ignorants les interpellent répondent : paix (salâm) (Coran
XXV, 63). Une source à laquelle boivent les serviteurs d’Allâh (Coran
LXXVI, 6), c’est-à-dire les Fidèles .
Le verset précité : Il n’agrée pas l’infidélité de Ses serviteurs, signifie
donc : Il n’agrée pas les Fidèles (dans leur infidélité) . Et c’est ce que nous disons nous-mêmes.
-La seconde : Il n’est pas satisfait d’établir
l’infidélité à cause de leur religion .
VI-Al-Sukht : L’Emportement, l’Irritation
Pour la plupart des théologiens, ce terme exprime la
volonté de châtier .
Allâh ne cesse d’être satisfait de certains et d’être
irrité par d’autres .
Satisfaction et irritation se rapportent alors à la
Volonté (irâda) (qualité d’Esssence) .
Pour d’autres,
l’irritation se réfère à une qualité divine d’activité, celle de faire
parvenir le châtiment
La première interprétation – celle de faire de ce terme
une qualité principielle – est plus probable .
VII-Al-Ghadab : La Colère, le Courroux
C’est la volonté de faire parvenir la punition.
Allâh
a dit : Allâh est courroucé à leur encontre
(Coran XLVIII, 6)
La différence entre colère (ghadab) et irritation (sukht)
réside dans le fait que celle-ci implique l’opposition (i’râd) et celle-là la
sanction (ta’dhîb) .
Le terme le plus
proche de ghadab est bught, l’inimitié (mot qui comporte la permutation des
mêmes lettres composant le nom ghadab, lequel exprime la volonté de mépriser
(ihâna) et d’abaisser (isqâta) en rang et en dignité .
VIII-Al-Muwâlâ : l’Amitié, l’Assistance
IX-Al-Mu’âdâ : l’Inimitié, l’Hostilité
Le premier terme comporte la volonté d’honorer (karâma),
le second celle de mépriser (ihâna) .
X-Al-Karâha : l’Aversion, la Répugnance, la Contrariété
Allâh a dit : Mais
Allâh a répugné à les envoyer (au combat) et les en a empêchés (Coran IX,
46) .
La doctrine de gens de notre Ecole est que l’aversion,
chez Allâh, se rapporte à Sa Volonté (irâda) de ne pas laisser une chose
demeurer dans la non-manifestation ou privation essentielle (‘adam açlî) . Elle
connote aussi la réalisation de l’improbation (içâl al-dhamm) dans cette vie et
du châtiment (‘iqâb) dans l’autre vie sur l’individu .
Les Mu’tazilites, quant à eux, professent ceci :
-De même que la Volonté est une des Qualités d’Allâh, de
même l’aversion en est une autre.
Pour nous, il est logique que l’aversion soit une qualité
qui nécessite de préférer la non-manifestation (‘adam) à la manifestation
(wujûd) car en apparaissant, elle impose l’improbation (dhamm) dans cette vie
et le châtiment dans l’autre . Or la
volonté comporte tous ces sens ; il est donc nul besoin de poser une autre
qualité !
Les Mu’tazilites objectent aussi que la volonté est
dépendante des seules opérations adventices (hudûth) . Or, disent-ils, la
permanence de la non-manifestation n’implique
pas d’acte adventice .
Il n’est donc pas possible de faire dépendre la volonté
de la contingence .
Nous répondrons que l’être intelligent peut dire ceci à
un autre : « je veux (urîdu) que tu ne fasses pas ceci ou cela »
. Or, un tel propos invalide leur opinion .
Nous allons présenter maintenant des mots proches de la
notion de Volonté mais qu’il n’est toutefois pas permis d’employer pour
qualifier Allâh-Exalté soit-Il - :
-Le premier : al-tamannâ : le désir, le
souhait, le vœu
On admet unanimement qu’il n’est pas possible d’appliquer
ce terme à Allâh . En effet, ce mot présuppose l’incapacité (‘ajz) .
Le souhait, selon nous, est l’expression d’une certaine
volonté bien qu’on sache qu’il ne puisse se réaliser ou encore qu’il reste
possible ou douteux qu’il s’actualise .
Les Mu’tazilites objectent que le souhait se produit seulement
en parole, tel le propos suivant : « Puissè-je faire cela ».
