samedi 20 août 2016

S.Amanoullah de Vos - La Réalité Divine Ultime - La Réalité Mohammadienne - Al-Mahdi (saw)






Chère lectrice, Cher lecteur, qui que tu sois frère, sœur ou simple chercheur, accepte cette intention de partage d’un homme qui croit que le sens de la vie c'est la Ma’rifa, la connaissance vraie du REEL, AL HAQQ.L’intention ici est de contribuer si possible à l’élargissement du cœur, de la conscience en appelant à la vraie « connaissance » celle qui n’est possible, qu’au delà de notre mental, lorsque s’ouvre l’œil du cœur éclairé par la lumière de Nur Mohammadiyya. Ce texte comporte également les secrets des maîtres naqshbandi et l'annonce de l'avènement de sayyidina Al Mahdi (saw) et la déclaration de notre illustre Maître Sheikh Nazim Ar-Rabbani sur l'état du soufisme et de notre monde.



Mawlana Sheikh Nazim  : « à partir de ce jour, je trace une limite, ne dites plus je suis Mutassawif, naqshbandi, qadiri, shazili,… Il n’y a plus de tassawwuf … Jamais Dieu dans le Coran nous a dit : kunu Motassawifin « soyez sufis ».. Il a dit kunu « rabbaniyin »…Cela est valable pour toutes les religions : juifs, chrétiennes ou autres. « A partir de cet instant ne dites plus je suis soufi, dites rabbanî »
réf : vidéo  KOONOO RABBIYEN 20.10.2010




LA REALITE DIVINE ULTIME

La première de nos intentions, celle qui définie notre orientation ne serait-elle pas de préciser clairement à qui s’adresse notre adoration ?
Au cœur de la Fatiha le premier chapitre du Coran nous disons :
« Iyyâka na’boudou wa iyyâka nassta’în »

« C'est TOI que nous adorons et c’est de TOI que nous demandons le secours »

Nous n’adressons notre adoration qu’à ALLAH et ce n’est que de LUI que nous demandons le secours !

Ce simple ayat est déjà un dhikr magnifique donné pratiqué par les ‘arifin (les connaissants).

Mais qu’en est- il de Celui que nous adorons, comment devons nous purifier notre foi par l’orientation juste qui est de bien clarifier QUI est notre Seigneur Dieu, ALLAh.

Je vous prends à Témoin quant à ma parole déclarant que, Allah,  Dieu ‘aza wa jal , est au delà de tout ce qu’ on lui attribue et qu’il est sans associé.
Il n’est pas une substance, Il n’est pas un accident, Il n’est pas un corps, Il est exempt des directions et des dimensions, Il n’a pas de représentation intelligible, il n’est pas limité par le temps ni par l’espace, Il n ‘est pas atteint par l’analogie, les imaginations ne le conçoivent pas, les compréhensions ne le déterminent pas, Il n ‘est ni connu, ni connaissable, il n’a ni commencement, ni fin…..

Le culte pur qui doit être rendu à Dieu a son expression ultime dans le chap. 112 du Coran, al Ikhlass.

Soulignons immédiatement que ce qui est éternel est toujours actuel mais que dans ce cas particulier c’est encore plus vrai du fait que « al ikhlass » est au cœur de l ‘enseignement de L’Imam Mahdi qui selon Skeikh Al Akbar Ibn ‘Arabi, reconduira la pratique de l’Islam dévoyé à notre époque « ila din al mukhliss » au culte pur (de l’origine).

Notons encore que c’est après la récitation de trois « Ikhlass » que la « ruhaniya » de Mawlana Sheikh Nazim (q) comme celle des maîtres naqchabandi est convoquée.

Disons d’ailleurs pour ceux qui pratiquent les prières du fajr (avant le lever du soleil) que les 11 ikhlass récités (khafiyan) intérieurement en fin de cette prière du matin sont le cœur du secret de cette pratique qui est construite comme pour mettre en valeur cet instant ouvrant la porte de la lumière mohammadienne extatique.

En réalité le secret de cela nous le verrons plus loin est en relation avec l’héritier parfait de la lumière Mohammadienne à cette époque, l’Imam Mahdi (saw), à laquelle tous les maîtres s’alimente.

Le Chap.  112, du Coran, intitulé  « Ikhlass » commence en énonçant :
«Dis Dieu est UN, (AHAD) » 1-112

Dieu nous propose donc une première  « acceptation » de Sa Présence mais qui reste une expression de sa Transcendance même dans l’Immanence.  Il nous donne un support dans notre orientation : il est UN !
Mais attention, comprenons bien !

Il n’est pas UN parmi d ‘autre, il est le Seul UN !
Ahad est réservé à Dieu et même dans le langage courant on l’utilise pour la négation comme par exemple : « je n ai vu personne » mâ ra aytu ahadane (personne)

Nous verrons plus loin l’importance de la négation pour justement affirmer l’infini.

Puis le deuxième verset : « Allahu Samad » 112-2

Allah est le Soutien Absolu

« Samad » ayant aussi l’acceptation d ’ « Impénétrable », « Insondable »
Ne voit-on pas ici, encore, comment dans la manifestation d’un attribut  (dans son Immanence), Dieu préserve sa Transcendance.
Or, justement, immédiatement, après avec le verset 3 est rappelée Sa Transcendance :

 Lam yalid wa lam yulad
« Il n’engendre pas et n ‘a pas été engendré » 112-3
Comment nos pauvres capacités mentales pourraient donc « engendrer » un concept sur LUI ?

Regardez  la perplexité dans laquelle nous sommes conduits, là où les intellects constatent leur pauvreté.

Et le final achève de mettre en valeur Sa Transcendance :
 wa lam yakun lahu kufuwan Ahad,
Traduite couramment :
« Aucune chose ne peut lui être comparé »
Il y a pourtant ici quelque chose de plus dont il est important de prendre conscience et qui n’est pas rendu dans cette traduction. 