Cette objection est inconsistante (da ‘îf) pour plusieurs raisons :
-La première : ce propos : « Puissè-je faire cela » nécessite
que nous ayons la possibilité de déterminer quel sens il convient de lui donner
. Plus même ! Il s’agit, en la circonstance, d’apprécier un discours
incertain et dont personne ne saurait dire s’il est question d’un souhait . Qu’il
s’agisse d’un souhait, nous saurons qu’il doit l’exprimer . Or, nul sens de ce
genre n’est suggéré par ces mots sauf celui de la simple velléité (irâda) que
nous venons de mentionner (avant cette objection) .
-La seconde : Le pauvre s’avise de dire : « je
voudrais être roi en ce bas-monde » .Or, tout un chacun pourrait exprimer
qu’Untel désire (tamannâ) la royauté . Nous savons donc bien que le souhait est
ce que nous venons de dire .
-La troisième : Le muet peut avoir des souhaits même
s’il ne les exprime pas .
-La quatrième : Du dormeur ou de l’homme gravement
malade qui prononce : « puissè-je faire cela » ou encore de l’ignorant
du sens de ce propos lorsqu’il le formule, personne ne peut contrôler qu’il
désire effectivement telle chose ..
Voici donc bien établie l’inanité de l’opinion des Mu’tazilites
à ce sujet . Pourtant l’utilité de notre réfutation est la suivante .
Si Allâh voulait l’infidélité de l’infidèle, bien qu’Il
sache que celui-ci ne puisse devenir croyant, ce comportement constituerait un
souhait au regard de l’acte de foi .Le souhait étant impossible chez Allâh, il
s’avère qu’Il ne veut pas la foi de celui qui est infidèle .
-La deuxième : al-sahwa : l’appétit, l’appétence,
l’envie
La différence entre appétit et volonté est illustrée par
l’exemple suivant : le malade veut boire la médication salutaire sans en
avoir l’appétit . D’autre part, il peut
avoir envie de manger une figue sans un acte de volonté délibérée .
-Le troisième : al-‘azm : la résolution, le
propos décidé
C’est la détermination (tawtîn) de l’âme après l’hésitation
(taraddud) qui engendre l’ignorance de savoir qu’il convient d’agir ou non ou
bien de renoncer à faire . Un telle disposition étant impossible quand il s’agit
d’Allâh, il n’est pas permis de la Lui attribuer .
1 . Pour toutes ces notions liées à l’amour, voir notre
traduction du Traîté d’Ibn ‘Arabî, Traité de l’Amour, Paris 1986 .
mercredi 14 novembre 2012
Des Noms d’Essence (Asmâ ‘ Al-Dhât) - Cheikh Fakhr al-Dîn al-Râzî
"Traité sur les noms divins d'Ar-Râzi, préface de Pierre
Lory et traduction de Maurice Gloton." P611-615
I-Le Nom AL-SHAY’ : La chose
La plupart des personnes professent que le nom SHAY’
s’applique à Allâh .
Jahm b. Safwân (par contre) affirme qu’il n’est pas permis
d’employer ce nom pour Allâh.
Pour affirmer que ce nom s’applique à Allâh, nous avons
l’autorité du Coran et de la langue :
Du Coran, d’après les deux versets suivants :
Dis : Quelle chose est plus grande en matière de témoignage ?
Dis : Allâh, Témoin entre moi et vous …(qul ayyu shay’in
akbaru shahâdatan . Qul Allâh shahîdun baynî wa bayna kum ) (Coran VI,19).
Toute chose est périssante sauf sa face (ou Sa Face) (kullu
shay’ in hâlikun illâ wajhu hu) (Coran XXVIII, 88).
Il faut entendre par sa face, son essence (dhâtihi) . Allâh
fait du nom shay’ une exception (par la particule illâ : sauf, car il s’agit de
la face de la chose ou d’Allâh qui est Son Essence) . Or, l’exception
(istithnâ’) portant sur une différence
spécifique (khilâf al-jism) repose sur une différence fondamentale
(khilâf al-açl) :
De la langue : Dans l’usage on dit : le non-existant n’est
pas une chose [al-ma’dûm laysa bi shay’ (in)]. L’existant est une chose
[al-mawjûd huwa al-shay’ (un)].
Dans ces deux propositions le même mot chose, shay’ est
employé comme synonyme d’existant et ainsi, quand la chose est existante,
l’existant est une chose .
Aussi, celui qui dit : l’inexistant est une chose, affirme
bien la chose qu’il convient de connaître et d’exprimer .
Il en résulte que la notion d’existant (al-mawjûd) est plus
particulière que celle de chose (shay’) .Or, si le particulier (khâçç) se
vérifie, le général (‘âmm) se vérifie également. Il faut alors conclure
qu’Allâh-exalté soit-Il – est nommé par le mot chose, shay’ (notion plus
générale que celle d’existant appliquée à Dieu ).
Pour prouver que le nom
shay’ ne convient pas à Allâh, Jahm b. Safwân, argumente en s’appuyant
sur le Coran et la raison :
Le Coran : il cite deux versets (à l’appui de sa thèse).
Le premier : Allâh, créateur (ou
Celui-qui-détermine-la-juste-mesure-principielle) de toute chose (CoranXIII,
16).
Or, si Allâh s’était nommé par le mot chose, il résulterait,
du sens obvie de ce verset, qu’Il est Créateur pour Soi-même (li-nafsihi) ce
qui est absurde (car la fonction du Créateur est de manifester la création).
Il ne convient pas de soutenir qu’il s’agit en l’espèce d’une
proposition universelle qui inclut l’attribution particulière (takhçîç), car la
particularisation du général (takhçîç al-âmm) est seulement possible dans une
figure (çura) dans laquelle la compréhension du tout (majrâ al-kull) n’est pas
envisagée comme s’appliquant au plus grand nombre (jary al-akthar).
Le Dieu-Producteur (bârî), Lui, est l’Existant le plus
éminent qui n’est pourtant pas concerné par cet exemple, en l’occurrence. Il
n’est donc pas possible d’affirmer que le verset précité Allâh (est) le
créateur de toute chose, soit considéré comme une proposition de sens universel
dans laquelle la particularisation peut rentrer .
Le second verset est celui-ci : Aucune chose n’est semblable
à Lui (ou comme Son semblable) (laysa ka mithlihi shay’un) bien qu’Il soit
l’Oyant et le Voyant (Coran XLII, 11).
Or, le semblable du semblable est identification (mith
mithlihi huwa huwa). Le fait qu’Allâh ait mentionné qu’aucune chose n’est
semblable à Lui permet de conclure qu’Il ne peut être nommé par le mot chose .
L’opinion de celui qui soutiendrait que la particule KA,
comme, dans ce verset est explétive (zâ’ida)1 n’est pas fondée car vouloir
faire de la mention KA, comme une faute ou une altération du texte coranique ne
peut, c’est évident, être accepté quand il s’agit de la Parole d’Allâh – exalté
soit-Il !
L’argumentation rationnelle, la preuve rationnelle qu’apporte
Jahm est celle-ci :
Les Noms d’ Allâh se réfèrent aux Qualités de Perfection et
de Majesté. Allâh a dit : A Allâh sont les Noms les plus beaux. Invoquez-Le par
eux (Coran VII, 180).
Or, le nom chose n’implique ni perfection, ni majesté, ni
même le sens du beau. Pourtant il est confirmé que tout nom d’Allâh comporte le
sens d’excellence au contraire du mot chose. Il en résulte que ce nom ne
convient pas à Allâh.
Il est plus sûr de s’en tenir à l’accord unanime des gens
avant l’opinion de Jahm b. Safwân pour affirmer qu’Allâh s’est bien nommé par
ce nom dès lors que le consensus omnium (ijmâ) fait preuve2.
II-Al-QADÎM : Le Primordial, l’Eternel
Ce Nom se réfère à l’ Existant (mawjûd) dont l’ Existance
(wujûd) n’a pas de précédent .
Ce terme peut aussi signifier : celui dont l’existence s’est
écoulée comme dans ces deux exemples coraniques : En vérité, tu es dans ton
ancien égarement (innaka la fî dalâlika- l-qadîm) (Coran XII,95). A la lune,
Nous avons assigné des mentions jusqu’à ce qu’elle redevienne comme le rameau
de palmier ancien ou vieilli (qadîm) (Coran XXXVI, 39).