On pourrait par exemple dire « aucun être (yakun) ne peut être UN comme Lui » mais cela est encore insuffisant car IL est au-delà de l’être puisque c’est LUI qui fait être.





Le dernier verset de la sourate al Kahf,  la caverne, 18  va nous éclairer (Notons que l’enseignement tout entier de la sourate 18 est en relation avec la mission de l’Imam Mahdi « saheb az-zamân » ce que nous montrerons dans la deuxième lettre)
Il y est dit :

« wa la yuchrik bi’ibadati rabihi AHADA » Coran. 18-110
Que communément on traduit : « N’associer personne dans l’adoration de son Seigneur »

 Néanmoins ici encore une subtilité est perdue dans cette traduction.
Sheikh Muhhy din Ibn ‘Arabi qui est un maître  dans les subtilités du Coran et qui connaît bien la grammaire dit qu’il faut réaliser dans ce verset « ne lui associez pas même (l’attribut) AHAD , « L’UN ».

En effet la transcendance divine doit être considérée «au-delà » des qualités y compris celles qu’expriment les Nom divins.

Quel est alors ce mystère qui semble présenter une discontinuité entre Allah dans son Essence (dhat) et Allah dans sa fonction divine (ilahiyya) comment peut-il être adoré alors que son Essence est inconnaissable. ?
Attention à cette réflexion ! Ne passons pas à coté,  c’est elle qui dans l’histoire de l’islam fit couler beaucoup d’encre comme dans les disputes entre Mu’tazilites qui affirmèrent l ‘essence divine pour nier qu’elle ait des attributs distincts d’elle, les Jahmites et les karamites qui affirment l’immanence et l’anthropomorphisme au sujet de Dieu, les Ash’arites dégageant une voie moyenne qui affirment à la fois l’Essence et les qualités comme étant réelles, Transcendance ou Immanence.

Certain savants disent que Dieu est l’ETRE absolu mais là encore c’est une façon de le comparer à l’être de l’homme or il convient de considérer la réalité divine ultime comme au delà de l ‘ETRE.

 Regardons ce qu’a magnifiquement éclairé René Guénon, sheikh Abdel Wahid Yahya dans son livre "Les états multiples de l'Etre", considérépar notre regretté Sheikh Moustapha Vâlsan comme expression de la « ‘ilm laduni » science inspirée,  transmise par sayyiduna- l –Khidr (saw) (le grand compagnon permanent de l’Imam Mahdi)

Je demande ici aux lecteurs un effort d’attention qui ne sera pas perdu s’il  veut sauvegarder ainsi son cœur de donner une limite à CELUI qui n’a pas de limite. Ne serait-ce pas une magnifique adoration que de reconnaître son INFINI ?

Voici un extrait :

« L’infini, …pour être vraiment tel, ne peut admettre aucune restriction, ce qui suppose qu’il est absolument inconditionné et indéterminé, car toute détermination, quelle qu’elle soit,  est forcément une limitation, par là même qu’elle laisse quelque chose en dehors d’elle, à savoir toutes les autres déterminations également possibles. ….Poser une limite, c’est nier, pour ce qui est enfermé, tout ce que cette limite exclut ; par suite, la négation d’une limite est proprement la négation d’une négation, c’est à dire logiquement et même mathématiquement, une affirmation, de telle sorte que la négation de toute limite équivaut en réalité à l’affirmation totale et absolue » (p.17)… Si l’on définit l’ETRE, au sens universel, comme le principe de la manifestation, et en même temps comme comprenant, par la même, l’ensemble de toutes les possibilités de manifestation, nous devons dire que l'ETRE n’est pas infini, puisqu‘il ne coïncide pas avec la possibilité totale…En dehors de l ‘ETRE, il y a donc tout le reste, c’est à dire toutes les possibilités de non manifestation, avec les possibilités de manifestation elles mêmes en tant qu’elles sont à l’état non manifesté ; et l’ETRE lui-même s’y trouve inclu  … Pour désigner ce qui est ainsi en dehors et au delà de l’ETRE, nous sommes obligés, à défaut de tout autre terme, de l’appeler le NON-ETRE.. » (p. 32)

Notre Sheikh R. Guénon A.W.Y de préciser donc une nouvelle fois que cette expression négative n’est évidemment pas synonyme de « néant » bien au contraire car si l’on saisit  bien on comprend que  les idées les plus universelles, dans la mesure où elles sont exprimables le sont pas des termes de formes négative, comme pour l’infini par exemple.

«On peut dire aussi que le NON-ETRE, dans le sens que nous venons d’indiquer, est plus que l ‘ETRE, ou si l’on veut, qu‘il est supérieur à l’ETRE, si l ‘on entend par là que ce qu‘il comprend est au delà de l’extension de l’ETRE, et qu‘il contient en principe l’ETRE lui-même. Seulement, dès lors qu’on oppose le NON-ETRE à l’ETRE, ou même qu‘on les distingue simplement, c'est que ni l’un ni l’autre n’est infini, puisque à ce point de vue ils se limitent l’un l’autre en quelque façon ; l’infinité n ‘appartient qu‘à l’ensemble de l'ETRE et du NON-ETRE puisque cet ensemble est  identique à la POSSIBILTE UNIVERSELLE. » (p.32)

Mais alors après avoir préservé l’inconnaissable de la réalité divine dans son infinitude, que se passe-t-il devant ce mystère insondable, devant cette réalité insaisissable ?  

De quel vertige allons-nous être saisis devant cette nuit de l’inconnaissable ?

Comment adorer Celui dont la réalité nous échappe derrière le rideau du Mystère auquel il nous faut pourtant croire :yu'minun bi-l-ghayb, « ils croient au Mystère invisible » Coran 2-2.