Nous avons déjà démontré qu’Allâh est l’Existant qui n’a pas
de précédent .
III-AL-AZALÎ : Le Sans-Commencement
Le sens de ce Nom est essentiellement celui de al-qadîm que
nous venons de commenter.
IV. WÂJIB AL-WUJÛD BI DHÂTI-HI : L’Être ou l’Existence
nécessaire par soi
(lit. : Celui qui nécessite l’Existence ou l’Être actuel par
soi)3 .
Cette expression désigne la Réalité essentielle (haqîqa) qui
n’accepte d’aucune manière la privation d’existence (‘adam) .
Sache que la Primordialité (qidam) n’est pas la Nécessité
(ghayr al-wujûb) mais bien la continuité (dawâm) depuis le Sans-Commencement
(azal) jusqu’au Sans-Fin (abad) .
La Nécessité, elle, est la négation de la réceptivité de la
non-existence (qâbiliyyat al-‘adam).
Sache que seuls trois Noms divins parmi les
quatre-vingt-dix-neuf se rencontrent avec cette signification .
Le premier : al-qawî al-matîn, le Très-Fort et Très-Ferme,
pour la raison que celui qui ne reçoit pas l’influence d’un autre est dit être
fort .
Al-qayyûm, l’Immuable car la forme intensive de ce Nom
exprime qu’une chose demeure indépendante par soi . Or, tel est bien Celui qui
est l’Être nécessaire par soi .
V-AL-DÂ’IM : le Permanent, le Continuel
Ce Nom implique d’être sans commencement ni fin .
VI- Al-JISM : Le Corps (Animé), l’Entité Corporelle Animée
Les Karrâmites professent qu’Allâh peut recevoir le nom de
corps (jism) du fait que celui-ci subsiste par soi (qâ ‘im bi al-nafs) . Or,
Allâh subsiste par Soi-Même. Il faut donc qu’Il soit un corps .
Selon nous, cette assertion est fausse puisque le corps implique composition . Ainsi on dit
d’une chose dont le volume est des plus considérable qu’elle est plus
corpulente qu’une autre . Or, l’importance d’un volume indique la multiplicité
des parties qui le compose . Si donc ce qui est le plus corpulent (al-ajsam)
comprend un plus grand nombre de parties, le mot corps comporte le principe de
la composition et de l’arrangement . Dans le cas d’Allâh, cette disposition
reste impossible et Lui attribuer le mot corps est absurde.
VII-AL-JAWHAR : La Substance
Les Chrétiens appliquent ce nom à Dieu mais pour nous cela
est faux . La preuve en est que la substance d’une chose est son fondement
(jawhar al-shay’ açluhu) .
En l’espèce, on dit : c’est un sabre de la meilleure
substance ou cet habit est de la meilleure substance .
Les Chrétiens entendent par Substance, la matière (mâdda)
dont est faite cette chose . Al-jawhar est alors un nom pour désigner l’Essence
(dhât) . Elle peut assumer une forme (çûra) ou une figure (shikl) mais la vérité d’Allâh s’y refuse – Exalté soit-Il
!
Il est donc absurde d’appliquer le terme al-jawhar, la
substance, à Allâh .
1.Dans ce cas, le verset devient :Aucune chose n’est comme
Son semblable, celui-ci étant alors l’Homme universel (insân kâmil ).
Voir Ibn ‘Ata’ Allâh . Traité sur le Nom Allâh, opus cité .
Introduction.
2.Le nom d’action coranique shay’ qui s’applique à Dieu et
aux réalités produites, vient de la racine verbale shaya’a, shâ’a qui a donné
le nom l’action et de lieu mashî’a, volonté productrice divine .
Le shay’ est donc l’acte primordial de l’Intention divine
inconditionnée et indifférenciée, lieu métaphysique de tous les possibles . La
chose (shay’) ainsi posée dans sa signification morphologique est « antérieure
» à la Fonction divine (ulûhiyya) qui synthétise l’ensemble des Noms divins et
de Ses Attributs . Les choses (ashyâ’) sont alors dans le Lieu métaphysique de
l’Intention divine où elles se tiennent essentiellement immuables . Sous cet
aspect , la Mashî’a n’est pas un Attribut divin et est au-delà du Dieu «
personnel » ou de la Fonction divine .