Où va nous conduire cette perplexité devant ce Dieu inaccessible dans une transcendance qui ne nous concernerait pas ?

C’est dans cet état de pauvreté de l’être, dans cet état d’un néant existentiel qu‘il nous convient d’apprécier la manifestation du « KUN FAYAKUN » cf. coran : yassin

La volonté divine donnant l’ordre par son Verbe : QUE CELA SOIT ET CELA EST.

Ce « passage » mystérieux du NON-ETRE qui défie toute description  à l’ETRE,  va permettre la manifestation des Noms divins.
Quel extraordinaire et mystérieux passage….

Ce « Passage » est invoqué ainsi dans une tradition dite « hadith qudssi » : « J’étais un trésor caché et Je n’étais pas Connu. Or J’ai aimé être Connu. Je créais donc les créatures et je les fis connaître par Moi (grâce à mes Théophanies), alors elles me connurent ».

Acte de l’amour divin, Naffass ar-Rahman, Souffle expiré de Sa Miséricorde, se manifestant pour exprimer cette «totalité des possibilités », cet infini, au delà de la Transcendance et de l’immanence. Méditons sur l’éclatante manifestation de cette présence voulant se connaître et s’aimer dans les miroirs de sa création.

Mais ce « passage » ne se situe pas dans le temps, il est en œuvre à chaque instant, dans une création récurrente, sans cesse renouvelée, dans une relation nouvelle et Théophanique entre le Rabb et le 'abd, le Seigneur et le serviteur .

La parole divine du Kun, l’impératif : « que cela soit ! »   Produit l’existence, émet les possibles dans le monde contingent, se propagent dans ses supports théophaniques en autant de paroles distinctes que les lieux où se produit la Manifestation universelle.

Mais n’y a-t-il  pas encore, ici, un secret formidable à contempler ?



LA REALITE MOHAMMADIENNE (saw)


Réalisons comment cette vibration originelle de l’ordre divin, cette parole primordiale, se manifesta en tant que NUR MOHAMMADIYYA, la lumière Mohammadienne que l’on peut dire aussi HAQQIQA MOHAMMADIYYA, la Réalité Mohammadienne.En effet la première lumière apparue hors du rideau du NON-ETRE est la lumière de notre Prophète Mohammad (saw), c’est-à-dire son essence lumineuse profonde (bâtina) dans le monde des archétypes (dhâtuhu al nuraniya al batina fi ‘âlam al ma’ânî)Selon les rapporteurs de hadith il a dit : «Je suis le premier des prophètes à avoir été créé et le dernier à avoir été envoyé » (« jami’ as saghir », Suyûthî).Il est celui que Dieu a appelé « sirâj al munîr » «le flambeau qui éclaire » de même qu’il avait parlé du soleil comme luminaire dont la lumière fait apparaître et distinguer toutes choses, de même les intelligences, les esprits, les intuitions pénétrantes (baca’ir) et les essences s’alimentent à la lumière de l’ELU.

Comme nous le dit le sheikh al akbar Ibn ‘Arabi «par le mystère de la nature spirituelle « ruhaniyya » de cette transmission « tanaqqûl » le Prophère (saw) s’alimente (yastamidu) au flux sanctissime suprême (al fayd al aqdas al a’lâ ) et alimente le monde tout entier. »Il est ainsi le pont entre al Haqq la réalité divine et al khalq, la création.Il est l’archétype (ma’nâ) et cette Vie totalisante (haya jami’a) qui apparut la première hors du rideau du non-manifesté.Il montra à travers sa Sunna et en particulier au cours « du voyage nocturne » (al isra’ wal mi’râj) le chemin de sainteté qui nous retire les deux voiles : le voile de l’Unité et et le voile de la Multiplicité.

C'est ainsi que l’un des « connaissant » interpréta le redoublement coranique célèbre de la sourate An Nashr - 94 : «fa inna ma’a ‘ussri yusra,, inna ma’a ‘usri yussra… »Oui, Certes avec la difficulté est une facilité, avec la difficulté est une facilité, Coran 94 5,6 : « le premier ‘ussr ou « difficulté » c’est le voile sur l’Unité. (La condition humaine acceptée produit la multiplicité qui nous voile l’Unité).Ce premier « ‘ussr » ou voile, fut levé au cours du chemin vers Dieu par la grâce du premier «yussr », « la facilité » pendant la réalisation ascendante.Puis au cours de la réalisation descendante le deuxième «‘ussr « ou « difficulté » est le voile sur la multiplicité (car après l’état extatique de la contemplation on ne voit plus que L’unique dans cet état de contemplation) alors le deuxième « yussr » « la facilité » fut la grâce levant ce voile par la redescente (compatissante) vers les créatures.Ainsi il nous donna un chemin, un protocole pour réaliser l’Unité dans la Multiplicité, sans que l’un ne voile l’autre.Cette grâce donnée par le « yussr », cette facilité, est en fait la circulation, la transmission de cette Nur Mohammadiya, cette lumière originelle qui continue de nourrir les créatures.

LA LUMIERE MOHAMMADIENNE

C’est cette lumière qui a circulé à travers tous les prophètes d’Adam à Mohammad (saw).Or cette lumière prend deux aspects, l’un d’entre eux est l’expression d’une inspiration réservée aux envoyés « Rassul » responsable d’une législation divine et aux «Prophètes » anbiyya’ annonciateurs, ceci d’une part. D’autre part, cette lumière est héritée par les awliya’, les saints, les proches.