La tradition distingue un autre type de volonté appelée
Irâda, terme qui vient d’une racine signifiant : aller de-ci de-là avec une
motivation précise. Elle est l’un des sept attributs de l’Essence divine avec
la vie, la science, la puissance, la parole, la vue et l’ouïe . Cette Volonté
donne une intuition différenciée et normative à la première Volonté, la
Mashî’a. C’est elle qui, de concert avec la Science, la Puissance et l’Acte de
Dieu, actualise, par l’Ordre existentiateur, les choses contenues de toute
éternité, homogènes et indifférenciées, en Dieu . Et alors ces choses ne
pourront faire autrement que de manifester, dans les degrés cosmiques, leurs
prédispositions latentes distinguées dans la Prescience divine .
3.Pour plus d’explications sur cette traduction, cf. Ibn
‘Arabî, La Production des Cercles, traduit et présenté par Paul Fenton et
Maurice Gloton, édition bilingue, Editions de l’Eclat, Paris 1996, page 17,
note 18
mardi 16 octobre 2012
La prière du Cheikh Fakhr al-Dîn al-Râzî
Le Porteur de Savoir
par Maurice Le Baot
Remarques introductives
Au delà de son bénéfice propre, cette prière nous est apparue particulièrement digne d’intérêt, d’un point de vue doctrinal, du fait des indications qu’elle comporte concernant les « réactions concordantes » à sa récitation. Elle regroupe en effet un ensemble de précisions propre à établir certaines correspondances avec l’enseignement de Cheikh Abd el-Wahid – René Guénon sur ce point.
Elle semble d’autre part susceptible de s’appliquer au Pôle particulier de la tradition islamique qui est sous un certain rapport, à chaque époque, après le Prophète Mohammed – sur lui la Grâce et la Paix – dont il est le substitut (Na’îbu-Rasûli-Llah, selon une formule traditionnelle), le « serviteur le plus parfait, dans ce monde, parmi fils d’Adam ». Ceci est renforcé d’une part par la lecture de la fâtiha finale dédiée « à la Présence (hadra) du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue » et « au Pôle singulier et universel » et d’autre part par le fait qu’elle succède, dans le recueil de Nabbahânî, à la « Prière sur le Pôle » du Cheikh el-Akbar1. A ce propos, on dit aussi que « celui qui la récite tous les jours est dans le cœur de Pôle, qui est la Ka’bah essentielle (haqîqiyyah) et le support (mahal) du regard d’Allah dans ce monde »2. Il est parfois préconisé de la réciter « trois fois par jour »3, w’Allahu a’lâm !
Pour lire la suite, cliquer ici
par Maurice Le Baot
Remarques introductives
Au delà de son bénéfice propre, cette prière nous est apparue particulièrement digne d’intérêt, d’un point de vue doctrinal, du fait des indications qu’elle comporte concernant les « réactions concordantes » à sa récitation. Elle regroupe en effet un ensemble de précisions propre à établir certaines correspondances avec l’enseignement de Cheikh Abd el-Wahid – René Guénon sur ce point.
Elle semble d’autre part susceptible de s’appliquer au Pôle particulier de la tradition islamique qui est sous un certain rapport, à chaque époque, après le Prophète Mohammed – sur lui la Grâce et la Paix – dont il est le substitut (Na’îbu-Rasûli-Llah, selon une formule traditionnelle), le « serviteur le plus parfait, dans ce monde, parmi fils d’Adam ». Ceci est renforcé d’une part par la lecture de la fâtiha finale dédiée « à la Présence (hadra) du Prophète – qu’Allah prie sur lui et le salue » et « au Pôle singulier et universel » et d’autre part par le fait qu’elle succède, dans le recueil de Nabbahânî, à la « Prière sur le Pôle » du Cheikh el-Akbar1. A ce propos, on dit aussi que « celui qui la récite tous les jours est dans le cœur de Pôle, qui est la Ka’bah essentielle (haqîqiyyah) et le support (mahal) du regard d’Allah dans ce monde »2. Il est parfois préconisé de la réciter « trois fois par jour »3, w’Allahu a’lâm !
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