Sayyiduna ‘Ali (karrama allah wajhahu) et Ahl Al Beit (famille du Prophète (saw) Le premier de ces saints qui fut baigné lui aussi dans cette lumière dès l’origine est L’Imam ‘ALI (kaw) Celui dont Rassul Allah Mohammad (saw) a dit : si vous confiez l’Imamat à ‘Ali vous trouverez en lui un guide bien guidé (al hadi mahdi). Notez ici déjà l’allusion extraordinaire.Il est bien établi (voir Razi dans son « Tafssir al kabir » et Suyuti dans son « Dur al Manthur » qui confirme la narration que nous allons faire) quand fut révélé le verset 13-7 sourate le Tonnerre (Arra'd) « Innama anta mounzirun wa likullin qawmin hadi»,«Tu es un avertisseur et à chaque peuple un guide »Le messager d’Allah (saw) posa sa main sur sa poitrine et dit : « je suis celui qui avertit, et à chaque peuple un guide » Alors s’adressant à l’Imam ‘Ali (kaw) il dit : « Tu es le guide, ‘Ali, car après moi les croyants seront guidés par toi »Cela se confirme par un autre hadith non moins célèbre : «Pour qui je suis le maître, mawla, ‘ALI ici est aussi le maître, « mawla »Il répéta cela trois fois avant de descendre de sa chaire. (Mussnad de Ahmad, vol 1, Ibn Majah,, Hakim, Ibn Kathir et beaucoup d’autres ) Sheikh Ibn-‘Arabi, déclare dans le chapitre VI « futuhat al-Makkiya » -éd. Othman Yahya-, sect. 119.29, au sujet de l’Imam ‘Ali (kaw) : « ‘Ali radia allahou ‘anhou, imam al ‘Alam, wa sirr al anbiyyae ajma’în » ; «’Ali (kaw) que Dieu soit satisfait de lui est le Secret de l’ensemble de tous les prophètes.Comprenons ici de façon subtile encore une fois.Tout converge sur le clair héritage de l’Imam ‘Ali (kaw) quand à cette lumière de la sainteté que sa famille les AHL BAYT (saw) que Dieu les bénisse, auront la difficile mission de préserver dans les vicissitudes de‘histoire.Rappelons encore que sheikh al Akbar Ibn-‘Arabî, dit que : « l’amour de la famille du prophète (saw) est un aspect de l’amour du Prophète lui-même, car la seule chose que le Prophète (saw) nous ait demandée, sur ordre de Dieu, est de nous montrer « affectueux envers sa parenté » Coran 42.23.« Si ton amour de Dieu et de son Prophète est sincère, tu aimeras la famille du Prophète (saw)… « futuhat » - trad. A Penot.Il semble que ces conseils et ordres soient trop oubliés aujourd’hui… Il ne s’agit pas de prendre une position chiite ou sunnite, il est claire que l’enseignement de l’Imam Al Mahdi (saw) nous conduira à la source de l’Islam Originel et Pur, au-delà des divisions.Précisons que cette mission de préservation de la pureté de l’Islam confiée au Ahl Al Beit (famille du Prophète (saw)) fut distincte de celle du gouvernement tel que les khalifes eurent à l’assumer pour les affaires du monde.

Le plan divin voulu selon ce que nous montre l’histoire que le gouvernement des Khalifes se déroule de façon autre. Sheikh Ibn ‘Arabi prend cette position :«il fallut que la succession à l’Envoyé de Dieu (saw) fut répartie sur les règnes des 4 khalifes (radia Allah ‘anhoum) selon la place et le rang prédestiné pour chacun d’eux dans la science prééternelle de Dieu et déterminés selon l’époque assignée par la plume divine et correspondant à la durée de leur fonction, englobant en leur totalité la somme des trente années que l’Envoyé avait fixé » (il avait prédit 30 ans ce qui coïncide exactement au temps des 4 premiers khalifes plus la part de celui de l’Imam Hassan (saw).

Il semble claire en effet, que rien ne soit possible sans la volonté divine, il est donc normal de penser que ce qui a eu lieu dans cet ordre devait se manifester ainsi de façon prédestinée et d’ailleurs annoncée: les 30 années des « khulafae ar-rachidin ».Nous connaissons ensuite la triste et insupportable histoire de Kerbela avec l’assassinat de l’Imam Hussein (saw) organisé par le fils de Mo’awiya le sinistre et débauché, Yazid qui introduisit la Khilafa (gouvernement) dans les ténèbres des affaires politiques et mondaines se privant de lumière.Pourtant la lumière de l’Islam « l’ikhlass », cette pureté, fut protégée par le sacrifice sublime du plus grand héros de l’Islam, l’Imam Hussein (saw).Elle fut ensuite préservée par son fils, l’Imam des gens pieux, Zain al ‘âbidîn (saw) puis par son fils et le fils de son fils l’Imam Ja’far as-Sâdiq (chaîne d’Or), puis par son fils et ainsi jusqu‘à l’Imam Mahdi (saw) attendu. Cette lumière rayonna de ces sources permanentes alimentant différents courants de l’Islam dont le grand mouvement du taçawuf qui, au début, fut spontané puis s’organisa en confréries.

L'IMAM AL MAHDI (saw)

Aujourd’hui, de façon plus proche se manifeste la lumière du pôle des pôles l’Imam Mahdi –saheb az-zamân (saw). Or l’un de ses grands compagnons Sultan al awliyae, Mawlana Sheikh Nazim (q) a osé signaler l’avènement d’une nouvelle forme de circulation pour cette lumière et cette guidance, hors des circuits « fatigués » dirions nous pour rester délicat.Il a dit entre autres : « les confréries sont devenues comme des pharmacies sans médicaments » « Jâmi’ a-l-Irshâd a-sharîf » 1999 – diff. Librairie Avicennes. Il a, surtout, affirmé ce temps nouveau dans une déclaration magistrale et historique à Chypre le 20-10-2010, en disant en substance : « à partir de ce jour, je trace une limite, ne dites plus je suis Mutassawif, naqshbandi, qadiri, shazili,… Il n’y a plus de tassawwuf … Jamais Dieu dans le Coran nous a dit : kunu Motassawifin « soyez sufis ».. Il a dit kunu « rabbaniyin »…Cela est valable pour toutes les religions : juifs, chrétiennes ou autres. « A partir de cet instant ne dites plus je suis soufi, dites rabbanî » et Mawlana a cité les versets du Coran qui donnent la preuve de cette position.Il nous indique en outre que cette position fera l’Unité dans la Umma et permettra de faire cesser toutes les divisions, par exemple entre sunnites et shiites.Cette déclaration formidable a-t-elle été comprise ? Elle nous libère des conditionnements des catégories, des divisions : elle représente exactement l’enseignement de l’Imam al Mahdi (saw) au-delà des religions, des sectes, des divisions et bien sûr au-delà des oppositions entre chiites et sunnites, entretenues par les ennemis de l’Islam.

Elle appelle à revenir à ce temps de l’âge d’Or où les enseignements sont transmis directement par inspiration du Rabb au ‘abd qui a su ouvrir l’œil de son cœur...Elle nous appelle à recevoir « ‘ilm laduni », cette science divine directement reçue dans le cœur en suivant l’exemple du saint universel sayyiduna- l- Khidr (saw), le compagnon permanent de l’Imam Mahdi (saw) dans toutes les manifestations de l’Imam.

Les Centres Subtils : Latâifs

Et comment alors se prédisposer à recevoir cette lumière, cette science inspirée ? Les maîtres naqchabandi nous ont préparé à cette à cette libération en nous donnant la prière qui dilate la poitrine, ouvre l’œil du cœur et nous conduit à l’enseignement du RABB.En effet, les centres spirituels dans la poitrine des êtres humains sont installés comme point de réflexion d’un maqam, une station prophétique de science qu‘il est possible d'actualiser


Ainsi, le 1er centre est connecté à la terre de Adam (saw) puis le 2e à l’eau et donc la mémoire des cycles donnée en Noé (saw), puis le 3e centre de la poitrine, connecté au feu de l’enthousiasme, l’amour, l’autorité spirituelle en relation avec le maqam d’Ibrahim (saw) et Moussa, puis le 4e centre le maqam de Jésus-‘Issa (saw) connecté avec l’air et l’Esprit du souffle, puis le 5e au centre de la poitrine le maqam de sayyidina Mohammad (saw) nous donne l’équilibre dans la manifestation de ces lumières et énergies. Enfin le 6e centre entre les sourcils nous conduit au Rabb (‘azza wa jal), le Seigneur « al Mourabbi », l’enseignant, ou mieux, En-Seigneur.Ce parcours de la lumière dans les centres subtils du corps est un exercice de sublime pédagogie initiatique. Il conduit notre réalisation spirituelle, il actualise en nous selon notre station l’héritage prophétique et donc l’histoire de l’âme humaine, jusqu‘à nous conduire à notre « Rabb ». voir lien (centres subtils – lataifs) sur site :  se cache un secret magnifique.

L’enseignant qui est le support « mazhar rabbani » de la manifestation de notre Seigneur est l’Imam sacré et secret, le maître invisible dont les maîtres visibles ne sont que les miroirs, celui qui nous enseigne de façon unique et personnel quand nous sommes enfin devenus « rabbaniyyin ». Car après la clôture de la prophétie cette lumière (sous forme d’une sainteté) continue de se manifester dans les créatures qui reçoivent la guidance, laquelle les conduit à trouver la source : l’Imam de leur époque, le pôle du monde.Nous désignons Celui qui est le support du regard de Dieu envers les créatures, celui qui est le Lieutenant de Dieu, Khalif Allah dans les mondes.Celui qui selon les hadiths « restituera la justice là où il y a l’injustice », celui qui reconduira l’Islam, « ila din al mukhliss », au culte originel et pur, à l’âge d’Or.Rappelons que parmi les compagnons du Prophète (saw) qui ont rapporté des hadiths sur l’imam Mahdi (saw) on en recense au moins 26 et pas des moindres, à titre d ‘exemple :(‘Ali (saw), Othman, Talhha, Abdallah ibn Auw, Jâbir, anas ibn Malik,Om Salama, Om Habibah…(Radia Allah ‘anhoum)Même le professeur de l’Université islamique de Médine Abdul ‘Aziz ben Baz, (célèbre professeur, rigoureux et intégriste) dit : « la question du Mahdi (saw) est une évidence.

Les hadiths sur ce sujet sont très répandus ou plutôt concordants et conjugués, ce qui montre justement que la question de cette personne promise est établie et que son apparition est une vérité indéniable » (Ce qui n’empêche pas certains ignorants de nier cette réalité comme je l’ai vu rapporté par l’un de mes frères en discussion avec un étudiant turque représentatif d’un certain courant qui prenait ce sujet soit en niant cet avènement soit en le prenant à la légère).Ce qui nous intéresse ici c’est de nous adresser à ceux qui reçoivent cette guidance intérieure et qui pourtant doutent encore de leurs cœurs et ont besoin d’être fortifiés pour avoir confiance en eux.Il n’est pas possible de citer ici les centaines de hadiths sur ce sujet. Retenons que l’Imam Mahdi (saw) agit déjà dans les cœurs et que s’il ne se manifeste pas en société, certains peuvent le voir de façon individuelle.Sa fonction globale est d’intervenir au moment «ou la terre sera couverte d’injustice pour y remettre la justice » selon les hadiths.
Après son combat contre les structures « périmées » dont les«écoles d’enseignements figés » (les docteurs des écoles juridiques, seront ses opposants) il apportera la paix et la prospérité sur la terre. A ce moment est-il dit les maladies cesseront, la terre donnera des fruits en abondance, les animaux sauvages ne feront plus de mal et circuleront parmi les humains sans crainte des deux côtés…

Toutes ces indications montrent que l’Imam conduit le monde entier, toutes religions incluses au grand retour de l’âge d’Or.Autant dire tout de suite que cette fonction est celle décrite par Sheikh Abdel Wahid YahyaRené Guénon dans son livre inspiré : « le Roi du Monde ». L’intérêt de se reporter à cet ouvrage est de donner toute sa dimension à cet événement car il y est montré comment cette fonction est inscrite de façon claire dans toutes les religions.Actualisons donc notre pratique non pas dans des groupes, des sectes ou des écoles mais dans l’Esprit des chevaliers « les fityân de la Caverne » (Ahl al Kahf) qui sont les vrais compagnons de l’héritier Suprême de la chevalerie « Futuwa ». Configurons nos cœurs en conformité avec notre époque afin d’être réceptif au Maître des Maîtres Sayyiduna l’Imam al Mahdi (saw), afin d’être nous aussi ses compagnons participant à cette transformation du monde en tant que « rabbaniyyin », connectés les uns les autres comme un seul être…..qui lui ressemble !




livre : "Jami' al Ir-shad as-sharif, Ensemble de guidance dans un monde tourmenté et description des évènements annonciateurs de sayyidina Al Mahdi - en arabe 




dimanche 14 août 2016

Études Traditionnelles n° 483 à 486 (1984)










483/GRISON Pierre//Du Tao et de sa vertu/1984/1-3
483/PETIPIERRE François//Le paysage symbolique des Muiscas/1984/1-3
483/SAFVATE Dariouche/DURING Jean/Musique iranienne et mystique (1)/1984/1-3
483/SCHUON Frithjof//Failles dans le monde de la foi/1984/1-3
484/BORELLA Jean//L'homme (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/BORELLA Jean//Rencontre d'un métaphysicien (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/CANTEINS Jean//De l'auteur et de son oeuvre (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/DU PASQUIER Roger//Un porte-parole de la Tradition universelle (Hommage à T,Burckhardt)/1984/4-6
484/MICHON Jean-Louis//Titus Burckhardt à Fès, 1972-1977/1984/4-6
484/SAFVATE Dariouche/DURING Jean/Musique iranienne et mystique (2)/1984/4-6
484/SCHAYA Léo//Souvenir d'une amitié (Hommage à T.Burckhardt)/1984/4-6
484/SCHUON Frithjof//le mystère du Visage hypostatique/1984/4-6
485/BONNET Jacques//Entre lumière et ténèbres/1984/7-9
485/BURCKHARDT Titus//Fès, une ville humaine/1984/7-9
485/KÛRY Ernst//Le Prince de l'erreur/1984/7-9
485/RESTANQUE Emile//Le symbolisme du blason et ses origines/1984/7-9
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dimanche 7 août 2016

Amadou Hampâté Bâ - Maabal. Un morceau d'or pur dans un chiffon sale











Amadou Hampâté Bâ - Oui, mon commandant ! Mémoires (II)
VII : Retour aux sources
Paris. Actes Sud.


Dans la nuit du jeudi ou du vendredi, les anciens avaient coutume de réciter des poèmes religieux. C'est ainsi que je découvris les grandes odes mystiques de Maabal, qui était considéré comme l'un des plus grands poètes fulɓe de l'époque. On l'appelait “le plus ivre des élèves de Tierno”, car ivre, au cours de sa brève existence, il l'avait été dans les deux sens du mot : au sens matériel, d'abord, puis au sens spirituel. Son histoire extraordinaire me fût racontée par Tierno Bokar lui-même et par quelques anciens de la maison.

On ne connaissait de lui que son nom personnel, Bahamma, et son surnom, Maabal. Son nom de clan est resté ignoré. Né avant la fin du siècle, il appartenait à la caste des tisserands et vivait à Mopti, avec sa mère qui était potière. Il menait alors une vie dissolue, passait ses nuits dans les bouges à chanter et à boire, était presque toujours ivre et fréquentait les mauvais garçons. Les gens de Mopti l'appelaient “ce voyou de Maabal”. Mais il avait une qualité : chaque soir, avant d'aller s'enivrer avec ses compagnons, il prenait le panier de sa mère et allait chercher pour elle au bord du fleuve de la terre à poterie.

il ramassait un beau paquet de terre, le malaxait comme il faut, le mettait dans son panier et le ramenait à sa mère.

Je te demande la paix, et la permission de sortir, lui disait-il. Et il partait.
Tierno Bokar, lui, ne quittait presque jamais Bandiagara. Dans toute sa vie, il n'a fait que deux grands voyages : l'un à Say (ville du Niger proche de la frontière voltaïque) et l'autre à Nioro, en 1937, pour y rencontrer le Chérif Hamallah. Mais une ou deux fois par an, surtout avant les grandes fêtes, il se rendait à cheval à Mopti, à environ soixante-dix kilomètres de Bandiagara, pour s'y approvisionner. Tous les bateaux venant de Bamako et les pirogues venant de Tombouctou s'arrêtaient en effet au port de Mopti, qui desservait les villages environnants.

Auparavant, Tierno avait coutume d'arriver à Mopti en plein jour; mais un grand nombre de Toucouleurs, employés ou gérants de maisons de commerce européennes, fermaient alors boutique pour venir le saluer, à telle enseigne que, pour leurs patrons, l'arrivée de Tierno Bokar était une véritable catastrophe. Depuis, pour empêcher les employés de quitter leur travail avant l'heure de fermeture, Tierno s'arrangeait pour arriver en ville en fin d'après-midi, et il se rendait directement chez son logeur.

Ce soir-là, Maabal, qui revenait du fleuve, l'aperçut. Il le suivit jusque dans la cour de son logeur, l'aida à descendre de cheval, dessella l'animal et le prit pour aller le laver au bord du Niger. Après l'avoir bouchonné et pansé comme il faut, il le ramena dans la cour, lui donna à manger une botte d'herbe qu'il avait ramassée en route et vint s'installer non loin de Tierno. Celui-ci, qui était assis sur une natte en peau, lui offrit une place à sa droite.
Pendant ce temps, la nouvelle de l'arrivée de Tierno Bokar s'était répandue en ville. Ses élèves, partisans et amis arrivèrent en masse pour le saluer. Dès leur entrée dans la cour, ils virent “ce voyou de Maabal”, dont ils connaissaient parfaitement la réputation, assis à la droite de Tierno. Des exclamations fusèrent :

Comment, Tierno! Tu acceptes que ce Maabal, ce voyou qui passe toute la journée à boire et qui est le garçon le plus dévergondé de tout Mopti, s'asseye là, à ta droite 19 ? Ah ! Si nous avions été là, jamais il ne serait rentré !

Tierno les regarda. Maabal, lui, n'avait eu aucune réaction ; il était là, impassible, comme s'il s'agissait de quelqu'un d'autre.

Mes amis, dit Tierno, permettez-moi de vous dire que vous faites erreur. Cet homme qui est là, je ne le vois pas comme vous. Pour moi, Maabal est un morceau d'or pur enveloppé dans un chiffon sale qui a été jeté sur un tas d'ordures. Ni ce qui enveloppe l'or ni le lieu où il se trouve ne peuvent diminuer sa valeur, car ce sont des éléments extérieurs à lui-même.
Tout le monde savait que Tierno ne parlait jamais en vain ; s'il disait quelque chose, c'est qu'il y avait une raison. Les visiteurs ravalèrent leurs protestations, mais prirent le parti d'ignorer Maabal. Assis dans la cour autour de Tierno, ils parlèrent de choses et d'autres avec lui.

La parole de Tierno n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd. Maabal en avait été profondément remué. Le soir, il dit à sa mère :

Mère, j'ai vu Tierno Bokar le marabout de Bandiagara. Il m'a fait une impression que je ne peux pas décrire…

Les choses en restèrent là, et Tierno Bokar rentra à Bandiagara.
La mère de Maabal vit que son fils sortait de moins en moins. Il restait davantage à la maison. Au bout d'une semaine, il vint la trouver :
Maman, depuis que j'ai vu Tierno Bokar, je lutte avec moi-même. Une partie de moi veut que j'aille à Bandiagara vivre auprès de lui. Mais mon autre partie me dit : « Ta mère va rester seule. Et qui lui servira la terre dont elle a besoin pour faire sa poterie ? » Je suis si déchiré par cette préoccupation qu'elle me distrait de tout ce que je faisais auparavant.
Sa mère l'apaisa :

Mon fils, ne crains pas de me laisser seule, car ton projet de partir chez le marabout me rend très heureuse. Au fond de mon cœur, c'est une chance comme celle-là que j'espérais pour toi, et j'ai prié Dieu de la réaliser.

Mais, maman, et ta terre à poterie ?

Ne t'inquiète pas pour cela. Pour le prix modique de quarante cauris, je trouverai toujours quelqu'un qui ira chaque jour me chercher de la terre. Alors aie le cœur tranquille, et va en paix.

Soulagé, Maabal demanda à sa mère de le bénir, puis il partit pour Bandiagara.

Il arriva chez Tierno un soir, vers seize heures trente, après la prière du milieu de l'après-midi. Le Maître était dans son vestibule, entouré de ses élèves, en train d'enseigner. Après l'échange des salutations d'usage, Tierno lui sourit :

Hé, Maabal ! Sois le bienvenu ! Et merci encore d'avoir si bien soigné mon cheval l'autre jour !

Tierno, je suis venu te voir avec une intention bien précise. Je ne voudrais plus vivre là où tu n'es pas. Je veux vivre à tes côtés, être avec toi constamment. Parce que seul l'homme dont l'œil a su discerner le morceau d'or pur sous un chiffon sale jeté sur un tas d'ordures aura a main capable de déchirer le chiffon et de faire apparaître l'or. C'est pour cela que je suis venu à toi.

J'en suis heureux, mon fils, et j'accepte. Sois le bienvenu ! Nous vivrons donc ensemble. Toutefois, ce n'est pas moi qui ferai le travail : c'est à Dieu de déchirer le chiffon pour que l'or apparaisse. Je sais seulement qu'il y a de l'or, mais pour qu'il apparaisse, c'est une question de temps. As-tu un métier traditionnel ?

Oui, je suis tisserand, et même un bon tisserand.

Tierno envoya quelqu'un chercher un métier à tisser composé des trente-trois pièces traditionnelles, ce métier dont on enseigne qu'il symbolise, lorsqu'il est actionné par le tisserand installé en son centre, tout le mystère de la Création se déployant à chaque instant dans le temps et dans l'espace 20. Il fit installer le métier dans la cour, contre le mur qui faisait face à sa propre case de prière où il se tenait pour travailler, méditer et prier. Sa case était tournée vers l'est, direction de la prière, et le fil de chaîne étendu devant le métier venait jusqu'à sa porte ; de telle sorte que chaque fois que Maabal levait la tête, il voyait Tierno, et chaque fois que Tierno levait la tête, il voyait Maabal.

Trois mois passèrent. Maabal travaillait à son métier, priait, regardait Tierno et l'écoutait enseigner…

Et un matin, Maabal l'illettré, Maabal qui n'avait même jamais fait l'école coranique, Maabal qui n'avait jamais rien lu, se mit à chanter et ne s'arrêta plus. Visité par l'inspiration, il improvisait de longs poèmes mystiques en fulfulde dont la splendeur poétique et l'élevation de pensée stupéfièrent tous ceux qui les entendaient, à commencer par les marabouts de Bandiagara. Car ses poèmes, sitôt chantés, étaient repris et colportés à travers la ville.

Une nouvelle ivresse s'était emparée de lui, celle de l'amour de Dieu :

L'amour de Dieu a pénétré en moi.
Il est allé logerjusquà l'intérieur de mes os
et en a tari la moelle,
si bien que je suis devenu
aussi léger qu 'une feuille
que le vent balance entre terre et ciel.

De ce jour il n'a plus cessé de composer. Il était devenu sans transition l'un des plus grands poètes fulɓe de son temps. Il a laissé des odes célèbres, entre autres sur le Prophète, sur Cheikh Tidjane et sur El Hadj Omar.
Comme il chantait devant Tierno et ses élèves son ode consacrée à El Hadj Ornar, il en vint à ces vers :

Si des “contestateurs” se lèvent,
nous sommesprêts à nous battre.
A cet endroit, Tierno l'arrêta :
Non, il ne faut pas se battre.
Et il ajouta :
Un peu avant, à propos de ceux qui sont sauvés, tu as employé le « nous » fulfulde exclusif. C'est un « nous » égdiste, qui ne s'applique qu'a celui qui parle et à ceux qui l'entourent ; il vaudrait mieux utiliser le « nous » inclusif, car lui, il englobe tout le monde.

Maabal a repris son couplet en utilisant le « nous » inclusif, et il a changé son dernier vers. Sur des centaines de poèmes, c'est le seul endroit où Tierno l'a repris 21.
Maabal a également chanté son maître dans un poème dont j'extrais ces quelques vers :

Un sourire comme un ciel qu'illumine un éclair,
un visage rayonnant
un haut front qui brille comme un miroir,
voilà ce qui sest réuni
pour donner au visage de Tierno Bokar
une majesté qui nepeut venir que de la sainteté !

Mais la plus célèbre de ses œuvres est la longue ode mystique intitulée Sorsoreewel : “Celui qui cherche” (ou Le Fouinard), véritable chant d'amour pour Dieu et son prophète qu'il aspirait à rejoindre. Théodore Monod, alors qu'il était encore directeur de PIEAN à Dakar, en a publié le texte dans une brochure intitulée Sorsoreewel, un poème mystique soudanais 21.

La transformation fulgurante de Maabal et les hautes connaissances spirituelles dont témoignaient ses poèmes emplissaient les marabouts d'étonnement : comment un homme qui n'avait jamais étudié pouvait-il connaître, ou pressentir, de telles réalités d'ordre supérieur ? En réalité, il faisait mieux que les pressentir ; comme disent les sufis, il les “goûtait” (ɗawq). Quelqu'un demanda à Tierno quel était le hal (l'état, ou le niveau spirituel) de Maabal. Utilisant une autre image sufi, Tierno répondit :
Entre celui qui a entendu parler du fleuve et qui connaît tout de lui mais seulement par ouï-dire, celui qui est venu s'asseoir sur la berge pour contempler les eaux du fleuve, et celui qu'on a pris et jeté au milieu de l'eau du fleuve, qui connaît le mieux le fleuve ? C'est celui qui a été jeté dans l'eau et qui s'y est fondu. Maabal a été jeté dans le fleuve de l'amour.
En moins de trois années 22, Maabal avait été si consumé de l'intérieur que toute enveloppe matérielle était devenue pour lui transparente. Couché dans sa case, à travers la toiture il voyait l'état du ciel ; il voyait les gens approcher comme si les murs n'existaient pas. Devenu “aussi léger qu'une feuille que le vent balance entre terre et ciel”, une partie de lui-même était déjà hors de notre monde. Tierno s'attendait à son départ. Un jour, alors que Maabal se trouvait dans un état d'extase, son âme rompit les dernières amarres et ne revint pas.


Depuis, les récitants religieux de Bandiagara intégrèrent les poèmes de Maabal parmi les grands poèmes mystiques, fulfulde ou arabes, que leur chœur récitait chaque nuit de jeudi à vendredi, parfois jusqu'à une heure du matin. Au jour où j'écris cette page, en 1978, il reste encore quelques vieux récitants qui sont les derniers survivants de ce chœur. Mais il est à craindre qu'avec leur disparition ces poèmes magnifiques ne sombrent eux aussi dans l'oubli 23.

19. La place à droite est toujours une place d'honneur.
20. Cf. A. H. Bâ “La tradition vivante”, Etude de l'Histoire génerale de l'Afrique, éd. Jeune Afrique/Unesco (texte intégral), t. 1, chap. 8, p. 200 et suiv., et “Parole africaine” Le Couriler de l'Unesco, numéro de septembre 1993.
21. Dans la zawiya de Tierno Bokar, on étudiait surtout d'El Hadj Omar, ses écrits spirituels, notamment le plus connu d'entre eux : Er-Rimah, “Les Lances” (publié en arabe au Caire), dont l'inspiration générale procède du sufisme et se réfère aux enseignements de Cheikh Ahmed Tidjane.
22. A la fin de cette brochure, Théodore Monod conclut ainsi sa présentation : “En faisant connaître (ce poème) à des âmes matériellement, et sans doute mentalement aussi, fort éloignées de l'Islam fulɓe soudanais, je n'ai désiré, une fois encore, qu'une chose : en plaçant des chrétiens en face d'un phénomène religieux différent de ceux qui leur sont familiers, mais en fait identique, leur fournir un motif de plus de croire à l'Unité, en Dieu comme dans les hommes, et d'accueillir comme un message de consolation et d'espérance le beau mot — encore peu employé — de : convergences.”
23. A. H. Bâ n'a pas daté l'événement.